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Fraude, IA, retards de paiement : les directions financières automatisent plus vite qu’elles ne se sécurisent

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93 % des professionnels de la finance redoutent une montée de la fraude générée par l’intelligence artificielle dans les douze prochains mois. Dans le même temps, 45 % indiquent que leurs équipes agissent déjà régulièrement sur des recommandations produites par l’IA sans validation humaine. Le Financial Census 2026 de Medius met surtout en évidence un paradoxe : l’automatisation progresse rapidement, mais les règles qui doivent l’encadrer restent souvent à construire.

Fraude, IA, retards de paiement : les directions financières automatisent plus vite qu’elles ne se sécurisent

L’intelligence artificielle est déjà entrée dans les directions financières. Les procédures de contrôle ne sont pas toujours allées aussi vite.

Selon le Financial Census 2026 publié par Medius, 90 % des professionnels interrogés considèrent qu’une décision financière importante devrait toujours être validée par un humain, même lorsque l’intelligence artificielle utilisée est jugée fiable. Pourtant, 45 % déclarent que leurs équipes suivent souvent des recommandations générées par l’IA sans intervention humaine.

Ce décalage est probablement l’enseignement le plus intéressant de l’étude pour les dirigeants : le sujet n’est plus de savoir s’il faut utiliser l’IA dans la finance, mais de décider ce qu’une machine peut faire seule, qui doit contrôler son travail et qui porte la responsabilité lorsqu’elle se trompe.

Consulter le Financial Census 2026 de Medius

Les petites fraudes restent les plus faciles à ignorer

Les grandes escroqueries utilisant des deepfakes attirent naturellement l’attention. Les pertes peuvent pourtant commencer beaucoup plus discrètement.

Dans l’enquête Medius, 87 % des professionnels de la finance interrogés disent avoir déjà fermé les yeux sur une petite dépense, un remboursement ou une demande qu’ils soupçonnaient d’être frauduleux. Medius utilise le terme de « shallowfakes » pour désigner ces petits contournements : quelques kilomètres ajoutés à une note de frais, un justificatif présenté deux fois ou une dépense légèrement majorée.

Pris individuellement, les montants peuvent paraître insignifiants. Leur banalisation est plus préoccupante. L’étude indique que 74 % des répondants considèrent ces petites fraudes comme déjà courantes et que 67 % pourraient eux-mêmes présenter une demande légèrement malhonnête si cette pratique devenait habituelle autour d’eux.

Le problème devient alors moins technologique que managérial. Une entreprise peut acheter un logiciel capable de détecter les doublons ou les anomalies. Il est beaucoup plus difficile de corriger une organisation dans laquelle quelques euros ajoutés à une dépense ne sont plus réellement considérés comme une fraude.

L’IA rend les fausses factures beaucoup plus faciles à produire

À cette fraude interne s’ajoute une menace plus récente.

93 % des professionnels interrogés se disent préoccupés par les fraudes utilisant l’IA au cours des douze prochains mois. Les scénarios cités sont très concrets : modifier numériquement un reçu ou une facture, fabriquer une facture à partir du modèle d’un fournisseur existant ou reproduire une facture réelle en changeant simplement les coordonnées bancaires.

Pour les entreprises françaises représentées dans l’étude, les pertes annuelles moyennes déclarées liées à la fraude à la facture atteignent 113 317 euros. Ce chiffre doit toutefois être lu avec prudence : la partie française de l’enquête repose sur seulement 100 professionnels de la finance. Il donne un ordre de grandeur mais ne permet pas d’affirmer que toutes les entreprises françaises perdent une telle somme chaque année.

La France est également le pays le moins équipé des quatre marchés étudiés en logiciels automatisés de détection des documents frauduleux : 45 % des répondants français déclarent utiliser ce type d’outil, contre 53 % aux États-Unis, 51 % au Royaume-Uni et 50 % en Suède.

Un taux de fraude détectée plus faible ne signifie d’ailleurs pas nécessairement que le problème est moins important. Il peut aussi traduire une capacité de détection différente.

90 % veulent un humain aux commandes, mais les règles sont rarement écrites

La question de la gouvernance devient plus sensible à mesure que les entreprises donnent davantage d’autonomie à leurs outils.

Dans l’étude, 38 % des responsables financiers déclarent avoir déjà déployé au moins un agent d’IA dans leurs processus, tandis que 50 % supplémentaires envisagent de le faire dans les douze prochains mois.

Mais les procédures restent parfois informelles.

Près de la moitié des répondants, 46 %, expliquent que les seuils à partir desquels une intervention humaine devient nécessaire sont compris dans leur entreprise mais ne sont pas officiellement documentés. Et 23 % pensent que certains membres de leur direction financière utilisent des outils d’IA qui n’ont pas été approuvés par leur organisation.

La responsabilité en cas d’erreur n’est pas beaucoup plus claire. Les répondants hésitent entre la direction informatique, la direction financière ou le salarié ayant suivi la recommandation de la machine.

Pour un directeur général ou un DAF, cette question est loin d’être théorique. Si un agent modifie un paiement, valide une donnée erronée ou recommande une opération qui entraîne une perte, l’entreprise doit savoir avant l’incident qui avait le pouvoir de décider et qui devait contrôler.

La facturation électronique arrive au même moment

En France, cette réflexion tombe à quelques jours d’une transformation importante.

À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être capables de recevoir leurs factures électroniques par l’intermédiaire d’une plateforme agréée. Les grandes entreprises et les ETI devront également les émettre électroniquement ; l’obligation d’émission s’étendra aux PME et microentreprises le 1er septembre 2027.

Vérifier le calendrier officiel de la facturation électronique sur impots.gouv.fr

Cette évolution doit améliorer la traçabilité des flux et structurer davantage les informations contenues dans les factures. Les plateformes agréées doivent notamment démontrer la sécurité de leurs infrastructures et de leurs données ainsi que leur interopérabilité avant d’obtenir leur immatriculation définitive.

Mais la dématérialisation ne dispense pas de contrôles internes.

Business Times avait interrogé Sébastien Rabineau, responsable de la mission Facturation électronique à la DGFiP, qui expliquait notamment que la réforme pouvait contribuer à sécuriser les échanges face aux fausses factures et aux fraudes au président.

À lire sur Business Times : Sébastien Rabineau (DGFiP), facturation électronique et modernisation de l’activité entrepreneuriale

Le changement de coordonnées bancaires d’un fournisseur, par exemple, mérite toujours une vérification indépendante. Une facture techniquement parfaitement structurée peut contenir une instruction frauduleuse si le processus qui l’a précédée a été compromis.

Automatiser les factures ne suffit pas à les payer à temps

L’autre surprise de l’étude concerne les délais de paiement.

85 % des organisations interrogées déclarent avoir déjà automatisé au moins une partie de leur comptabilité fournisseurs, et 46 % disposent d’un processus automatisé de bout en bout. Malgré cela, 45 % des professionnels indiquent que 21 % à 40 % des factures de leur entreprise sont encore payées en retard.

La technologie n’est donc pas toujours le problème.

En France, les répondants citent en premier lieu les goulots d’étranglement dans les circuits de validation (23 %), puis les difficultés de trésorerie (21 %) et les factures contestées ou comportant des données incohérentes (21 %).

C’est un point important pour les dirigeants qui investissent dans l’automatisation. Numériser un mauvais processus ne le transforme pas nécessairement en bon processus. Une facture peut entrer automatiquement dans l’ERP et rester bloquée plusieurs jours parce qu’un manager n’a pas donné son accord.

Les fournisseurs finissent par réagir : dans l’échantillon international, 45 % ont durci leurs conditions de paiement, 43 % ont déjà mis fin à une relation commerciale et 42 % disent avoir réduit la qualité ou la rapidité de leur service en réaction à des retards.

Business Times avait déjà observé cette pression sur les entreprises françaises : 65 % des chefs d’entreprise interrogés dans une autre étude redoutaient une aggravation des retards de paiement en 2026.

À lire sur Business Times : Retards de paiement, 65 % des chefs d’entreprise redoutent une aggravation en 2026

Pour les dirigeants, la priorité devient la gouvernance

La conclusion à tirer n’est probablement pas qu’il faut ralentir l’automatisation. Elle consiste plutôt à ne pas confondre automatisation et contrôle.

Une direction financière qui utilise l’IA devrait pouvoir répondre simplement à quelques questions : quelles décisions peuvent être prises automatiquement ? À partir de quel montant un humain doit-il intervenir ? Qui valide un changement de RIB ? Quels outils d’IA sont autorisés ? Qui contrôle périodiquement les notes de frais ? Et qui est responsable lorsqu’une recommandation automatisée provoque une erreur ?

Ces règles paraissent élémentaires. L’étude montre précisément qu’elles ne sont pas toujours formalisées.

Le sujet touche également les ressources humaines. 86 % des professionnels interrogés indiquent que leur maîtrise de l’IA intervient désormais dans l’évaluation de leurs performances, et 55 % affirment qu’elle compte déjà dans les décisions de recrutement. Dans le même temps, 75 % estiment que l’IA a accru la fatigue ou le risque de burnout.

La transformation des directions financières entre ainsi dans une deuxième étape. Après avoir acheté les logiciels et automatisé les tâches répétitives, les entreprises doivent maintenant décider comment elles veulent réellement travailler avec ces outils.

À quelques jours du lancement de la facturation électronique en France, c’est probablement le chantier le plus important : profiter de l’automatisation sans abandonner les contrôles qui protègent la trésorerie.