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La valeur des diplômes a-t-elle vraiment diminué en vingt ans ?

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La massification de l’enseignement supérieur n’a pas effacé la hiérarchie des diplômes. Un master, une grande école ou un doctorat restent associés à de meilleurs salaires et à une protection accrue contre le chômage. Le constat est moins favorable pour les niveaux bac+2 à bac+4, davantage confrontés au déclassement. Le diplôme conserve donc sa valeur, mais celle-ci dépend de plus en plus du niveau, de la filière et du marché du travail auquel il donne accès.

La valeur des diplômes a-t-elle vraiment diminué en vingt ans ?

La France comptait plus de trois millions d’étudiants à la rentrée 2024, contre environ 2,2 millions vingt ans auparavant.

Cette progression alimente une question récurrente : à mesure que le nombre de diplômés augmente, les titres scolaires perdent-ils leurés augmente, les titres valeur sur le marché du travail ?

Les données du Centre d’études et de recherches sur les qualifications, reprises par Franceinfo et La Tribune, ne confirment pas une dévalorisation générale.

Le diplôme continue de réduire le risque de chômage, d’augmenter la probabilité d’occuper un emploi durable et d’améliorer le salaire médian. Mais cet avantage n’est ni uniforme ni automatique.

La hiérarchie salariale des diplômes résiste

L’enquête du Céreq porte sur les jeunes de la « Génération 2021 », interrogés trois ans après leur sortie du système éducatif.

Dès le premier emploi, la rémunération médiane augmente presque à chaque niveau de formation :

  • 1 260 euros mensuels pour les jeunes sans diplôme ;
  • 1 360 euros pour les titulaires d’un CAP ou d’un BEP ;
  • 1 400 euros pour les bacheliers ;
  • 1 480 euros pour les diplômés d’un bac+2 hors santé et social ;
  • 1 530 euros pour les niveaux bac+3 ou bac+4 ;
  • 1 810 euros pour les titulaires d’un master ;
  • 2 130 euros pour les diplômés d’une école de commerce ou d’ingénieurs ;
  • 2 410 euros pour les titulaires d’un doctorat.

Les formations courtes du supérieur dans les secteurs de la santé et du social constituent une exception. Elles procurent un revenu médian de 1 840 euros, supérieur à celui observé pour les titulaires d’un master universitaire. (latribune.fr)

Ces chiffres ne signifient pas que chaque diplômé percevra le salaire correspondant à son niveau. Il s’agit de médianes qui regroupent des métiers, des secteurs et des situations géographiques différents.

Ils montrent néanmoins que le marché du travail continue d’attribuer une valeur économique au nombre d’années d’études.

Le véritable écart apparaît après bac+2

Jusqu’au baccalauréat ou au niveau bac+2, les rémunérations restent relativement proches.

L’écart entre un jeune sans diplôme et un titulaire d’un bac+2 hors santé-social atteint 220 euros par mois dans les données reprises par La Tribune.

Le saut devient plus visible au niveau du master. Le salaire médian du premier emploi passe alors à 1 810 euros, soit 280 euros de plus que pour un bac+3 ou bac+4.

Les écoles d’ingénieurs et de commerce ajoutent encore 320 euros à cette médiane. Le doctorat se situe 280 euros au-dessus de ces écoles.

La durée des études ne constitue toutefois pas le seul facteur. Les résultats des formations courtes en santé et dans le secteur social montrent que la demande de main-d’œuvre peut produire un rendement supérieur à celui de cursus plus longs.

La valeur d’un diplôme résulte donc de la combinaison de trois éléments :

  • son niveau ;
  • sa spécialité ;
  • les besoins de recrutement associés.

Le diplôme reste une protection contre le chômage

Le bénéfice du diplôme ne se limite pas au salaire.

Le Céreq a comparé six générations de jeunes entrées sur le marché du travail entre 2004 et 2021. Sur cette période, le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur n’a jamais dépassé 15 %.

Ce seuil a, en revanche, été régulièrement franchi par les jeunes sortis du secondaire ou sans diplôme. Pour les non-diplômés de la génération entrée dans la vie active en 2021, le chômage atteignait 40 % après trois années. (franceinfo.fr)

Le diplôme ne garantit donc pas l’emploi. Il réduit statistiquement le risque de rester au chômage.

Cette protection demeure observable malgré les crises économiques et l’augmentation du nombre de jeunes titulaires d’un diplôme supérieur.

Plus de diplômes, davantage d’emplois stables

Le niveau de formation influence également la nature des contrats obtenus.

Sur les six générations étudiées, plus de la moitié des jeunes ayant au moins un bac+2 occupent un emploi à durée indéterminée. Cette catégorie inclut les CDI, les emplois de fonctionnaires et les activités indépendantes.

La proportion dépasse 70 % pour les diplômés :

  • des écoles de commerce ;
  • des écoles d’ingénieurs ;
  • des formations de santé et du secteur social.

À l’inverse, la part des jeunes sans diplôme accédant à un emploi durable ne dépasse jamais 25 % dans les données présentées par Franceinfo. Trois jeunes non diplômés sur quatre restent donc en emploi précaire plusieurs années après leur entrée sur le marché du travail. (franceinfo.fr)

La valeur du diplôme se mesure ainsi autant par la stabilité de l’emploi que par le niveau du premier salaire.

Le déclassement progresse pour les diplômes intermédiaires

Le tableau devient moins favorable lorsque l’on examine la correspondance entre la qualification obtenue et l’emploi occupé.

Le déclassement désigne la situation dans laquelle une personne accepte un poste inférieur au niveau de qualification normalement associé à son diplôme.

Selon les données du Céreq reprises par Franceinfo, le taux de déclassement a progressé de six points entre la génération sortie du système éducatif en 2004 et celle sortie en 2021. (franceinfo.fr)

Cette hausse se concentre principalement sur les niveaux bac+2 à bac+4, à l’exception des filières de santé et du secteur social.

Ces diplômés se trouvent pris entre deux évolutions :

  • une augmentation générale du niveau de formation des candidats ;
  • une transformation moins rapide de la structure des emplois proposés.

Un poste autrefois accessible avec un baccalauréat peut aujourd’hui attirer des titulaires d’un bac+2 ou d’une licence. Le diplôme facilite alors l’embauche sans garantir que le poste mobilisera réellement le niveau de qualification acquis.

Les bac+5 ne connaissent pas la même évolution

L’augmentation du nombre de masters n’a pas entraîné le déclassement massif parfois annoncé.

Pour les diplômés de niveau bac+5 et plus, le taux de déclassement tend au contraire à diminuer depuis une dizaine d’années.

Le marché du travail semble donc avoir absorbé une partie de la progression des diplômes longs. La multiplication des bac+5 n’a pas suffi à effacer leur avantage individuel. (latribune.fr)

Cette situation ne place pas tous les bac+5 sur un pied d’égalité.

Franceinfo souligne que les diplômés des grandes écoles présentent un risque de déclassement inférieur à celui des titulaires d’un master universitaire. Certains diplômés de master peuvent même occuper des emplois moins qualifiés que ceux obtenus par des jeunes ayant suivi une formation plus courte et davantage recherchée. (franceinfo.fr)

Le niveau bac+5 ne constitue donc pas une catégorie économique homogène.

Les grandes écoles conservent un avantage distinct

Les écarts entre un master universitaire et une école de commerce ou d’ingénieurs apparaissent dès le premier emploi.

La rémunération médiane atteint 1 810 euros pour un master et 2 130 euros pour une école de commerce ou d’ingénieurs, soit une différence de 320 euros par mois dans les données présentées.

Les diplômés des grandes écoles bénéficient aussi d’une probabilité plus élevée d’occuper un emploi stable et d’un risque plus faible de déclassement.

Les sources ne permettent pas de déterminer quelle part de cet avantage provient précisément :

  • du contenu de la formation ;
  • de la sélection à l’entrée ;
  • de la spécialité enseignée ;
  • des stages réalisés ;
  • du réseau des anciens élèves ;
  • des entreprises qui recrutent dans ces établissements.

Les chiffres constatent un écart. Ils ne permettent pas d’en attribuer toute la cause au seul établissement ayant délivré le diplôme.

En Europe, la valeur du diplôme varie selon le pays

La comparaison européenne confirme qu’un diplôme ne produit pas partout le même rendement.

Selon l’analyse des données d’Eurostat publiée par Euronews, moins de 1,5 % des diplômés du supérieur âgés de 25 à 54 ans sont au chômage en Roumanie, en République tchèque, en Pologne et en Bulgarie.

Le taux atteint :

  • 3 % environ en Allemagne et en Italie ;
  • 4,7 % en France ;
  • 5,7 % en Espagne ;
  • environ 6 % en Grèce.

La moyenne européenne s’établit à 3,6 %. La France se situe donc au-dessus de cette moyenne pour le chômage des diplômés du supérieur. (euronews.com)

Le diplôme reste néanmoins protecteur en France : le taux de chômage global des 25-54 ans y atteint 6,1 %, contre 4,7 % pour les diplômés du supérieur dans les données présentées par Euronews.

Son rendement dépend cependant de la capacité de l’économie nationale à créer des emplois qualifiés.

La France compte 28,1 % de diplômés de niveau licence ou supérieur

Science & Vie rapporte qu’en 2023, 28,1 % de la population adulte française détenait un diplôme de niveau licence ou supérieur.

Ce résultat placerait la France en dehors des vingt premiers pays du classement présenté, derrière des États comme la Corée du Sud, Israël ou les Pays-Bas, qui dépassent 39 %. L’Irlande se situe au-dessus de 52 %. (science-et-vie.com)

Cet indicateur doit être distingué de la valeur économique individuelle d’un diplôme.

Il mesure la proportion d’adultes ayant au moins une licence. Il ne mesure ni :

  • le salaire obtenu après les études ;
  • la qualité des emplois ;
  • le risque de déclassement ;
  • le taux de chômage selon les filières ;
  • la valeur comparée d’un CAP, d’un BTS ou d’un master.

Une population plus diplômée ne garantit pas automatiquement que chaque diplôme sera mieux rémunéré. À l’inverse, une place relativement basse dans un classement international ne prouve pas que les diplômes français auraient perdu leur valeur.

Le diplôme reste rentable, mais la spécialité devient déterminante

Les quatre sources convergent sur un point : le niveau de diplôme reste associé à de meilleures conditions d’insertion.

Elles montrent aussi que le seul nombre d’années d’études ne suffit plus à évaluer le rendement d’une formation.

Un bac+2 dans la santé ou le social peut procurer un salaire de départ supérieur à celui d’un master universitaire. Une grande école peut réduire davantage le risque de déclassement qu’un autre bac+5. Un diplômé français reste plus exposé au chômage qu’un diplômé tchèque ou polonais.

Avant de choisir une formation, plusieurs indicateurs doivent donc être examinés :

  • le taux d’emploi ;
  • le délai d’accès au premier poste ;
  • la part de CDI ;
  • le salaire médian ;
  • le taux de déclassement ;
  • les métiers réellement exercés ;
  • les besoins de recrutement du secteur.

Le niveau académique conserve une valeur. La spécialité et les débouchés déterminent de plus en plus la manière dont cette valeur se transforme en emploi.

La valeur du diplôme ne se limite pas au premier salaire

Les données disponibles portent principalement sur les premières années de carrière.

Elles ne mesurent pas l’ensemble du rendement d’une formation sur vingt ou trente ans.

Un diplôme peut notamment agir sur :

  • la progression salariale ;
  • l’accès aux postes d’encadrement ;
  • la capacité à changer d’entreprise ;
  • la mobilité internationale ;
  • la possibilité de reprendre des études ;
  • la résistance au chômage lors d’une crise.

À l’inverse, un salaire de départ élevé dans une profession en tension ne garantit pas nécessairement une progression rapide ou de bonnes conditions de travail.

Il serait donc réducteur de classer les formations à partir du seul premier salaire médian.

Ce que les sources permettent d’établir

Les quatre articles permettent de retenir que :

  • la hiérarchie salariale selon le niveau de diplôme reste stable ;
  • les jeunes diplômés du supérieur sont moins exposés au chômage ;
  • les emplois durables sont plus fréquents à partir de bac+2 ;
  • les écoles de commerce, d’ingénieurs et les formations de santé-social présentent des résultats favorables ;
  • le déclassement a progressé de six points entre les générations 2004 et 2021 ;
  • cette progression touche surtout les niveaux bac+2 à bac+4 ;
  • le déclassement des bac+5 et plus tend à diminuer depuis une décennie ;
  • le chômage des diplômés du supérieur atteint 4,7 % en France, contre 3,6 % en moyenne européenne ;
  • 28,1 % des adultes français détiennent un diplôme de niveau licence ou supérieur selon le classement relayé par Science & Vie.

Elles ne permettent pas de calculer :

  • le rendement financier net de chaque diplôme ;
  • le coût total des études pour l’étudiant ;
  • le salaire sur l’ensemble d’une carrière ;
  • les écarts précis entre toutes les spécialités ;
  • la part de l’avantage liée au diplôme plutôt qu’à l’origine sociale ou au réseau ;
  • la valeur individuelle d’un établissement précis.

Le diplôme n’a pas perdu sa fonction de protection. Le principal changement concerne la distribution de cette protection : solide pour les diplômes longs et les filières en tension, plus fragile pour certains niveaux intermédiaires.

En bref

Les diplômes ont-ils perdu leur valeur en vingt ans ?

Les données du Céreq ne montrent pas de dévalorisation générale. Le niveau de diplôme reste associé à un meilleur salaire, à moins de chômage et à davantage d’emplois stables. Le déclassement a toutefois progressé pour les niveaux bac+2 à bac+4.

Quel est le salaire médian selon le diplôme ?

Au premier emploi, la médiane présentée par La Tribune va de 1 260 euros pour un jeune sans diplôme à 2 410 euros pour un doctorat. Elle atteint 1 810 euros pour un master et 2 130 euros pour une école de commerce ou d’ingénieurs. (latribune.fr)

Quel diplôme protège le mieux du chômage ?

Les diplômés du supérieur sont globalement moins exposés. Les écoles de commerce, les écoles d’ingénieurs et les formations de santé-social affichent également une part élevée d’emplois durables.

Quels diplômés sont les plus touchés par le déclassement ?

La hausse concerne principalement les titulaires de diplômes allant de bac+2 à bac+4, sauf dans les filières de santé et du secteur social. Le déclassement des bac+5 et plus tend à diminuer.

Un master garantit-il un emploi de cadre ?

Non. Un master améliore statistiquement l’insertion et le salaire, mais certains diplômés occupent des emplois inférieurs à leur niveau de qualification. La spécialité du master et le secteur recrutant restent déterminants.

Une grande école vaut-elle davantage qu’un master universitaire ?

Les données présentées montrent un salaire médian de départ plus élevé et un risque de déclassement plus faible pour les diplômés des écoles de commerce et d’ingénieurs. Elles ne permettent pas d’attribuer cet écart au seul prestige de l’école.

La France compte-t-elle moins de diplômés que ses voisins ?

Le classement relayé par Science & Vie indique que 28,1 % des adultes français possèdent un diplôme de niveau licence ou supérieur. Cet indicateur ne comptabilise pas de la même manière l’ensemble des diplômes post-bac et ne mesure pas directement leur valeur sur le marché du travail.

Sources externes