Alors que le SMIC a augmenté de 2,41 % au 1er juin, le Gouvernement a confirmé le gel des allègements de cotisations patronales afin de réaliser 2,9 milliards d’euros d’économies budgétaires. Le groupement des professions de services (GPS) dénoncent un écart qui se creuse entre le salaire net et le salaire brut avec des répercussions sur l’ensemble des acteurs.
Une décision qui fait débat
Dans un contexte inflationniste alimenté par le conflit au Moyen-Orient, le SMIC a augmenté de 2,41 % au 1er juin soit de 35€ net mensuel. Néanmoins, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a annoncé que les allègements de cotisations patronales n’évolueront pas. Ni à la baisse, ni à la hausse. Dans une logique d’économie de 6 milliards d’euros pour compenser les effets de la crise géopolitique, le ministère refuse d’augmenter les allègements de charge qui représenterait un budget de 2 milliards supplémentaires. Il argumente que ce soutien n’est pas pertinent car non ciblé sur les entreprises plus en difficultés. Ainsi, le coût du SMIC augmente de 88€ mensuel pour les employeurs, soit une augmentation presque trois fois plus rapide.
Les organisations patronales dénoncent une double peine : hausse des coûts du travail et baisse mécanique des allègements. Ils déplorent une absence concertation avant cette décision. Isabelle Aprile, présidente de GPS, souligne que “la hausse du coût du travail n’est pas une bonne nouvelle pour les services du quotidien, pour leurs entreprises, leurs salariés mais aussi l’ensemble de la société”. Selon ce groupement professionnel, cette décision aura des effets délétères sur les entreprises, les salariés et la société en général.
Un coûts difficilement absorbable pour les entreprises
Le secteur des services est le principal impacté par cette mesure. Pourtant, les emplois du secteur représentent un emploi privé sur deux et plus de 65% des créations nettes d’emplois depuis 2017. En 2025, les services représentaient 385 milliards d’euros. Ainsi, la bonne santé de cette branche est déterminante pour l’économie globale. Or, elle ne dispose pas de leviers d’action pour compenser rapidement cette hausse du coût du travail.
À lire aussi
Dans les marchés publics, les contrats pluriannuels ou les activités aux tarifs fortement encadrés n’ont pas la liberté d’augmenter immédiatement leurs prix. Face à un coût du travail croissant et des prix figés, la résilience de certaines entreprises est fragile. Certaines n’auront pas la capacité d’absorber ces surcoûts et menacent de se retrouver en grande difficulté. Alors que 35 000 entreprises ont rencontré un dysfonctionnement sur l’année passée, le risque de faillite se fait grandissant. Si cette hausse du coût du travail parvient à être absorbée, elle sera répercutée sur le temps long. Capacités d’investissement, embauches et développement vont continuer leur déclin initié depuis 2024.
Le taux de chômage a dépassé les 8% dans la population générale et les 21% chez les jeunes de 15 à 24 ans selon l’Insee, la progression la plus marquée de l’Union européenne. Cette mesure ne va pas encourager les employeurs à se doter en personnel.
Un pouvoir d’achat sous tension
La hausse automatique du SMIC vise à soutenir le pouvoir d’achat des Français dans une économie inflationniste. Néanmoins, le gel des allègements produit un effet pervers moins visible sur ce pouvoir d’achat : la hausse du coût du travail. Les entreprises disposent dès lors d’une marge réduite pour augmenter les salaires, investir dans la formation ou recruter. Les représentants du secteur craignent également un ralentissement de l’alternance. De plus, le budget des Régions consacré à l’apprentissage a été diminué par l’Etat alors que 1,5 million de jeunes sont sortis des études et de l’emploi.
Le tertiaire est un vecteur essentiel d’insertion professionnelle, notamment pour la main-d’œuvre peu qualifiée. Bien que 1,17 million d’emplois nets aient été créés entre 2017 et fin 2024, la tendance est à l’inverse avec 7 400 emplois en moins sur un an fin 2025. Ce secteur dynamique d’emploi et de développement, régulièrement présenté comme un levier majeur de réduction du chômage par les pouvoirs publics, est la principale cible de cette mesure.
Un risque inflationniste sur les services essentiels
Les services sont au cœur de notre modèle économique et de notre quotidien. Aide à domicile, restauration, propreté, sécurité, transport, logistique, entretien des espaces publics, sont des dépenses indispensables et régulières. Ces services, publics ou privés, assurent la cohésion sociale et participent à l’attraction du territoire. Il s’agit d’un domaine vecteur d’emploi et à forte valorisation humaine. Or, la hausse du coût du travail se répercutera inévitablement sur la hausse des prix des services. Cette augmentation va se diffuser dans toute l’économie et à terme diminuer le pouvoir d’achat des Français.
La hausse des coûts pour les particuliers, les entreprises et les organisations publiques, impactent négativement toute l’économie. Selon les professionnels du secteur, cette mesure dépasse le cadre du budget pour questionner le financement du système social français. En effet, la hausse du coût de travail dans un secteur en croissance qui représente près de 47,7 % de la valeur ajoutée des entreprises privées est un pari perdant selon eux.
La maîtrise des finances publiques est indispensable. Néanmoins, elle ne peut reposer que sur une hausse du coût du travail dans les services. Le défi consiste à trouver un équilibre entre les impératifs budgétaires de court terme et la préservation des moteurs de croissance sur le long terme.
À lire également sur Business Times
- ActualitésPrime d’activité, allègements de charges : le gouvernement renforce son pari sur le travail pour sortir de l’impasse budgétaire
- ActualitésBus, tramways, métros : vers une hausse annuelle des tarifs des transports ?
- ActualitésÉconomie française : un classement mondial qui redonne confiance
- Commerce5 conseils pour sauver sa trésorerie en tant que PME
