Les suppressions de postes chez Reach vont toucher l’un des plus grands éditeurs de presse du Royaume-Uni et d’Irlande.
Le groupe publie notamment le Daily Mirror, le Daily Express, le Daily Star et le Daily Record.
Il possède également de nombreux médias locaux comme Manchester Evening News, Liverpool Echo ou BelfastLive.
Au total, Reach exploite plus de 120 marques.
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Le groupe prévoit désormais la suppression d’environ 220 postes équivalents temps plein au sein des équipes éditoriales.
Cependant, environ 60 nouveaux postes doivent aussi être créés.
La réduction nette atteindrait donc environ 160 emplois.
Boursorama revient sur cette nouvelle restructuration du groupe Reach.
Suppressions de postes chez Reach : trois médias vont fermer
La restructuration ne concerne pas seulement les effectifs.
Trois sites d’information doivent aussi disparaître.
Il s’agit d’AberdeenLive, KentLive et GalwayBeo.
Le syndicat britannique des journalistes, la National Union of Journalists, indique que Reach n’a pas encore détaillé précisément la répartition des suppressions entre toutes ses rédactions.
La NUJ présente les premières conséquences sociales du projet annoncé par Reach.
Pour le syndicat, cette nouvelle vague s’ajoute à plusieurs plans déjà menés ces dernières années.
Plus de 300 postes éditoriaux avaient notamment été supprimés en 2025.
En 2026, Reach a aussi fermé deux imprimeries.
Le groupe poursuit donc une transformation qui touche à la fois le papier et le numérique.
Google envoie beaucoup moins de lecteurs vers les sites de Reach
Le principal chiffre permettant de comprendre la situation vient directement des résultats financiers du groupe.
Au premier semestre 2026, le trafic envoyé par Google vers les sites de Reach a reculé de 55 % sur un an.
Par conséquent, le nombre de pages vues directement sur les sites du groupe a chuté de 40 %.
C’est considérable.
Pendant des années, les éditeurs de presse ont utilisé Google comme une porte d’entrée vers leurs contenus.
Un internaute cherchait une information.
Il cliquait ensuite sur un résultat.
Puis il arrivait sur le site du média.
La publicité affichée sur la page permettait alors de générer des revenus.
Aujourd’hui, ce parcours fonctionne moins bien.
Reach détaille lui-même cette chute du trafic dans ses résultats du premier semestre 2026.
Suppressions de postes chez Reach : l’IA entre dans l’équation
Reach cite également les AI Overviews parmi les évolutions qui modifient la consommation de l’information.
Ces réponses générées par Google donnent directement une synthèse à l’internaute.
Dans certains cas, celui-ci n’a donc plus besoin de cliquer sur plusieurs résultats.
Pour les éditeurs, le problème est simple.
Le média produit l’information.
Le moteur peut ensuite utiliser ou résumer cette information.
Mais le lecteur ne visite pas forcément le site qui l’a produite.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que l’intelligence artificielle a directement supprimé les 220 postes chez Reach.
Le groupe évoque plusieurs facteurs.
La baisse du trafic venant des moteurs de recherche en fait partie.
Les changements d’algorithme jouent aussi un rôle.
Enfin, la baisse structurelle de la presse papier et le contexte publicitaire pèsent également sur l’activité.
Business Times avait déjà montré que la reprise du Journal des Entreprises sans ses journalistes permanents intervenait elle aussi dans un contexte de bouleversement provoqué par les nouveaux usages numériques.
Les revenus numériques baissent malgré la transformation du groupe
Les chiffres financiers montrent la pression exercée sur Reach.
Au premier semestre 2026, le groupe a réalisé 232,9 millions de livres de chiffre d’affaires.
Un an plus tôt, il atteignait 256 millions.
La baisse est donc de 9 %.
Les revenus numériques reculent encore davantage.
Ils passent de 61,1 à 54,2 millions de livres, soit une baisse de 11,4 %.
La publicité numérique liée au volume d’audience souffre particulièrement.
En revanche, Reach affirme mieux valoriser chaque visite restante.
Le groupe développe aussi d’autres sources de revenus.
Cette stratégie devient essentielle puisque compter uniquement sur des millions de pages vues apparaît désormais plus risqué.
Le papier continue lui aussi de perdre du terrain
Le numérique n’est pas la seule difficulté.
Les revenus liés au papier ont reculé de 8,3 % au premier semestre.
Surtout, les volumes de diffusion ont chuté de 22 %.
Reach a augmenté certains prix pour limiter l’effet sur son chiffre d’affaires.
Cependant, cette solution possède ses limites.
Un journal plus cher peut préserver une partie des revenus.
Mais il peut aussi accélérer la baisse du nombre d’acheteurs.
Par ailleurs, les recettes publicitaires imprimées ont diminué de 11,1 % sur la période.
L’éditeur doit donc gérer deux transformations en même temps.
Le papier baisse.
Et le numérique fondé sur Google devient moins prévisible.
Reach reste pourtant rentable sur son activité courante
La situation mérite toutefois d’être nuancée.
Reach n’est pas une entreprise sans revenus.
Au premier semestre, le groupe a enregistré 43 millions de livres de résultat opérationnel ajusté.
Sa marge ajustée atteint même 18,5 %.
Autrement dit, les suppressions de postes chez Reach interviennent dans une entreprise qui continue à dégager des profits sur son activité courante.
Le groupe explique cependant vouloir réduire ses coûts afin de s’adapter durablement à la baisse des revenus.
Au premier semestre, ses coûts opérationnels ajustés ont déjà reculé de 10,3 %.
Pour le syndicat NUJ, cette stratégie va trop loin.
Il estime que les réductions successives risquent de dégrader les conditions de travail et de réduire la capacité des rédactions à produire des informations originales.
C’est donc aussi un débat sur le modèle économique de la presse.
Moins de volume, davantage de contenus originaux
Reach affirme justement vouloir changer de stratégie éditoriale.
Le groupe ne veut plus dépendre autant du nombre total de pages vues.
Il veut produire davantage de contenus originaux.
De plus, il développe la vidéo et les abonnements numériques.
Reach comptait déjà plus de 40 000 abonnés numériques payants au premier semestre 2026.
Les abonnements étaient alors proposés sur 15 marques.
Le groupe veut aussi renforcer ses audiences sur les plateformes sociales.
Les vues de vidéos sur les réseaux sociaux ont progressé de 55 %, tandis que le nombre d’abonnés aux comptes du groupe a augmenté de 15 %.
Ainsi, Reach tente d’aller chercher son public ailleurs que sur Google.
La presse doit reprendre une relation directe avec ses lecteurs
C’est probablement la principale leçon pour tous les éditeurs.
Un média qui dépend trop d’un moteur de recherche peut perdre une grande partie de son audience après une modification d’algorithme.
La newsletter reprend donc de la valeur.
Les abonnements deviennent également plus importants.
Les réseaux sociaux permettent de créer une autre porte d’entrée.
Enfin, une marque média forte peut pousser le lecteur à revenir directement sur son site.
Business Times s’intéressait récemment à cette transformation avec Ibou, un moteur de recherche conversationnel français qui veut mieux prendre en compte les créateurs de contenus.
Le défi concerne en réalité tout le web éditorial.
Si les internautes obtiennent leur réponse avant même d’arriver sur le site, les éditeurs doivent trouver d’autres moyens de financer la production de l’information.
L’IA est aussi une source possible de revenus pour Reach
Le rapport entre Reach et l’intelligence artificielle n’est d’ailleurs pas uniquement conflictuel.
Le groupe utilise lui-même des outils d’IA pour aider ses journalistes.
Sa nouvelle plateforme interne, Launchpad, associe notamment intelligence artificielle générative, création vidéo et outils d’analyse.
Par ailleurs, Reach veut vendre des licences permettant aux entreprises d’IA d’utiliser légalement ses contenus.
Le groupe indique avoir déjà signé des accords avec de grandes entreprises technologiques, dont AWS.
Il expérimente également des systèmes dans lesquels les entreprises d’IA paient lorsqu’elles accèdent à un contenu.
Ainsi, le même secteur technologique qui réduit une partie du trafic pourrait aussi devenir un client des éditeurs.
La question de la rémunération des contenus devient donc centrale.
Business Times avait d’ailleurs analysé le conflit entre Anthropic et plusieurs éditeurs sur l’utilisation de contenus protégés pour développer des modèles d’IA.
Suppressions de postes chez Reach : un avertissement pour les autres éditeurs
L’exemple britannique dépasse largement le Daily Mirror et le Daily Express.
Pendant vingt ans, beaucoup de médias numériques ont suivi une même logique.
Produire davantage d’articles.
Remonter dans Google.
Obtenir davantage de pages vues.
Puis vendre de la publicité sur cette audience.
Ce modèle fonctionnait tant que les moteurs envoyaient régulièrement les internautes vers les sites.
Aujourd’hui, cette mécanique devient moins fiable.
L’intelligence artificielle accélère encore le changement.
Cependant, la réponse ne consiste pas forcément à publier encore davantage.
Reach annonce justement vouloir faire l’inverse : moins de volume et davantage de contenus originaux capables de créer une relation directe avec les lecteurs.
Pour les éditeurs, l’enjeu devient donc de posséder leur audience plutôt que de simplement la louer à Google ou aux réseaux sociaux.
Les suppressions de postes chez Reach montrent finalement que la crise actuelle de la presse n’oppose pas simplement les journalistes à l’intelligence artificielle. Elle remet surtout en cause un modèle économique devenu trop dépendant du trafic envoyé par les grandes plateformes.
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