Canicules à répétition, sécheresse, récoltes en baisse : Bercy estime désormais que les conditions climatiques de l’été feront perdre environ 0,1 point de croissance à la France en 2026. Une estimation bien inférieure aux 10 à 15 milliards d’euros évoqués en août par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. Les deux chiffres ne se contredisent pourtant pas totalement : ils ne mesurent pas la même chose. Pour les entreprises, le véritable enjeu se situe ailleurs : chaleur, agriculture, productivité et infrastructures deviennent progressivement des risques économiques à part entière.

Canicule 2026 : 15 milliards ou 0,1 point de croissance, combien la chaleur coûte-t-elle vraiment à la France ?

Combien la canicule coûte-t-elle réellement à l’économie française ?

Depuis quelques semaines, deux chiffres circulent.

Le premier impressionne : entre 10 et 15 milliards d’euros.

La ministre de la Transition écologique Monique Barbut l’avait avancé le 12 août lors d’une réunion consacrée à la sécheresse.

Le second paraît beaucoup plus faible.

Mercredi 2 septembre, la Direction générale du Trésor a estimé devant une mission d’information de l’Assemblée nationale que les canicules et la sécheresse amputeraient la croissance française d’environ 0,1 point en 2026.

À première vue, les estimations paraissent incompatibles.

Elles ne le sont pas nécessairement.

Bercy estime désormais la perte à 0,1 point de croissance

La nouvelle estimation provient de la Direction générale du Trésor.

Ses représentants ont été auditionnés le 2 septembre dans le cadre de la mission d’information de l’Assemblée nationale consacrée au coût des canicules. L’Insee participait également à cette table ronde.

Bercy estime que les épisodes de chaleur et la sécheresse feront perdre environ 0,1 point de croissance à l’économie française en 2026.

Le ministère insiste toutefois sur le caractère encore provisoire du calcul. Cette estimation ne constitue pas, à ce stade, une révision officielle de sa prévision annuelle de croissance, toujours fixée à 0,7 %.

L’Insee doit publier sa propre analyse conjoncturelle le 10 septembre. Ses économistes ont toutefois indiqué que leur estimation devrait se situer dans un ordre de grandeur comparable.

0,1 point représente environ 3 milliards d’euros d’activité

Pour comprendre l’ordre de grandeur, il faut revenir au poids de l’économie française.

En 2025, le PIB atteignait 2 991 milliards d’euros, selon l’Insee.

Un dixième de point de PIB représente donc, de manière simplifiée, environ 3 milliards d’euros de production annuelle.

Mais attention : ce calcul ne signifie pas que « la canicule coûte seulement 3 milliards ».

Le PIB mesure la production économique.

Il ne comptabilise pas de la même manière :

les dommages sanitaires,

la mortalité,

la dégradation du bien-être,

certaines pertes patrimoniales,

les dégâts sur les infrastructures,

ou encore une partie des coûts futurs liés à l’adaptation.

C’est précisément ce qui explique l’écart avec les chiffres avancés par Monique Barbut.

D’où venaient les 10 à 15 milliards annoncés en août ?

Lorsqu’elle a présenté son estimation, Monique Barbut avait initialement évoqué « une estimation de l’Insee ».

L’institut statistique a rapidement précisé qu’il n’était pas à l’origine de ce calcul.

La ministre a ensuite expliqué que les 10 à 15 milliards avaient été estimés par les services de son propre ministère à partir d’extrapolations fondées sur les conséquences économiques d’épisodes climatiques précédents.

Le périmètre était beaucoup plus large.

Il intégrait notamment certains coûts directs et indirects ainsi que les conséquences sanitaires.

Les 10 à 15 milliards constituaient donc une première estimation très provisoire, produite alors que l’été n’était pas terminé.

Ce n’est pas la même chose que mesurer l’effet d’un événement sur la croissance annuelle.

Les coûts sanitaires peuvent représenter plusieurs milliards

Les travaux de Santé publique France permettent de comprendre pourquoi les estimations peuvent diverger aussi fortement.

L’agence avait évalué les conséquences sanitaires des canicules survenues entre 2015 et 2020.

Selon la méthode employée, leur coût cumulé atteignait environ 22 à 37 milliards d’euros sur six ans.

La mortalité représentait la majeure partie du montant. Les restrictions d’activité et la perte de bien-être pesaient également plusieurs milliards.

Santé publique France : évaluation économique des conséquences sanitaires des canicules

Ces coûts existent économiquement.

Ils ne se retrouvent simplement pas tous directement dans la variation annuelle du PIB.

C’est toute la différence.

L’agriculture supporte pour l’instant le choc le plus visible

À court terme, Bercy identifie surtout l’agriculture.

La Direction générale du Trésor estime que la valeur ajoutée du secteur pourrait diminuer d’environ 8 % en 2026.

Les chiffres agricoles confirment l’ampleur des difficultés.

Agreste estime désormais la récolte française de maïs grain à seulement 9 millions de tonnes.

Cela représenterait une baisse de 35 % en un an et le niveau le plus faible observé depuis 1980.

Sécheresse et températures caniculaires ont fortement réduit les rendements.

Agreste : forte chute attendue de la production française de maïs en 2026

L’élevage rencontre une autre difficulté.

Au 20 août, la pousse cumulée des prairies permanentes se situait 36 % sous sa moyenne de référence. Toutes les régions françaises affichaient alors un déficit.

Moins d’herbe aujourd’hui signifie aussi davantage de fourrage à acheter pour nourrir les animaux cet hiver.

La facture peut donc continuer à apparaître plusieurs mois après la fin de la canicule.

Business Times avait déjà montré l’impact sur les entreprises

L’agriculture n’est pas le seul secteur concerné.

Business Times avait déjà consacré une enquête aux conditions de travail pendant les épisodes de forte chaleur.

Dans une étude menée auprès de 3 713 actifs français, seuls 11 % estimaient que leur entreprise anticipait réellement les canicules avec des équipements et une organisation adaptés.

À lire sur Business Times : Canicule au travail, 90 % des salariés jugent les ventilateurs insuffisants

La chaleur ne représente donc pas seulement un problème de confort.

Elle peut ralentir les tâches physiques, modifier les horaires, augmenter la fatigue et perturber les chantiers ou les chaînes logistiques.

Business Times avait également analysé l’évolution du changement climatique comme nouveau risque de santé au travail.

À lire sur Business Times : Le changement climatique, nouvel enjeu de santé au travail

Pour les dirigeants, la question devient progressivement opérationnelle.

La chaleur commence à peser sur la productivité

Une étude publiée en mai par Allianz Trade va beaucoup plus loin.

L’assureur-crédit estime que la production horaire diminue en moyenne d’environ 1,3 dollar pour chaque degré supplémentaire lorsque la température évolue entre 30 et 35 °C.

Dans son scénario le plus défavorable, si les cinq années les plus chaudes observées récemment se répétaient entre 2026 et 2030, la France pourrait subir jusqu’à 240 milliards de dollars de pertes cumulées de PIB, soit environ 210 milliards d’euros.

Allianz Trade : l’impact économique des vagues de chaleur en Europe

Il faut là encore lire correctement le chiffre.

210 milliards d’euros ne constituent pas une prévision certaine.

Il s’agit d’un scénario dans lequel plusieurs années exceptionnellement chaudes se répéteraient.

L’intérêt de l’étude réside surtout ailleurs : elle montre comment la chaleur peut progressivement diminuer la productivité d’une économie entière.

Les villes et bâtiments représentent un autre coût d’adaptation

Les entreprises devront également financer l’adaptation de leurs infrastructures.

Isolation.

Protections solaires.

Climatisation ou rafraîchissement.

Gestion de l’eau.

Végétalisation.

Modification des horaires.

Réaménagement des espaces de travail.

Continuité d’activité.

Business Times avait déjà étudié cette transformation avec le Cerema, qui accompagne les villes confrontées simultanément à la surchauffe urbaine et à la sécheresse.

À lire sur Business Times : Surchauffe et sécheresse, comment le Cerema aide les villes à s’adapter

Le gouvernement accélère lui aussi son Plan national d’adaptation au changement climatique.

En juin, environ 80 % des mesures du PNACC-3 avaient déjà été engagées.

Ministère de la Transition écologique : adaptation de la France au changement climatique

Adapter coûte cher, ne rien faire également

C’est toute la difficulté économique.

Adapter un bâtiment coûte de l’argent.

Moderniser un réseau d’eau aussi.

Modifier une usine ou une exploitation agricole demande des investissements.

Mais ne rien faire peut coûter davantage.

L’État estime d’ailleurs que les investissements bas-carbone devront presque doubler d’ici 2030, pour approcher 200 milliards d’euros par an, tout en soulignant que l’inaction exposerait la France à des coûts climatiques beaucoup plus importants.

Le raisonnement vaut également à l’échelle d’une entreprise.

La question n’est plus uniquement :

« Combien coûte l’adaptation ? »

Elle devient :

« Combien coûtera l’absence d’adaptation lors de la prochaine canicule ? »

Pour les dirigeants, la canicule devient un risque à intégrer au budget

Toutes les entreprises ne sont évidemment pas exposées de la même manière.

Une société de services climatisée à Paris ne rencontre pas les mêmes contraintes qu’un exploitant agricole, un constructeur, un logisticien ou un restaurateur.

Mais plusieurs questions commencent à devenir communes.

Quelle température peuvent réellement supporter les locaux ?

L’activité peut-elle continuer en cas de fortes chaleurs ?

Les fournisseurs sont-ils exposés au manque d’eau ?

Les salariés travaillant à l’extérieur peuvent-ils modifier leurs horaires ?

La climatisation peut-elle supporter plusieurs jours à plus de 40 °C ?

Quel impact une canicule aurait-elle sur les ventes ?

Sur les stocks ?

Sur les assurances ?

Sur la productivité ?

Business Times avait déjà montré que l’Espagne développait des refuges climatiques afin d’adapter les villes aux épisodes de chaleur extrême.

À lire sur Business Times : La France veut suivre l’exemple espagnol des refuges climatiques

Ce qui relevait hier de l’aménagement urbain devient progressivement un sujet de gestion d’entreprise.

Alors, 3 milliards ou 15 milliards ?

La réponse la plus sérieuse consiste finalement à ne pas choisir artificiellement entre les deux.

Bercy estime aujourd’hui que la canicule et la sécheresse retireraient environ 0,1 point à la croissance 2026.

Rapporté à la taille actuelle de l’économie française, cela représente un ordre de grandeur proche de 3 milliards d’euros de production.

Mais cette mesure ne couvre pas tous les coûts.

Les 10 à 15 milliards avancés par Monique Barbut reposaient sur un périmètre plus large, comprenant des conséquences directes et indirectes. Le calcul était surtout beaucoup plus préliminaire.

L’Insee n’en était pas à l’origine, contrairement à ce qu’avait d’abord affirmé la ministre.

Le chiffrage continuera donc d’évoluer.

Les récoltes ne sont pas terminées.

Certains effets sur la santé apparaîtront plus tard.

Les conséquences sur l’élevage se prolongeront cet hiver.

Et l’Insee doit encore préciser son estimation.

Une chose est cependant déjà acquise.

La canicule n’est plus seulement un événement météorologique. Elle devient une variable économique que l’État comme les entreprises vont devoir intégrer à leurs prévisions.