Schneider Electric engage une importante réorganisation de son outil industriel français. Le groupe prévoit de fermer en mars 2028 son usine de Chasseneuil-du-Poitou, qui emploie 145 personnes. Dans le même temps, il veut investir plus de 150 millions d’euros à Évreux pour regrouper trois sites normands et renforcer son implantation à Dijon. Ce mouvement n’intervient pas dans un contexte de crise financière : Schneider Electric vient au contraire de publier des résultats semestriels records. Le groupe cherche surtout à concentrer ses capacités sur les marchés les plus porteurs, des data centers aux réseaux électriques.

Schneider Electric réorganise ses usines françaises : Chasseneuil ferme, 150 M€ investis à Évreux

Le comité social et économique extraordinaire du 9 septembre a levé les dernières incertitudes.

Schneider Electric va fermer son site de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, en mars 2028. L’usine compte actuellement 145 salariés, selon les informations communiquées par la direction après le CSE.

Les premiers articles publiés avant la réunion évoquaient environ 140 salariés. Le chiffre de 145 constitue donc la donnée la plus récente.

Schneider Electric : 145 salariés concernés à Chasseneuil-du-Poitou

Le site de Chasseneuil fabrique du matériel de distribution et de commande électrique. Son activité est toujours enregistrée officiellement sous le code correspondant à la fabrication de ces équipements électriques.

La fermeture donnera lieu à un plan de sauvegarde de l’emploi.

Schneider Electric annonce au minimum deux propositions de reclassement par salarié sur d’autres sites français du groupe. Des formations de requalification pourront accompagner certaines mobilités.

La direction prévoit aussi des solutions pour les salariés seniors volontaires. Les collaborateurs qui souhaitent construire un projet professionnel hors du groupe pourront également bénéficier d’un accompagnement.

La décision provoque néanmoins une forte opposition syndicale.

FO souligne notamment que le site dispose actuellement d’une charge de travail importante et de carnets de commandes remplis. Le syndicat conteste donc la logique de cette fermeture. Une mobilisation doit être organisée sur le site.

Consulter la position de FO Schneider Electric

L’enjeu du reclassement sera aussi très concret.

Le groupe dispose de nombreuses implantations françaises. Mais accepter une proposition interne peut impliquer un déménagement. Le site Schneider le plus proche ne se trouve pas à quelques kilomètres.

Plus de 150 millions d’euros investis dans un nouveau site à Évreux

La fermeture de Chasseneuil n’est qu’une partie du projet.

En Normandie, Schneider Electric veut regrouper sur un même site à Évreux les activités actuellement réparties entre Beaumont-le-Roger, Le Vaudreuil et Pacy-sur-Eure.

Les trois implantations emploient respectivement 287, 294 et 166 personnes. Le périmètre représente donc près de 750 salariés.

Le futur ensemble doit accueillir des activités de production mais aussi de recherche et développement.

Schneider Electric prévoit un bâtiment d’environ 40 000 m² et un investissement supérieur à 150 millions d’euros.

Lire les détails de la réorganisation dans Le Revenu

La direction présente ce rapprochement comme un moyen de concentrer les compétences et d’améliorer la performance industrielle.

Le site de Dijon, qui compte environ 330 salariés, doit lui aussi être renforcé.

Schneider Electric ne présente donc pas son projet comme un retrait de la France.

La logique apparaît plutôt comme une concentration : moins d’implantations dispersées, mais davantage d’investissements dans certains grands sites.

Une restructuration alors que Schneider Electric affiche des résultats records

Ce point change complètement la lecture du dossier.

Schneider Electric ne restructure pas parce que ses résultats se seraient effondrés.

Au premier semestre 2026, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires record de 21,226 milliards d’euros, en hausse organique de 14 %.

Son EBITA ajusté atteint 4,1 milliards d’euros, en hausse organique de 22 %.

Le bénéfice net ressort à 2,5 milliards d’euros, soit une progression de 30 %. Le groupe a également relevé son objectif financier annuel.

Consulter les résultats semestriels de Schneider Electric

La logique est donc avant tout stratégique.

Tous les marchés du groupe ne progressent pas au même rythme.

Les activités liées à l’électrification, aux réseaux électriques, au nucléaire, aux data centers et à la numérisation bénéficient d’une demande soutenue.

À l’inverse, les marchés liés au logement et au résidentiel affichent des volumes plus stables. Ils subissent également davantage de pression sur les prix.

Schneider Electric adapte donc son appareil industriel à cette nouvelle répartition de la demande.

Les data centers changent aussi la carte industrielle du groupe

L’intelligence artificielle joue indirectement un rôle important dans cette transformation.

Les data centers nécessitent des infrastructures électriques considérables : distribution d’énergie, refroidissement, protection des installations et systèmes de pilotage.

Schneider Electric se trouve directement exposé à cette croissance.

Au deuxième trimestre 2026, son chiffre d’affaires a progressé de 17 % en organique pour atteindre environ 11,5 milliards d’euros. La demande des data centers figure parmi les principaux moteurs de cette performance.

Business Times suit déjà cette accélération des infrastructures numériques en France.

À lire sur Business Times : Microsoft, son data center géant en Alsace franchit une étape décisive

Le phénomène dépasse le seul secteur numérique.

L’explosion des capacités de calcul entraîne des investissements dans l’électricité, les réseaux et les équipements industriels qui permettent de faire fonctionner ces infrastructures.

À lire sur Business Times : Le pari français de l’intelligence artificielle

Schneider Electric avait déjà investi 110 millions d’euros dans ses usines françaises

La stratégie de réallocation industrielle ne commence pas avec Évreux.

En mai 2025, Schneider Electric avait annoncé plus de 110 millions d’euros d’investissements dans ses sites français.

Le programme comprenait une nouvelle usine à Mâcon et des extensions de capacités à Aubenas et Chartres-de-Bretagne.

L’objectif était déjà de produire davantage d’équipements destinés aux réseaux électriques, au nucléaire et aux data centers.

Schneider Electric annonçait alors environ 150 créations d’emplois à terme.

Consulter l’annonce d’investissement de Schneider Electric

Le projet normand prolonge donc cette stratégie.

Mais il en montre aussi l’autre face : investir lourdement dans certaines implantations tout en fermant ou regroupant d’autres usines.

15 000 salariés en France et une empreinte industrielle qui change de forme

Schneider Electric emploie environ 15 000 personnes en France.

Près de 6 400 travaillent dans des métiers liés à l’industrie, aux usines et aux fonctions support associées.

À l’échelle d’un groupe de cette taille, 145 postes représentent une faible part des effectifs.

À Chasseneuil, l’impact n’a évidemment rien de marginal.

La zone industrielle locale rassemble plus de 6 000 emplois et Schneider Electric compte parmi ses principaux acteurs industriels.

La décision pose donc une question classique de politique industrielle : comment concilier la rationalisation d’un groupe international avec le maintien de compétences développées pendant plusieurs décennies sur un territoire ?

Business Times avait récemment consacré un article aux Journées Usines Ouvertes et au besoin de redonner de l’attractivité aux métiers industriels.

À lire sur Business Times : plus de 400 usines françaises avaient ouvert leurs portes en 2026

La fermeture de Chasseneuil rappelle aussi une évidence : la réindustrialisation ne se mesure pas uniquement au nombre de nouvelles usines inaugurées.

Elle dépend aussi du devenir des sites déjà présents.

Un arbitrage industriel qui sera aussi jugé sur son volet social

Schneider Electric dispose encore d’environ dix-huit mois avant la fermeture programmée.

Ce délai sera déterminant.

La réussite du projet ne se mesurera pas seulement aux gains de productivité obtenus à Évreux ou à la croissance des marchés liés aux data centers.

Elle dépendra aussi du nombre de salariés effectivement reclassés et des conditions dans lesquelles les implantations normandes seront regroupées.

Pour les dirigeants industriels, le dossier illustre une réalité devenue courante.

Une usine peut fonctionner correctement et continuer à recevoir des commandes, tout en perdant sa place dans l’organisation industrielle globale d’un groupe.

Le coût entre évidemment en compte. Mais il n’est plus le seul critère.

Spécialisation du site, localisation des compétences, logistique, évolution des marchés, capacité à automatiser et concentration des investissements peuvent peser tout autant.

Schneider Electric ne réduit donc pas simplement son empreinte industrielle française : le groupe la redessine. Reste à savoir si cette concentration permettra de gagner en compétitivité sans perdre une partie des compétences et de l’acceptabilité sociale qui font aussi la force d’un outil industriel.