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Transition énergétique : les entreprises avancent sans plan

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Les gestes d’économie d’énergie se diffusent, mais leur organisation reste fragile. Dans le troisième baromètre du Crédit Agricole, 92 % des dirigeants interrogés jugent les enjeux énergétiques importants. Pourtant, seuls 27 % déclarent un plan d’action en place ou prévu. Pour les entreprises, la transition énergétique se heurte désormais au temps disponible, aux compétences et à la préparation des investissements.

Transition énergétique : les entreprises avancent sans plan

Changer l’éclairage, renégocier un contrat, surveiller ses factures : les entreprises interrogées ont commencé leur transition énergétique. Mais ces décisions ne forment pas toujours une stratégie. L’enquête publiée en octobre 2026 par le Crédit Agricole montre surtout la distance entre des actions ponctuelles et un programme doté d’un responsable, d’un budget et d’un calendrier.

Le chiffre des 73 % sans plan doit donc être lu précisément. Le dossier regroupe, parmi les 27 % restants, les plans déjà en place et ceux qui sont prévus. Il ne permet pas d’affirmer qu’un quart des entreprises exécutent déjà une feuille de route complète.

Une enquête territoriale, pas une moyenne nationale

CSA a interrogé par téléphone 1 001 entreprises de dix salariés et plus, hors agriculture, entre le 29 avril et le 6 juillet 2026. Le dispositif couvre 26 départements et huit Caisses régionales, autour des fédérations Crédit Agricole Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes. Son périmètre ne se confond pas strictement avec les frontières administratives de ces deux régions.

Selon le dossier de presse du baromètre, l’échantillon tient compte de la taille, du secteur et du département. Les résultats décrivent ce territoire et ces entreprises ; ils ne représentent pas toutes les sociétés françaises, notamment celles de moins de dix salariés.

L’indice, construit avec le cabinet R3, atteint 52 sur 100. Il mesure une maturité déclarée, pas une réduction de consommation ou d’émissions. Le dossier ne publie ni les effectifs détaillés par secteur ni les marges d’incertitude associées. Les écarts sectoriels donnent des repères, sans autoriser un classement précis des performances environnementales.

La transition énergétique reste centrée sur la facture

Le décalage apparaît dans les composantes de l’indice. La connaissance du sujet obtient 68 sur 100, la gestion de l’énergie 56, les pratiques et stratégies 45, l’engagement environnemental 38. Les entreprises connaissent donc mieux les enjeux qu’elles ne structurent leur réponse.

Le suivi est pourtant répandu : 96 % surveillent leur énergie et 90 % s’appuient sur leurs factures. En revanche, 32 % disposent d’un système de pilotage et de supervision des équipements techniques du bâtiment. Ces pratiques peuvent se cumuler : suivre les factures n’exclut pas l’usage d’un outil plus précis.

Pour un dirigeant, la question est de savoir ce que les données permettent de décider. Une facture mensuelle donne une dépense et des volumes. Elle explique moins facilement pourquoi une consommation augmente la nuit ou quel équipement fonctionne inutilement. Le suivi par usage aide à rechercher ces dérives.

Il faut aussi séparer les euros des kilowattheures. Une facture peut baisser grâce au contrat, sans économie physique. À l’inverse, une réduction de consommation peut être masquée par les prix. Le bilan énergétique francilien analysé par Business Times rappelle également que consommation et émissions ne suivent pas nécessairement la même trajectoire.

Les petites structures manquent de moyens de pilotage

Les entreprises de 10 à 49 salariés obtiennent un indice de 49 sur 100, contre 61 pour celles de 50 salariés et plus. Cet écart de douze points traverse plusieurs dimensions de l’étude. Le dossier l’interprète notamment comme une différence de ressources internes et de temps consacré aux projets.

L’explication mérite de rester distincte du constat : l’enquête ne mesure pas isolément la contribution de chaque frein. Elle cite aussi le sentiment d’avoir déjà fait le nécessaire, un gain perçu comme faible et la complexité des démarches.

À l’échelle d’une PME, désigner un responsable ne suppose pas toujours de créer un poste. Il faut toutefois lui réserver du temps, organiser l’accès aux données et préciser quelles dépenses il peut proposer. Sans cet arbitrage de la direction, le dossier énergétique risque de rester secondaire jusqu’à la prochaine hausse de facture.

Sept secteurs, des contraintes différentes

Les indices vont de 47 à 58 sur 100. Les bâtiments occupés, les procédés industriels ou les véhicules expliquent des besoins différents. Le tableau rapproche chaque score d’un constat propre au secteur ; les pourcentages de la dernière colonne ne mesurent pas tous la même pratique.

SecteurIndice sur 100Un constat opérationnel du baromètre
Hébergement-restauration5853 % disposent d’une personne dédiée à l’optimisation des consommations.
Industrie5622 % utilisent une plateforme centralisée de suivi.
Transports5545 % ont réalisé un audit de flotte.
Agroalimentaire5349 % déclarent une démarche de gestion de l’eau.
Commerce5124 % ont engagé des rénovations lourdes.
Services5024 % disposent d’un plan d’action.
Bâtiment4715 % disposent d’un expert dédié.

Source : Crédit Agricole, baromètre 2026, pages 6 à 9. Les indices portent sur la maturité déclarée des démarches.

Passer des premiers équipements aux transformations coûteuses

Les LED sont présentes dans 79 % des entreprises du panel, tandis que 20 % produisent de l’énergie sur site. Ces résultats décrivent des actions différentes : la production locale ne mesure pas, à elle seule, l’efficacité énergétique d’un établissement.

Dans l’hébergement-restauration, 66 % ont réalisé un audit énergétique ou un bilan carbone, mais 39 % ont formalisé un plan. L’industrie présente un écart comparable : 57 % pour un audit ou un bilan, 35 % pour un plan. Ces deux diagnostics sont regroupés dans la présentation des résultats, alors qu’ils n’ont pas le même objet.

Les contraintes deviennent ensuite propres à chaque métier. L’agroalimentaire doit articuler froid, chaleur et exigences sanitaires. Le bâtiment travaille sur des chantiers temporaires, où les équipements permanents sont difficiles à installer. Dans le commerce et les services, le statut de locataire peut compliquer les travaux.

Avant de choisir une solution, l’entreprise doit donc savoir qui décide, qui finance et qui bénéficie des économies. Une rénovation peut être pertinente techniquement tout en restant bloquée faute d’accord entre l’occupant et le propriétaire.

Le financement est envisagé, mais les intentions reculent

Dans l’ensemble du panel, 81 % citent au moins un financement externe. Les subventions publiques recueillent 55 %, l’emprunt bancaire 54 %, le leasing 40 % et le tiers-investissement 25 %. Plusieurs réponses sont possibles : ces proportions ne s’additionnent pas. Elles ne mesurent pas non plus des financements obtenus.

La comparaison annuelle est limitée au périmètre Bourgogne-Franche-Comté, seul comparable avec 2025. Elle montre un recul des solutions envisagées.

Solution envisagée20252026Écart
Subventions publiques70 %51 %−19 points
Emprunt bancaire59 %50 %−9 points
Tiers-investissement37 %24 %−13 points
Aucun des mécanismes proposés11 %21 %+10 points

Source : Crédit Agricole, baromètre 2026, page 5. Comparaison à périmètre constant ; écarts calculés en points de pourcentage.

Sur ce même périmètre, l’indice « pratiques et stratégies » progresse pourtant de 36 à 43 sur 100. Les actions peuvent donc avancer tandis que les entreprises se projettent moins dans les financements proposés. Le dossier ne permet pas d’en déduire une baisse des besoins, un rationnement du crédit ou un recul des aides effectivement versées.

Les aléas climatiques entrent dans le calcul

Au cours des cinq dernières années, 64 % des entreprises interrogées déclarent avoir subi au moins un aléa climatique. Parmi celles qui ont été exposées, 39 % rapportent une hausse de consommation d’énergie et 28 % des pertes de production. Ces deux proportions concernent les entreprises touchées, pas l’ensemble du panel.

L’investissement doit dès lors intégrer la continuité d’activité. Un équipement moins consommateur peut rester vulnérable à la chaleur ou à une interruption d’approvisionnement. Les questions d’adaptation climatique des sites et de financement rejoignent celles de la maîtrise énergétique, avec des objectifs qu’il faut distinguer.

Pour comparer deux projets, le temps de retour sur les économies attendues reste utile. Il gagne à être complété par les coûts de maintenance, les arrêts nécessaires aux travaux et la capacité du site à fonctionner lors d’un épisode difficile. Le baromètre ne chiffre pas ces bénéfices : ils doivent être évalués pour chaque entreprise.

Préparer un projet avant de chercher son financement

La transition énergétique peut commencer par une décision de gestion : établir une consommation de référence, choisir un usage prioritaire et confier le projet à une personne identifiée. Le diagnostic doit ensuite déboucher sur des options chiffrées, avec leurs contraintes d’exploitation.

Des accompagnements existent. Le programme PACTE Industrie, présenté par l’ADEME, associe formation, études et préparation du financement. Il peut notamment aider à examiner les solutions techniques et à construire une trajectoire d’investissement. Son intérêt est de financer aussi la préparation, selon les conditions du dispositif.

Le dossier présenté à la direction doit enfin préciser comment les résultats seront suivis après les travaux. Une estimation initiale ne suffit pas : les économies devront être vérifiées en tenant compte de l’activité et des conditions d’utilisation. C’est à ce stade qu’un équipement acheté devient un projet dont l’entreprise peut mesurer les effets.