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Dette publique : Mélenchon veut en effacer une partie, que changerait vraiment la mesure ?

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Jean-Luc Mélenchon propose de soustraire une partie de la dette française détenue par la Banque de France, en commençant par les titres acquis pendant la crise sanitaire. L'idée fait bondir le gouvernement, tandis que plusieurs économistes défendent la possibilité d'une telle opération. Derrière la bataille politique reste une question simple : effacer cette dette allégerait-il réellement la facture de la France ?

Dette publique : Mélenchon veut en effacer une partie, que changerait vraiment la mesure ?

La France n’a jamais été aussi endettée.

À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, contre 115,7 % trois mois plus tôt. Elle a progressé de 75,6 milliards d’euros sur le seul trimestre, selon l’Insee.

C’est sur cette situation que Jean-Luc Mélenchon a remis une ancienne proposition sur la table. Lors des universités d’été de La France insoumise, le candidat à la présidentielle de 2027 a proposé que la Banque centrale européenne mette « au congélateur » une partie des dettes publiques, en commençant par celles contractées pendant la période du Covid.

Quelques semaines auparavant, il avait employé une formule plus radicale en visant les 18 % de la dette française qu’il estime détenus par la Banque de France : les retirer purement et simplement du stock à rembourser.

Pourquoi la Banque de France possède-t-elle de la dette française ?

Cela peut sembler étrange, mais une banque centrale peut détenir des obligations émises par son propre État.

Pendant les années de taux très faibles, et particulièrement après la crise sanitaire, la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales de la zone euro ont acheté massivement des obligations sur les marchés dans le cadre de leurs programmes d’assouplissement quantitatif.

À la fin de 2025, l’Eurosystème détenait encore 18,4 % de la dette publique de la zone euro, selon la Banque de France. Ces titres sont désormais progressivement réduits à mesure qu’ils arrivent à échéance.

C’est précisément cette poche de dette que Jean-Luc Mélenchon souhaite neutraliser.

Son raisonnement est assez simple : puisque l’État français est propriétaire de la Banque de France, pourquoi continuer à comptabiliser comme une dette à rembourser des obligations détenues à l’intérieur de la sphère publique ?

Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse défend cette thèse et estime que les titres détenus par la Banque de France pourraient être annulés sans provoquer de conséquence économique ou financière majeure.

Effacer la dette ne créerait pas pour autant des centaines de milliards d’euros disponibles

C’est là que le débat devient plus compliqué.

Une obligation détenue par la Banque de France reste un actif inscrit dans son bilan. Si elle est annulée, l’État voit bien disparaître une dette, mais la banque centrale perd simultanément un actif.

Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, avance un autre argument : la Banque de France perçoit normalement les intérêts associés à ces obligations et ses éventuels bénéfices reviennent à son actionnaire, l’État français. Supprimer les titres supprimerait donc également ces revenus futurs.

Pour lui, le gain budgétaire réel serait bien inférieur à ce que laisse penser la baisse mécanique du chiffre de la dette. Il estime surtout qu’une annulation unilatérale pourrait inquiéter les investisseurs privés qui continuent, eux, de financer l’État français.

Autrement dit, faire baisser le compteur de dette ne signifie pas retrouver immédiatement la même somme dans les caisses de l’État.

La France ne pourrait pas décider seule

Il existe aussi un obstacle juridique.

L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit à la BCE et aux banques centrales nationales de financer directement les États.

La BCE est allée plus loin dans une étude publiée le 10 août 2026. Elle estime que les propositions consistant à annuler les dettes publiques détenues par les banques centrales pourraient mettre en cause l’interdiction du financement monétaire et fragiliser à la fois la stabilité des prix et la discipline budgétaire.

Cela ne signifie pas que l’opération est matériellement impossible.

L’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, favorable à une remise à plat de ces règles, considère qu’un effacement est techniquement et comptablement réalisable. Elle reconnaît cependant qu’un gouvernement français ne pourrait pas l’imposer à la Banque de France ou à l’Eurosystème compte tenu de leur indépendance.

Le débat porte donc autant sur les règles européennes que sur l’économie elle-même.

Le vrai risque se joue sur les taux

Pour les entreprises, le point à surveiller est moins le montant qui disparaîtrait du bilan de l’État que la réaction de ceux qui continuent à lui prêter.

La France doit régulièrement refinancer les titres arrivant à échéance et financer son déficit. L’Agence France Trésor affichait au 31 juillet 2 881 milliards d’euros de dette négociable de l’État, tandis que le taux français à dix ans atteignait 4,09 % le 25 août.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu estime que la France devra lever environ 310 milliards d’euros cette année et redoute qu’une annulation de dette pousse les investisseurs à demander des taux plus élevés pour continuer à prêter au pays.

Le gouvernement parle d’un risque de perte de confiance. Les partisans de l’annulation répondent qu’une dette détenue par une banque centrale ne peut pas être assimilée à celle détenue par un investisseur privé et contestent l’idée selon laquelle le niveau actuel de dette imposerait nécessairement une politique de réduction rapide des dépenses.

Le débat est loin d’être tranché.

Une chose est toutefois mesurable : le coût de financement des entreprises françaises reste lui aussi sensible à l’environnement de taux. En juin, le taux moyen des nouveaux crédits bancaires s’établissait à 3,64 % pour les PME et 3,87 % pour les ETI, selon la Banque de France.

Une hausse durable de la prime de risque française ne se limiterait donc pas nécessairement aux comptes de l’État.

Une question qui pèsera sur le débat budgétaire

La proposition de Jean-Luc Mélenchon remet surtout au centre une question que la France repousse depuis plusieurs années : que faire d’une dette publique qui continue d’augmenter ?

La Banque de France prévoit, en l’absence de mesures supplémentaires, un ratio de dette pouvant atteindre 122 % du PIB en 2028.

Business Times a déjà consacré plusieurs articles aux conséquences des tensions budgétaires sur les entreprises, notamment sur les arbitrages du budget 2026 et sur les difficultés croissantes de financement rencontrées par certains dirigeants. Budget 2026 : voici les niches fiscales que le gouvernement veut supprimer Financement des entreprises : quand les dirigeants se tournent vers leur patrimoine immobilier

L’annulation d’une partie de la dette offre une réponse radicale à ce problème. Elle ferait immédiatement baisser le montant affiché de l’endettement public. Mais entre les contraintes européennes, le bilan de la Banque de France et surtout la réaction possible des investisseurs, elle ne ferait pas disparaître d’un trait de plume la question du financement de l’État français.