L’Arabie saoudite cherche à maintenir ses exportations de pétrole alors que ses deux principaux débouchés maritimes sont soumis à une pression militaire croissante.
Le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique à la mer d’Arabie, est présenté dans les sources comme fortement perturbé par les actions iraniennes. Pour contourner cette zone, Riyad a augmenté ses expéditions depuis Yanbu, port situé sur la côte occidentale du royaume et ouvert sur la mer Rouge.
Cette solution de repli est désormais menacée à son tour.
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Les rebelles houthis du Yémen ont annoncé un « blocus » visant les navires saoudiens en mer Rouge et revendiqué une opération contre deux pétroliers qu’ils accusent d’avoir tenté de le contourner. L’extension des risques à cette seconde route maritime a contribué à faire repasser le Brent au-dessus de 100 dollars le baril le 23 juillet 2026, pour la première fois depuis la fin du mois de mai.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est central pour le marché pétrolier
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux passages maritimes de l’industrie pétrolière mondiale.
En 2025, environ 20 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers y auraient transité chaque jour, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie reprises par Prix du Baril.
Le passage concentre une partie importante des exportations de plusieurs producteurs du Golfe. Toute réduction de la circulation affecte donc directement les délais d’acheminement, les coûts de transport, les assurances maritimes et les anticipations des investisseurs.
Les sources indiquent que l’Iran a limité la circulation dans le détroit. Elles ne fournissent toutefois pas de bilan consolidé permettant de mesurer précisément la quantité de pétrole saoudien actuellement bloquée ou retirée du marché.
Il faut donc distinguer deux phénomènes :
- les perturbations physiques déjà observées sur les routes maritimes ;
- la prime de risque intégrée dans les cours en raison de la possibilité d’une interruption plus importante.
Le franchissement temporaire du seuil des 100 dollars ne démontre pas, à lui seul, qu’une pénurie durable est installée. Il traduit aussi les anticipations des marchés face à l’élargissement géographique du conflit.
La mer Rouge devenue une voie de contournement essentielle
Face aux contraintes dans le Golfe, l’Arabie saoudite a accru l’utilisation de sa façade occidentale.
Les flux de pétrole saoudien et de produits associés passant par la mer Rouge auraient atteint 4,7 millions de barils par jour entre mars et juin 2026, contre 1,6 million de barils par jour sur la même période de 2025, selon l’analyste maritime Niels Rasmussen, de Bimco, cité par The National puis repris par Prix du Baril.
Le volume aurait donc presque triplé en un an.
Cette évolution montre que la mer Rouge n’est plus une route secondaire pour Riyad. Elle joue désormais un rôle central dans la capacité du royaume à continuer d’approvisionner ses clients lorsque les exportations par le détroit d’Ormuz sont entravées.
Le port de Yanbu est au cœur de ce dispositif. Relié aux zones de production de l’est du pays, il permet d’acheminer le pétrole vers la côte ouest sans passer par Ormuz.
Mais cette diversification ne supprime pas le risque. Elle le déplace vers un autre corridor où les Houthis ont déjà démontré leur capacité à viser des navires commerciaux.
Les Houthis ciblent les pétroliers liés à Riyad
Les Houthis affirment vouloir empêcher les navires saoudiens de circuler librement en mer Rouge.
Selon Le HuffPost, le mouvement yéménite a revendiqué une opération contre deux pétroliers saoudiens accusés d’avoir enfreint le blocus annoncé quelques jours auparavant.
Le gouvernement yéménite soutenu par Riyad accuse, pour sa part, les Houthis de vouloir imposer des droits de passage sur cette route maritime. Cette accusation n’est accompagnée, dans les sources fournies, d’aucun élément permettant de confirmer l’existence d’un système de péage effectivement opérationnel.
L’objectif militaire paraît néanmoins identifiable : démontrer que les exportations saoudiennes peuvent être perturbées aussi bien à l’est du royaume, dans le détroit d’Ormuz, qu’à l’ouest, en mer Rouge.
Hesham Alghannam, expert saoudien en sécurité cité par Prix du Baril, estime que l’effet combiné des attaques menées par les Houthis et par des milices pro-iraniennes en Irak vise à paralyser les corridors d’exportation encore disponibles. Cette analyse constitue l’interprétation d’un expert et non une preuve publiée de coordination opérationnelle entre l’ensemble des groupes concernés.
Des infrastructures saoudiennes également menacées à terre
La pression ne concerne pas uniquement les navires.
Riyad accuse également des milices pro-iraniennes présentes en Irak de viser ses installations énergétiques. Les sources évoquent par ailleurs des frappes iraniennes menées au printemps contre des raffineries, des unités pétrochimiques et des centrales électriques saoudiennes.
Cette combinaison expose plusieurs maillons de la chaîne pétrolière :
- la production ;
- le raffinage ;
- le transport par oléoduc ;
- les terminaux d’exportation ;
- les pétroliers en mer.
Les articles fournis ne chiffrent pas l’impact actuel de ces attaques sur la capacité de production totale de l’Arabie saoudite. Ils ne font pas non plus état d’une annonce officielle de réduction durable des exportations par Saudi Aramco ou par le gouvernement saoudien.
Le risque porte donc autant sur la possibilité d’une aggravation que sur les perturbations déjà constatées.
Le Brent au-dessus de 100 dollars le 23 juillet
Le 23 juillet 2026, le Brent a franchi le seuil de 100 dollars le baril, une première depuis la fin du mois de mai.
Cette hausse est intervenue après l’annonce du blocus houthi et les attaques revendiquées contre les pétroliers saoudiens. Elle a alimenté les craintes d’un choc sur l’approvisionnement et d’une nouvelle accélération de l’inflation.
Le franchissement d’un seuil symbolique ne doit cependant pas être confondu avec un prix durablement stabilisé à ce niveau. Les cours peuvent évoluer rapidement en fonction :
- des informations militaires ;
- de la circulation réelle des navires ;
- des stocks disponibles ;
- des décisions des pays producteurs ;
- des perspectives de négociation diplomatique.
La situation actuelle se caractérise donc davantage par une forte volatilité que par un prix définitivement installé au-dessus de 100 dollars.
Pourquoi la mer Rouge change l’évaluation du risque
Les investisseurs avaient jusqu’alors la possibilité d’envisager une réorganisation des routes maritimes si les perturbations restaient concentrées dans le Golfe.
L’ouverture d’un second front en mer Rouge réduit cette marge de manœuvre.
Stephen Innes, gérant de SPI Asset Management cité par Le HuffPost, explique que les marchés toléraient le choc initial en partant du principe que les navires pourraient être réorientés. La perturbation d’un deuxième passage stratégique rend cette hypothèse plus difficile à défendre.
Le problème n’est pas seulement la fermeture éventuelle d’un corridor.
Même lorsque les navires continuent de circuler, la menace militaire peut entraîner :
- des détours ;
- une hausse des primes d’assurance ;
- un renforcement des mesures de sécurité ;
- des retards de livraison ;
- une augmentation du coût du fret maritime.
Les deux sources fournies ne chiffrent pas ces surcoûts. Elles montrent néanmoins que la continuité des exportations saoudiennes dépend désormais de routes soumises simultanément à des menaces.
Un risque inflationniste pour les économies importatrices
Une hausse durable du pétrole peut se transmettre à l’économie par plusieurs canaux.
Les effets les plus immédiats concernent les carburants, le transport routier, l’aviation, le fret maritime et certains procédés industriels. Les entreprises peuvent ensuite répercuter une partie de ces coûts dans leurs prix de vente.
La hausse du baril peut également influencer les anticipations d’inflation et les taux d’intérêt.
Le 23 juillet, le taux auquel la France emprunte à dix ans a brièvement dépassé 4 %, avant de revenir à 3,99 %. Le HuffPost relie cette évolution aux craintes d’un nouveau choc énergétique et inflationniste.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a qualifié d’« alarmante » l’extension du conflit à la mer Rouge. Selon les propos rapportés, les conséquences inflationnistes du choc énergétique ne se seraient pas encore totalement matérialisées.
Ces déclarations signalent un risque. Elles ne permettent pas encore de mesurer l’effet final sur l’inflation européenne, qui dépendra notamment de la durée de la crise et de l’évolution effective des approvisionnements.
Les PME exposées par les carburants et les coûts logistiques
Pour les entreprises françaises, l’impact ne se limite pas au prix payé à la pompe.
Une hausse du pétrole peut augmenter les coûts de livraison, de déplacement, d’approvisionnement et de production. Elle peut aussi affecter la trésorerie lorsque les dépenses augmentent avant que les nouveaux tarifs puissent être négociés avec les clients.
Business Times a déjà analysé cette transmission dans son article : Guerre en Iran : pendant que le pétrole flambe, c’est la trésorerie des PME qui trinque.
Les secteurs les plus directement dépendants des carburants disposent souvent de peu de marge pour absorber une variation rapide. Mais les sources fournies ne permettent pas de quantifier, à ce stade, le surcoût précis supporté par les PME françaises depuis l’extension du conflit à la mer Rouge.
Le gouvernement a prolongé jusqu’à la fin du mois d’août le délai permettant aux travailleurs éligibles de demander l’aide carburant de 100 euros. Au 23 juillet, 1,2 million de demandes avaient été déposées et près de 970 000 aides avaient été envoyées, selon les chiffres du ministère de l’Économie cités par Le HuffPost.
Riyad face à un arbitrage militaire et économique
L’Arabie saoudite doit protéger ses installations et ses exportations sans s’engager dans une guerre d’usure susceptible d’aggraver les risques pesant sur son économie.
Le royaume cherche depuis plusieurs années à attirer des investissements étrangers et à développer des activités moins dépendantes du pétrole, notamment dans le tourisme et les services.
Les attaques répétées contre ses infrastructures et ses routes maritimes fragilisent l’image de stabilité nécessaire à cette stratégie, selon les analyses rapportées par Prix du Baril.
Riyad doit donc arbitrer entre trois objectifs :
- sécuriser les exportations ;
- répondre aux attaques ;
- éviter une escalade qui exposerait davantage ses infrastructures et ses projets économiques.
Les sources ne permettent pas de déterminer quelle réponse militaire ou diplomatique sera privilégiée.
Un risque réel, mais aucune pénurie démontrée
Les éléments disponibles permettent d’établir que les exportations saoudiennes font face à une pression accrue sur plusieurs fronts.
Ils montrent également que la mer Rouge a pris une importance croissante depuis que le détroit d’Ormuz est devenu plus difficile à emprunter.
En revanche, les sources ne démontrent pas :
- un arrêt général des exportations saoudiennes ;
- une baisse chiffrée et durable de la production du royaume ;
- une pénurie mondiale déjà installée ;
- un maintien permanent du Brent au-dessus de 100 dollars.
Le principal risque réside dans la simultanéité des menaces. Si les deux corridors devenaient durablement impraticables, les capacités de contournement de l’Arabie saoudite seraient fortement réduites.
Le marché pétrolier réagit donc moins à une rupture totale déjà constatée qu’à la possibilité qu’elle se produise.
Pourquoi le prix du pétrole a-t-il dépassé 100 dollars ?
Le Brent a franchi 100 dollars le 23 juillet 2026 après les attaques revendiquées par les Houthis contre des pétroliers saoudiens et l’annonce d’un blocus en mer Rouge. Le marché craignait une extension des perturbations à une deuxième route pétrolière stratégique.
Pourquoi l’Arabie saoudite utilise-t-elle davantage la mer Rouge ?
Riyad a accru ses exportations depuis la côte occidentale pour contourner les perturbations dans le détroit d’Ormuz. Les flux passant par la mer Rouge auraient atteint 4,7 millions de barils par jour entre mars et juin 2026, contre 1,6 million un an auparavant.
Les exportations saoudiennes sont-elles bloquées ?
Les sources font état d’attaques, de menaces et de contraintes sur les routes maritimes. Elles ne démontrent pas un arrêt complet des exportations pétrolières de l’Arabie saoudite.
Quel volume de pétrole transite par le détroit d’Ormuz ?
Environ 20 millions de barils de brut et de produits pétroliers par jour y auraient transité en 2025, selon les données de l’AIE citées par Prix du Baril.
Quel est l’impact d’une hausse du pétrole sur les PME ?
Elle peut augmenter le coût des carburants, du fret, des déplacements et de certains approvisionnements. L’effet sur chaque entreprise dépend de son secteur, de ses contrats et de sa capacité à répercuter ces coûts.
Sources externes
- Le HuffPost – L’extension du conflit fait franchir au pétrole le seuil des 100 dollars
- Prix du Baril – Riyad sous pression sur ses exportations pétrolières maritimes
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