L’intelligence artificielle pourrait-elle aggraver les inégalités entre les femmes et les hommes au travail ? Le Global Gender Gap Report 2026 du Forum économique mondial lance un avertissement. Les femmes occupent davantage les métiers que l’IA générative peut transformer rapidement. Pourtant, elles restent encore minoritaires parmi ceux qui conçoivent ces technologies. Sans effort sur la formation et les carrières, l’IA risque donc de créer plus d’opportunités pour les hommes tout en fragilisant davantage certains emplois féminins.

IA et emploi : pourquoi les femmes sont plus exposées que les hommes

L’IA et les inégalités de genre sont désormais liées par une question très concrète : qui profitera vraiment de la nouvelle économie créée par l’intelligence artificielle ?

Le Forum économique mondial vient de publier son Global Gender Gap Report 2026.

Le rapport suit les écarts entre les femmes et les hommes dans 145 économies.

Son constat est nuancé.

Depuis vingt ans, les inégalités reculent.

Pourtant, le rythme reste très lent.

À l’échelle mondiale, 69,2 % de l’écart entre les femmes et les hommes est aujourd’hui comblé.

Au rythme actuel, il faudrait encore 120 ans pour atteindre une égalité complète.

Le rapport 2026 du Forum économique mondial permet de consulter l’ensemble des données sur les écarts entre les femmes et les hommes.

Mais cette année, un nouveau risque apparaît clairement : l’intelligence artificielle.

Les femmes occupent davantage les métiers que l’IA peut transformer

Le problème vient d’abord de la structure actuelle du marché du travail.

Les femmes occupent davantage de fonctions administratives, de support ou de bureau.

Or ces métiers contiennent beaucoup de tâches que l’IA générative peut déjà aider à réaliser.

Rédiger un document.

Résumer un dossier.

Traiter des données.

Préparer un compte rendu.

Gérer certaines tâches comptables.

Classer des informations.

Ainsi, l’arrivée rapide de l’IA touche davantage plusieurs métiers où les femmes sont nombreuses.

Saadia Zahidi, directrice générale du Forum économique mondial, souligne notamment que les emplois de bureau qualifiés ont offert de bonnes carrières à de nombreuses femmes au cours des dernières décennies.

Aujourd’hui, ces fonctions entrent parmi les premières à connaître une forte transformation.

Boursorama revient sur l’alerte lancée par le Forum économique mondial concernant les effets possibles de l’IA sur les inégalités professionnelles.

L’OIT confirme une exposition presque deux fois plus forte

Le Forum économique mondial n’est pas le seul à faire ce constat.

L’Organisation internationale du Travail a publié en mars une étude consacrée au sujet.

Les résultats sont particulièrement parlants.

Selon l’OIT, 29 % des professions à dominante féminine sont exposées à l’IA générative, contre 16 % des professions où les hommes sont majoritaires.

L’écart devient encore plus important pour les métiers présentant le plus fort risque d’automatisation.

Dans cette catégorie, 16 % des professions féminisées atteignent un niveau d’exposition élevé.

Le taux tombe à seulement 3 % pour les métiers à dominante masculine.

L’étude de l’Organisation internationale du Travail détaille ces différences d’exposition entre les femmes et les hommes.

Cependant, il faut bien comprendre ces chiffres.

Exposition ne veut pas dire disparition du poste.

Dans la plupart des cas, l’OIT prévoit plutôt une transformation du travail.

Certaines tâches disparaîtront.

D’autres deviendront plus rapides.

En parallèle, de nouvelles missions apparaîtront.

La vraie question devient donc celle de l’adaptation des salariés.

Les emplois administratifs se trouvent en première ligne

Pourquoi cet écart entre les femmes et les hommes ?

Parce que les métiers restent encore très répartis selon le genre.

Les femmes sont nombreuses dans le secrétariat, l’accueil, les ressources humaines, la gestion, l’administration ou certaines fonctions comptables.

À l’inverse, les hommes restent majoritaires dans le bâtiment, la maintenance, l’industrie ou de nombreux métiers manuels.

Or il reste plus simple pour une IA de traiter un document que de réparer une canalisation ou d’intervenir sur une machine.

Cette situation donne donc un avantage temporaire à certains métiers manuels.

En revanche, elle fragilise davantage les emplois très numériques.

Business Times avait déjà analysé cette question avec notre dossier IA et recrutement : levier d’égalité ou risque de discrimination ?.

Le défi ne concerne donc pas seulement les emplois supprimés.

Il concerne aussi la manière dont les entreprises utilisent l’IA pour recruter, évaluer et faire évoluer leurs salariés.

Les femmes restent minoritaires parmi les ingénieurs IA

Un deuxième problème apparaît.

Les femmes sont davantage exposées à certaines transformations liées à l’IA.

Pourtant, elles restent beaucoup moins présentes dans les métiers qui construisent cette technologie.

Selon les données LinkedIn reprises dans le rapport du Forum économique mondial, les femmes représentent seulement 19,3 % des ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle.

Autrement dit, moins d’un ingénieur IA sur cinq est une femme.

Dans les entreprises spécialisées en IA, leur présence reste aussi plus faible.

Elles représentent environ 36,6 % des salariés sur les postes sans responsabilité managériale, contre 44,8 % dans des entreprises comparables qui ne travaillent pas directement dans l’IA.

Le déséquilibre continue ensuite en montant dans la hiérarchie.

Les infographies du Global Gender Gap Report 2026 montrent la place des femmes dans l’économie de l’intelligence artificielle.

Le risque devient alors évident.

Les femmes peuvent subir davantage les changements provoqués par l’IA tout en participant moins à sa conception.

Un problème qui commence dès la formation

La solution passe donc en partie par les compétences.

Les entreprises ont besoin de davantage de femmes dans les métiers de la data, de l’informatique et de l’intelligence artificielle.

Mais il faut agir tôt.

Orientation scolaire.

Formation supérieure.

Reconversion.

Formation continue.

Accès aux postes techniques.

Promotion vers des fonctions de direction.

Chaque étape compte.

Business Times montrait déjà que les femmes restent encore minoritaires dans plusieurs domaines de l’innovation malgré des progrès en France.

Dans les brevets européens, par exemple, la place des inventrices reste limitée.

L’IA risque donc de prolonger une inégalité déjà présente dans les secteurs scientifiques et techniques.

Certains secteurs cherchent déjà à attirer davantage de femmes

Ce défi ne concerne pas uniquement la tech.

Des filières industrielles très masculines cherchent aussi à attirer davantage de femmes.

Le ferroviaire en fournit un bon exemple.

Les femmes ne représentent encore qu’environ 20 % des effectifs du transport.

Pourtant, ce secteur doit recruter massivement dans les prochaines années.

Or il recherche aussi davantage de profils liés aux données et aux nouvelles technologies.

Notre magazine Infra360 a récemment suivi les initiatives mises en place pour féminiser les métiers du transport et attirer davantage de femmes vers ces carrières.

Ce type d’action peut devenir encore plus important avec l’arrivée de l’IA.

En effet, les nouveaux métiers se construisent maintenant.

Attendre plusieurs années risque de créer les mêmes écarts que dans les secteurs technologiques actuels.

L’IA peut aussi devenir un outil d’égalité

Le scénario n’est pourtant pas écrit à l’avance.

L’intelligence artificielle peut également réduire certaines différences.

Elle peut rendre une formation plus accessible.

Elle peut aider un salarié à apprendre plus rapidement.

De plus, elle peut faciliter certaines reconversions.

Des outils bien conçus peuvent aussi limiter une partie des biais lors d’un recrutement.

Cependant, une IA ne devient pas automatiquement neutre.

Elle apprend à partir de données existantes.

Si ces données contiennent des biais, le système peut les reproduire.

C’est pourquoi les entreprises doivent contrôler leurs outils.

Elles doivent aussi vérifier leurs résultats.

Par ailleurs, la transparence devient essentielle.

Le sujet dépasse donc largement la simple adoption d’un logiciel.

Les entreprises doivent regarder qui utilise réellement l’IA

Un autre risque apparaît déjà dans les entreprises.

Tous les salariés n’adoptent pas ces outils au même rythme.

Or ceux qui utilisent régulièrement l’IA peuvent gagner du temps et développer de nouvelles compétences.

Les autres risquent progressivement de prendre du retard.

Business Times révélait récemment que 76 % des cadres qui utilisent l’IA constatent un gain de productivité.

Dès lors, une entreprise ne devrait pas uniquement mesurer son nombre de licences ChatGPT, Copilot ou Gemini.

Elle devrait aussi regarder qui utilise réellement ces outils.

Les femmes et les hommes y ont-ils accès de la même manière ?

Reçoivent-ils les mêmes formations ?

Utilisent-ils l’IA sur des tâches à forte valeur ajoutée ?

Ou certaines catégories de salariés restent-elles cantonnées aux tâches que l’IA risque justement de réduire ?

Ces questions peuvent sembler secondaires aujourd’hui.

Pourtant, elles peuvent déterminer les écarts de carrière dans quelques années.

Les postes de direction restent eux aussi très inégaux

Le problème ne commence pas avec l’IA.

Le rapport du Forum économique mondial montre que les femmes représentent désormais 41,8 % de la main-d’œuvre mondiale.

Cependant, leur part diminue fortement lorsqu’on monte dans la hiérarchie.

Elles occupent seulement 19,1 % des postes de directeur général analysés.

Ainsi, les entreprises risquent de construire la prochaine révolution technologique sur des inégalités déjà anciennes.

L’IA peut alors amplifier ces écarts.

Mais elle peut aussi offrir une occasion de les corriger.

Tout dépendra des choix faits maintenant.

Former avant que les écarts ne deviennent difficiles à rattraper

Pour les dirigeants, le message du rapport est donc assez simple.

Il ne suffit pas d’acheter des outils d’intelligence artificielle.

Il faut préparer les salariés à les utiliser.

Ensuite, les entreprises doivent identifier les métiers les plus exposés.

Elles doivent proposer des formations avant que les postes ne changent profondément.

Enfin, elles doivent veiller à ce que les nouveaux métiers liés à l’IA restent accessibles aux femmes.

Cette démarche ne relève pas seulement de l’égalité professionnelle.

Elle concerne aussi la compétitivité.

Une entreprise qui exclut une partie de ses talents des nouveaux métiers réduit elle-même son vivier de compétences.

L’intelligence artificielle ne condamne donc pas les femmes à perdre la bataille de l’emploi. Mais sans formation, sans accès aux métiers techniques et sans suivi des carrières, elle peut rapidement amplifier des inégalités qui existent déjà.