Le marché de l’emploi français entre dans une période assez paradoxale.
D’un côté, les entreprises deviennent plus prudentes dans leurs recrutements. De l’autre, elles continuent à se battre pour attirer certains profils devenus difficiles à trouver.
C’est l’un des principaux enseignements du Guide des salaires 2027 de Michael Page, qui analyse plus de 900 métiers répartis dans 24 secteurs d’activité.
Le cabinet prévoit ainsi une augmentation moyenne des rémunérations comprise entre 2 % et 2,5 % en 2027, après une progression évaluée entre 1,5 % et 2 % en 2026.
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Cependant, tous les salariés ne profiteront pas de cette évolution de la même manière.
Salaires 2027 : les compétences deviennent plus importantes que le nombre de candidats
Michael Page avance un chiffre révélateur : 62 % des entreprises interrogées ont rencontré des difficultés de recrutement au cours des derniers mois.
Dans 83 % des cas, elles citent le manque de compétences disponibles comme principale cause. Les attentes salariales arrivent ensuite, mentionnées par 42 % des entreprises.
Ces résultats proviennent de Talent Trends 2026. L’étude porte, selon le communiqué transmis à Business Times, sur plus de 60 000 professionnels dans 36 pays, dont 4 000 en France.
Les statistiques publiques apportent toutefois une nuance intéressante. La Dares constate que les tensions de recrutement ont globalement diminué depuis leur pic de 2023. En juillet 2026, 37 % des entreprises industrielles déclaraient encore rencontrer des difficultés de recrutement.
France Travail estime, de son côté, que 43,8 % des projets de recrutement prévus en 2026 étaient jugés difficiles par les employeurs.
Les populations et méthodes étant différentes, ces chiffres ne sont pas directement comparables à ceux de Michael Page. Ils racontent néanmoins la même évolution : les pénuries ne concernent plus uniformément tout le marché. Elles se concentrent davantage sur certaines compétences.
Business Times avait déjà observé cette évolution dans son panorama des 25 métiers qui recrutent le plus en France en 2026.
Tech : l’IA, le cloud et la cybersécurité continuent de faire monter les enchères
La technologie offre sans doute l’exemple le plus visible de ce marché à plusieurs vitesses.
Après une période de ralentissement et de plus grande prudence dans les recrutements, Michael Page prévoit une amélioration progressive du marché Tech & IT en 2027.
Toutefois, les entreprises ne rechercheront pas n’importe quels profils.
L’industrialisation de l’intelligence artificielle crée de nouveaux besoins autour des ingénieurs IA, du MLOps, de la data et de l’intégration des modèles dans les systèmes d’information.
Dans le même temps, la cybersécurité reste sous tension. Les experts SecOps, Cloud Security ou IAM figurent parmi les profils dont les rémunérations devraient progresser le plus.
Un analyste sécurité SOC-SIEM disposant de cinq à dix ans d’expérience peut ainsi se situer entre 70 000 et 85 000 euros bruts annuels fixes selon la grille Michael Page. Au-delà de dix ans, la fourchette atteint 85 000 à 110 000 euros.
Un ingénieur ou architecte cloud expérimenté peut, lui, atteindre 90 000 à 120 000 euros après dix ans d’expérience.
Le constat rejoint une transformation déjà visible dans les entreprises. Comme Business Times l’analysait récemment, 65 % des organisations interrogées dans l’Observatoire européen du digital utilisent déjà l’intelligence artificielle.
Par conséquent, le marché cherche moins des profils capables de simplement tester l’IA que des professionnels capables de la déployer, de la sécuriser et de l’intégrer aux métiers.
Finance : FP&A et contrôle financier deviennent des fonctions stratégiques
Le changement est également net dans la finance.
Les entreprises rationalisent leurs recrutements, mais elles renforcent les fonctions directement liées au pilotage de la performance.
Le Financial Planning & Analysis, ou FP&A, prend ainsi une place croissante. Ces équipes analysent les données financières et opérationnelles, élaborent des scénarios et accompagnent les décisions des directions générales.
Michael Page classe les FP&A Analysts, FP&A Managers, consolideurs, contrôleurs de gestion et contrôleurs financiers parmi les profils particulièrement recherchés en 2027.
Les écarts de rémunération deviennent importants avec l’expérience.
Un contrôleur de gestion central ou FP&A démarre entre 38 000 et 45 000 euros avec moins de deux ans d’expérience. Entre cinq et dix ans, sa rémunération se situe entre 55 000 et 80 000 euros.
Pour un contrôleur financier, Michael Page avance une fourchette de 70 000 à 100 000 euros entre cinq et dix ans d’expérience. Elle peut atteindre 90 000 à 180 000 euros au-delà de quinze ans.
Cependant, l’entrée dans la profession devient plus difficile.
L’automatisation réduit progressivement certaines tâches comptables simples. Les entreprises privilégient donc davantage les candidats disposant déjà d’une première expérience. Dans ce contexte, Michael Page considère l’alternance comme un véritable accélérateur d’employabilité.
RH : paie, droit social et rémunération prennent de la valeur
Les ressources humaines suivent une évolution comparable.
Les entreprises créent moins de postes généralistes. En revanche, elles recherchent des compétences capables de répondre à des sujets devenus plus techniques et plus réglementés.
Le droit social, les relations sociales, la paie, les SIRH et les politiques de rémunération figurent donc parmi les domaines les plus porteurs.
Un gestionnaire de paie disposant de deux à cinq ans d’expérience se situe entre 35 000 et 40 000 euros, selon Michael Page. Entre cinq et dix ans, la fourchette passe à 40 000-50 000 euros.
Les spécialistes de la rémunération atteignent des niveaux nettement supérieurs. Un responsable Compensation & Benefits disposant de plus de quinze ans d’expérience peut se situer entre 120 000 et 150 000 euros bruts fixes par an.
Cette montée en puissance n’arrive pas par hasard.
La transparence des rémunérations devient elle-même un sujet de direction. Les entreprises doivent être capables d’expliquer leurs grilles, les écarts entre postes et les critères d’évolution.
Business Times a récemment détaillé les changements que la transparence salariale va provoquer dans les entreprises.
Pour les DRH, disposer de grilles cohérentes ne servira donc plus uniquement à recruter. Elles devront également pouvoir être justifiées auprès des collaborateurs.
Commerciaux : les meilleurs profils conservent un fort pouvoir de négociation
Les fonctions commerciales constituent un autre marché particulièrement intéressant.
Michael Page décrit un secteur « à deux vitesses ». Certaines embauches de remplacement peuvent attendre. En revanche, les entreprises continuent d’investir lorsqu’un recrutement peut directement générer du chiffre d’affaires.
Les Business Developers, Account Executives, Key Account Managers et Customer Success Managers restent ainsi recherchés.
Un Business Developer Tech disposant de cinq à dix ans d’expérience peut recevoir 55 000 à 75 000 euros de salaire fixe, auxquels s’ajoute un variable pouvant représenter 15 à 30 %.
Pour un Key Account Manager, la rémunération fixe peut atteindre 95 000 à 120 000 euros après dix ans d’expérience. Surtout, le variable peut représenter 40 % à 100 % du fixe.
L’intelligence artificielle commence également à modifier ces fonctions.
Selon une étude Michael Page citée dans son focus commercial, 71 % des commerciaux interrogés estiment que les outils d’IA ont augmenté leur productivité au travail.
Les recruteurs recherchent donc de plus en plus des commerciaux capables de combiner relation client, connaissance métier, utilisation de la donnée et maîtrise des nouveaux outils.
Industrie et supply chain : les tensions se déplacent vers les profils techniques
Dans l’industrie, Michael Page anticipe une relative stabilisation des salaires en 2027.
Cela ne signifie pas que les besoins disparaissent.
Les techniciens de maintenance, automaticiens et spécialistes de la production restent difficiles à recruter. Le renouvellement des générations crée également des besoins durables.
Un technicien de maintenance se situe ainsi entre 28 000 et 34 000 euros en début de carrière. Avec plus de dix ans d’expérience, la fourchette atteint 45 000 à 50 000 euros.
Pour un directeur d’usine, elle peut monter jusqu’à 120 000-140 000 euros après dix ans.
La défense constitue un cas particulier. Michael Page estime que les besoins de recrutement devraient continuer à soutenir des rémunérations d’embauche supérieures à la moyenne sur les compétences spécialisées.
Même mouvement dans les achats et la supply chain.
Les entreprises recherchent désormais des professionnels capables de sécuriser les approvisionnements, d’analyser les données et de limiter les risques fournisseurs.
Data Analysts Supply Chain, responsables de la performance fournisseurs, chefs de projet transformation et acheteurs spécialisés devraient donc rester recherchés.
Une augmentation de salaire ne suffira plus toujours à retenir un salarié
La partie la plus intéressante de l’étude concerne peut-être les attentes des salariés.
Seulement 47 % se déclarent satisfaits de leur poste actuel, selon Talent Trends. Surtout, seuls 12 % se voient encore dans la même fonction au-delà de trois ans.
Pourtant, cela ne signifie pas qu’ils accepteront n’importe quelle promotion.
Michael Page indique que 53 % des salariés seraient prêts à renoncer à une promotion si elle devait dégrader leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Ce chiffre change sensiblement la manière d’aborder les salaires 2027.
Pendant longtemps, une entreprise pouvait compenser un poste exigeant par une rémunération plus élevée. Ce raisonnement devient moins automatique.
Le salaire reste essentiel. Cependant, le management, la flexibilité, les perspectives d’évolution, l’intérêt des missions et l’organisation du travail pèsent de plus en plus dans les décisions.
Les entreprises devront donc travailler simultanément sur le niveau de rémunération et sur la qualité réelle du poste proposé.
Les grilles de salaires deviennent un outil de management
L’autre changement majeur concerne la transparence.
Lorsque les augmentations générales restent proches de 2 %, chaque différence devient plus visible.
Pourquoi un salarié obtient-il 1 % et son collègue 4 % ? Pourquoi une nouvelle recrue arrive-t-elle avec un salaire supérieur ? Pourquoi telle compétence bénéficie-t-elle d’une prime ?
Les entreprises vont devoir répondre de manière beaucoup plus précise à ces questions.
Michael Page estime d’ailleurs que l’équité perçue pourrait devenir aussi importante que le montant de la rémunération lui-même.
Le cabinet met à disposition son Guide des salaires 2027 et ses grilles couvrant près de 900 métiers. Les rémunérations doivent cependant être interprétées avec prudence. Elles varient selon l’expérience sur le poste, la région, la taille de l’entreprise et le secteur.
Autrement dit, une grille de salaires ne fixe pas le prix d’un salarié.
Elle donne un point de comparaison.
En 2027, la vraie bataille sera celle des compétences
Derrière la hausse moyenne de 2 % à 2,5 % des salaires attendue en 2027, une transformation plus profonde apparaît.
Les entreprises recrutent de manière plus sélective. Pourtant, elles acceptent encore de payer davantage lorsqu’une compétence répond directement à un problème stratégique.
Sécuriser un système informatique, industrialiser l’IA, piloter la performance financière, gérer les relations sociales, trouver de nouveaux clients ou protéger une chaîne d’approvisionnement : ces compétences ont un impact immédiat sur l’activité.
C’est probablement pourquoi leur valeur résiste mieux à un marché de l’emploi devenu plus prudent.
Pour les salariés, l’enjeu sera donc moins de savoir si « les salaires augmentent » que de déterminer quelles compétences permettent encore de négocier au-dessus de la moyenne.
Pour les entreprises, la question est tout aussi directe : lorsqu’une expertise devient rare, faut-il payer davantage pour la recruter, former ses propres collaborateurs ou revoir complètement l’organisation du travail ?
En 2027, la réponse passera sans doute par un mélange des trois.
Ce qu’il faut retenir
Michael Page prévoit une augmentation moyenne des salaires comprise entre 2 % et 2,5 % en 2027, contre 1,5 % à 2 % en 2026. La progression restera toutefois très inégale.
Les profils liés à l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, la finance, la paie, la rémunération, les achats stratégiques et le développement commercial devraient conserver un avantage.
Enfin, la rémunération ne suffira plus à elle seule pour attirer et fidéliser. L’équilibre de vie, les perspectives de carrière, le management et la transparence salariale deviennent des éléments de plus en plus structurants.
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