IA agentique : Delos lève 10 M€ pour faire entrer ses « employés numériques » dans l’entreprise

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Après les assistants qui rédigent des mails ou résument des réunions, une nouvelle étape se dessine : celle d’intelligences artificielles capables d’agir presque comme des collaborateurs. La start-up française Delos annonce une levée de 10 millions d’euros pour accélérer le déploiement de ses « Workers ». Dotés d’une adresse e-mail, d’un téléphone, d’une mémoire et d’un ordinateur dans le cloud, ces agents posent une question très concrète aux dirigeants : quelles tâches sommes-nous prêts à confier durablement à l’IA ?

IA agentique : Delos lève 10 M€ pour faire entrer ses « employés numériques » dans l’entreprise

L’IA agentique commence à sortir des démonstrations pour entrer dans le fonctionnement quotidien des entreprises.

Delos veut aller encore plus loin.

La scale-up parisienne fondée en 2023 par les frères Pierre et Thibaut de la Grand’rive annonce une levée de fonds de 10 millions d’euros en série A, menée selon l’entreprise par Bpifrance, C4 Ventures et Founders Future.

L’objectif est d’accélérer le développement de ses « Workers », le nom choisi par Delos pour désigner une nouvelle génération d’agents IA capables d’exécuter des tâches dans la durée.

Le choix du vocabulaire n’est pas anodin.

Delos ne veut plus vendre simplement un logiciel que l’on ouvre lorsqu’on en a besoin. L’entreprise cherche à créer des IA auxquelles on attribue un rôle, des outils et des responsabilités.

Évidemment, ces Workers ne sont pas des salariés au sens juridique du terme. Ils n’ont ni contrat de travail ni personnalité juridique.

Mais techniquement, Delos cherche à reproduire une partie de l’environnement numérique d’un collaborateur.

IA agentique : que sont réellement les Workers de Delos ?

Un Worker dispose d’un nom et d’un rôle.

Il peut également bénéficier d’une adresse e-mail, d’un numéro de téléphone, d’un calendrier, d’un accès à Teams ou Slack et d’un ordinateur fonctionnant dans le cloud.

Surtout, sa mémoire ne repart pas de zéro à chaque conversation.

C’est une différence importante avec les premiers assistants d’intelligence artificielle.

Un chatbot classique attend généralement une question. Un Worker peut, selon Delos, conserver le contexte d’une mission, enchaîner plusieurs actions, suivre son avancement et interagir avec différents outils de l’entreprise.

L’enjeu n’est donc plus simplement de générer un texte.

Il s’agit d’agir.

Dans le commerce, par exemple, un Worker peut être chargé de prospecter, mettre à jour un CRM, effectuer certaines relances et gérer des appels. D’autres cas d’usage concernent les achats, la communication, les opérations ou la facturation.

Business Times observait déjà cette évolution récente de l’IA agentique chez ekino : les entreprises passent progressivement de projets expérimentaux à des agents reliés aux processus métiers.

À lire sur Business Times : ekino accélère dans l’IA agentique

Delos revendique déjà 2 000 Workers en production

La vitesse annoncée par l’entreprise interpelle.

Delos revendique désormais plus de 300 entreprises clientes et 2 000 Workers en production.

Le communiqué cite notamment TotalEnergies, Icade, Meilleurtaux et Cuisines Schmidt. Delos indique plus précisément avoir déployé des Workers dans plus d’une dizaine d’ETI et de grands groupes.

Chez Meilleurtaux Placement, certains seraient déjà utilisés dans la communication et la gestion des opérations.

Ces données restent celles communiquées par Delos. Mais elles témoignent au minimum d’un changement rapide de positionnement de la société.

Il y a encore peu, Delos était surtout connue pour sa suite bureautique dopée à l’IA générative.

En avril 2025, l’entreprise avait levé 2,5 millions d’euros en amorçage, lors d’un tour mené par 20VC. L’investisseur Alexandre Dewez expliquait alors miser sur une équipe construisant une suite de productivité fondée sur l’IA.

Un peu plus d’un an plus tard, le discours a changé.

Delos ne veut plus seulement équiper les collaborateurs en IA. Elle veut installer des IA parmi les collaborateurs.

Des revenus récurrents annoncés en forte accélération

Ce nouveau produit semble également modifier l’économie de la start-up.

Delos indique que ses revenus récurrents sont passés de 2,5 à 5 millions d’euros en trois mois et vise désormais 10 millions d’euros d’ici la fin de 2026.

Ces chiffres sont déclaratifs et ne constituent pas des comptes publiés ou audités.

Ils donnent néanmoins une indication intéressante sur ce que recherchent aujourd’hui les entreprises.

La première vague d’IA générative permettait essentiellement à un salarié de gagner quelques minutes : rédiger plus rapidement un compte rendu, résumer un document ou préparer un e-mail.

Avec l’IA agentique, la promesse change.

Le logiciel ne fait plus seulement gagner du temps à celui qui l’utilise. Il prend directement en charge une partie d’un processus.

Et c’est là que se joue probablement la prochaine bataille économique du secteur.

Business Times soulevait récemment ce problème en analysant le ROI réel de l’intelligence artificielle. Gagner du temps ne suffit pas. Les directions doivent être capables de transformer ce temps gagné en valeur mesurable.

À lire : ROI de l’IA, comment mesurer la valeur réellement créée ?

Les entreprises françaises sont déjà passées massivement à l’IA

Delos arrive sur un terrain qui s’est considérablement élargi.

Selon Bpifrance, 55 % des TPE-PME françaises utilisaient des IA génératives fin 2025, contre 31 % un an auparavant. 17 % déclaraient en faire un usage régulier.

L’État cherche désormais à accélérer le mouvement.

Le plan national Osez l’IA fixe pour 2030 un objectif d’utilisation de l’intelligence artificielle par 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et ETI et 50 % des TPE.

Début septembre 2026, la Direction générale des Entreprises indiquait déjà que plus de 35 000 entreprises avaient été sensibilisées depuis le lancement du programme.

La question n’est donc progressivement plus : « les entreprises utiliseront-elles l’IA ? »

Elle devient : jusqu’où vont-elles l’intégrer dans leurs opérations ?

Une étude récemment analysée par Business Times montre d’ailleurs que 65 % des organisations interrogées utilisent déjà l’IA et que 76 % des cadres utilisateurs estiment gagner en productivité.

IA en entreprise : 76 % des cadres disent gagner en productivité

Plus l’IA agit, plus la question du contrôle devient sensible

Donner à une intelligence artificielle la possibilité de rédiger un texte comporte déjà des risques.

Lui donner accès à un CRM, une boîte e-mail, un téléphone ou certains logiciels internes change l’échelle du problème.

Et lorsqu’un agent peut déclencher lui-même une action, la gouvernance devient centrale.

Que peut-il faire seul ?

À partir de quel montant ou de quelle décision faut-il demander une validation humaine ?

Comment gérer ses droits d’accès ?

Que se passe-t-il lorsqu’il commet une erreur ?

Qui est responsable de l’action réalisée ?

Pour les dirigeants et DSI, ces questions seront probablement plus importantes que la qualité pure du modèle utilisé.

Business Times avait déjà rappelé que le recours à l’intelligence artificielle ne suspend évidemment pas les obligations du RGPD. Les entreprises doivent notamment examiner les données accessibles à l’outil, leur hébergement, les droits accordés et le maintien d’un contrôle humain.

IA en entreprise et RGPD : les règles à respecter avant un déploiement

Delos joue aussi la carte de la souveraineté

C’est précisément sur ce terrain que la start-up française tente de se différencier.

Delos indique proposer un hébergement sur des infrastructures présentées comme souveraines ainsi qu’une possibilité de déploiement on-premise, directement dans l’environnement informatique du client, notamment pour les secteurs sensibles.

Je resterais toutefois prudent sur le vocabulaire.

Le communiqué ne mentionne pas, par exemple, de qualification SecNumCloud. « Souverain » ne doit donc pas être interprété automatiquement comme une certification réglementaire particulière.

La présence de Bpifrance dans le nouveau tour de table s’inscrit néanmoins dans un mouvement plus large de soutien aux solutions françaises et européennes d’intelligence artificielle.

Founders Future référence également désormais Delos dans son portefeuille 2026 et présente l’entreprise comme un acteur développant un environnement IA souverain destiné aux entreprises européennes.

Cette recherche de souveraineté n’est plus réservée aux métiers purement technologiques. Sur Business BTP, Irium Software vient par exemple de dévoiler une stratégie où l’IA doit directement automatiser certaines tâches métier dans la distribution et la location de matériels.

À lire sur Business BTP : Nistia et l’IA redessinent la stratégie d’Irium Software

Après le logiciel, l’organigramme ?

C’est finalement le pari le plus intéressant de Delos.

Pendant trente ans, les entreprises ont acheté des logiciels pour permettre à leurs salariés de travailler.

L’IA agentique pourrait progressivement inverser une partie de cette logique : l’entreprise achète toujours un logiciel, mais celui-ci devient lui-même capable d’effectuer certaines tâches.

Pierre de la Grand’rive estime que les entreprises intégreront demain des collaborateurs IA dans leurs organigrammes.

La formule est volontairement provocatrice.

Mais elle pose une vraie question de management.

Si une IA peut envoyer des e-mails, téléphoner, renseigner un CRM, préparer une facture et suivre une mission pendant plusieurs semaines, faut-il encore la considérer comme un simple logiciel ?

Pour les entreprises, la réponse ne sera probablement ni totalement technique ni totalement philosophique.

Elle sera beaucoup plus pragmatique.

Quelles tâches peut-on déléguer à une IA, avec quel gain économique et surtout avec quel niveau de contrôle ?

C’est sur cette équation que Delos devra désormais démontrer que ses Workers sont davantage qu’une nouvelle façon de présenter les agents IA.