34e en mathématiques.
28e en compréhension de l’écrit.
27e en sciences.
Ces positions, relayées à partir des résultats publiés ce mardi, donnent une image sévère de l’école française. Elles doivent néanmoins être maniées avec prudence : l’OCDE privilégie les écarts de scores et leur significativité statistique plutôt qu’un classement brut entre pays.
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Le constat de fond ne laisse pourtant guère de place au doute.
Les performances françaises baissent encore.
En mathématiques, la France obtient 458 points.
En compréhension de l’écrit, elle atteint 456 points.
En sciences, le score s’établit à 483 points. La moyenne de l’OCDE est respectivement de 463 points en mathématiques, 461 en lecture et 482 en sciences. La France reste donc statistiquement proche de la moyenne, mais cette moyenne baisse elle-même fortement.
C’est probablement ce dernier point qui doit le plus inquiéter.
La France ne décroche pas seulement dans un classement.
Elle accompagne une baisse générale du niveau des pays développés, tout en restant nettement distancée par les meilleurs systèmes éducatifs mondiaux.
Classement PISA 2026 : les résultats français parmi les plus faibles jamais enregistrés
L’OCDE est particulièrement claire.
Les résultats français du PISA 2025 figurent parmi les plus faibles jamais observés dans les trois grandes matières évaluées. Ils sont aussi nettement inférieurs à ceux obtenus dix ans plus tôt.
Depuis 2022, la baisse atteint environ 16 points en mathématiques et 18 points en compréhension de l’écrit.
En sciences, le recul est beaucoup plus contenu.
L’OCDE considère généralement qu’une vingtaine de points représente approximativement l’équivalent d’une année d’apprentissage. La baisse enregistrée en lecture depuis la précédente édition est donc loin d’être marginale.
Sur une période plus longue, la tendance devient encore plus visible.
En 2012, la France obtenait 484 points en mathématiques.
Elle n’en compte plus que 458.
En compréhension de l’écrit, elle est passée de 505 à 456 points.
En sciences, de 499 à 483.
Le ministère de l’Éducation nationale reconnaît lui-même une « fragilisation ancienne des apprentissages ».
Il souligne que le recul français s’inscrit dans une tendance internationale, particulièrement visible en Europe.
Consulter les résultats officiels PISA 2025 pour la France sur le site de l’OCDE
Le problème ne concerne plus seulement les élèves en difficulté
C’est probablement la donnée la plus intéressante de cette édition.
Le débat éducatif français se concentre traditionnellement sur les élèves les plus faibles.
Ils sont effectivement de plus en plus nombreux.
En mathématiques, seuls 64 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2, considéré comme le socle permettant de résoudre des problèmes simples.
Cela signifie qu’environ 36 % des élèves de 15 ans n’atteignent pas ce niveau.
La moyenne de l’OCDE est très proche, avec 65 % des élèves au niveau 2 ou supérieur.
Mais l’autre extrémité de la distribution se dégrade également.
Et c’est peut-être là que se situe le signal le plus préoccupant pour l’économie.
Classement PISA 2026 : seulement 5 % d’excellents élèves en mathématiques
En 2025, seulement 5 % des élèves français atteignent les niveaux 5 ou 6 en mathématiques.
La moyenne de l’OCDE est de 8 %.
En 2022, la France comptait encore 7 % d’élèves à ces niveaux.
Et en 2015, ils étaient 11 %.
La proportion des meilleurs élèves français en mathématiques a donc été pratiquement divisée par deux en dix ans.
Le contraste avec les systèmes asiatiques est spectaculaire.
54 % des élèves de P-S-J-Z en Chine atteignent les niveaux 5 ou 6.
Ils sont 37 % à Singapour.
32 % à Taïwan.
29 % à Macao.
23 % en Corée et 22 % au Japon.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que tous ces élèves deviendront ingénieurs ou chercheurs.
Mais les niveaux 5 et 6 mesurent notamment la capacité à modéliser des situations complexes, comparer différentes méthodes et sélectionner une stratégie de résolution.
Des aptitudes directement liées aux compétences recherchées dans de nombreux métiers qualifiés.
Pourquoi cette baisse doit intéresser les dirigeants d’entreprise
PISA mesure des adolescents âgés de 15 ans.
Le lien avec l’entreprise peut donc sembler lointain.
Il ne l’est pas.
Ces élèves entreront dans l’enseignement supérieur ou sur le marché du travail dans quelques années.
Ils constitueront les futurs ingénieurs, techniciens, développeurs, analystes, financiers, chercheurs et managers.
Or les entreprises françaises signalent déjà des difficultés pour recruter certains profils techniques.
Business Times le constatait encore dans son classement des métiers qui recrutent le plus en 2026 : ingénieur IA, chercheur en machine learning et plusieurs fonctions technologiques figurent parmi les métiers connaissant les plus fortes progressions de demande.
À lire sur Business Times : les 25 métiers qui recrutent le plus en France en 2026
Le problème français pourrait donc devenir assez simple.
Les entreprises ont besoin de davantage de compétences scientifiques au moment même où le système scolaire produit proportionnellement moins d’élèves atteignant les niveaux les plus élevés en mathématiques.
La bataille de l’IA commence aussi à l’école
Cette question prend encore plus d’importance avec l’intelligence artificielle.
La France investit plusieurs milliards d’euros pour faire émerger des champions technologiques.
Mistral AI vient, par exemple, de lever 3 milliards d’euros.
Mais les modèles d’IA, les data centers et les milliards investis ne suffisent pas.
Il faut aussi des ingénieurs.
Des mathématiciens.
Des chercheurs.
Des spécialistes des données.
Des développeurs.
Et, plus largement, des collaborateurs capables de raisonner, vérifier une information et résoudre des problèmes complexes.
Business Times avait déjà souligné cette évolution dans son entretien consacré à Ynov Campus : les entreprises recherchent de plus en plus des profils capables d’associer expertise métier, capacités numériques et esprit critique.
À lire sur Business Times : Compétences et IA, le pari d’Ynov Campus pour l’avenir
La baisse des meilleurs élèves en mathématiques n’est donc pas uniquement un problème éducatif.
Elle peut devenir un problème de compétitivité.
L’Asie creuse l’écart
Le classement PISA 2026 rappelle également la domination de plusieurs systèmes éducatifs asiatiques.
En mathématiques, les écarts deviennent considérables.
La Chine P-S-J-Z obtient 612 points.
Singapour atteint 563.
Macao 549.
Taïwan 546.
Le Japon 525.
La moyenne de l’OCDE est de 463 points.
La France, avec 458 points, se trouve donc très loin des leaders.
Ce constat ne signifie évidemment pas que la croissance économique future puisse être prédite à partir de PISA.
De nombreux autres facteurs interviennent.
Université.
Recherche.
Immigration qualifiée.
Formation professionnelle.
Capacité des entreprises à former leurs salariés.
Attractivité du pays.
Mais disposer d’une population maîtrisant les mathématiques et les sciences constitue incontestablement un actif dans une économie où l’IA, l’automatisation et la technologie prennent une place croissante.
Les inégalités scolaires françaises restent importantes
L’autre faiblesse française est ancienne.
L’origine sociale continue d’avoir un impact très important sur les performances scolaires.
Le ministère de l’Éducation nationale souligne que les écarts selon le milieu socio-économique demeurent parmi les plus élevés.
Une évolution surprenante apparaît toutefois dans les derniers résultats.
Depuis 2015, les écarts se réduisent partiellement.
Mais pas nécessairement pour la bonne raison.
Les performances des élèves les plus favorisés diminuent davantage.
En mathématiques, le recul depuis 2015 atteint 38 points pour les élèves favorisés contre 22 points pour les élèves défavorisés, selon les données relayées lors de la publication.
Autrement dit, réduire les inégalités parce que les meilleurs résultats baissent ne constitue évidemment pas une amélioration du système.
L’enjeu consiste à faire progresser les élèves les plus faibles sans réduire le nombre de très bons élèves.
Le recul concerne aussi la lecture
Les mathématiques concentrent beaucoup d’attention.
Mais la compréhension de l’écrit n’est guère plus rassurante.
Seulement 67 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2 en lecture, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE.
Un élève français sur trois se situe donc en dessous de ce niveau.
Et là encore, le sommet de la distribution se réduit.
Seulement 5 % des élèves français atteignent le niveau 5 ou plus en compréhension de l’écrit.
Ils étaient 13 % en 2015.
La question intéresse directement le monde professionnel.
Savoir comprendre un document complexe, identifier l’information importante, distinguer un fait d’une opinion ou confronter plusieurs sources devient encore plus important à l’heure de l’intelligence artificielle générative.
L’IA produit rapidement du contenu.
La valeur humaine se déplace donc progressivement vers la capacité à le comprendre, le contrôler et le remettre en question.
L’IA ne compensera pas des fondamentaux fragiles
C’est l’un des paradoxes actuels.
Les établissements scolaires doivent préparer les élèves à utiliser l’intelligence artificielle.
Mais l’IA peut difficilement remplacer les compétences fondamentales nécessaires pour évaluer ses réponses.
L’OCDE insiste précisément sur ce point.
Son secrétaire général Mathias Cormann estime que l’IA et la technologie peuvent renforcer les apprentissages, à condition de ne pas devenir un substitut à l’attention, à l’effort et à la compréhension.
Cette remarque vaut également pour les entreprises.
Un salarié utilisant efficacement une IA doit être capable de détecter une erreur.
De remettre en cause une réponse.
D’effectuer un calcul de contrôle.
D’identifier une incohérence.
Plus les outils automatisent les tâches simples, plus les compétences de raisonnement deviennent importantes.
Les écrans sont-ils responsables ?
Le ministère de l’Éducation nationale avance plusieurs pistes pour expliquer la baisse constatée dans de nombreux pays.
Il cite notamment l’exposition croissante aux écrans et aux réseaux sociaux, l’utilisation du téléphone à des fins de loisirs à l’école et une diminution du suivi de la scolarité par certaines familles.
Il faut toutefois éviter d’en tirer une causalité trop simpliste.
PISA constate des corrélations et des évolutions.
Il ne permet pas, à lui seul, de démontrer que le smartphone explique la baisse du niveau français.
Le gouvernement a néanmoins fait de la protection de l’attention l’un des axes de sa politique éducative.
Depuis la rentrée 2026, l’interdiction du téléphone portable a notamment été étendue au lycée.
Le ministère prévoit également de suspendre progressivement les mises à jour des ENT et logiciels de vie scolaire entre 20 heures et 7 heures ainsi que le week-end.
Le gouvernement vise 20 points de progression d’ici 2029
La réaction officielle au classement PISA 2026 est particulièrement ambitieuse.
Le ministère veut ramener la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE dès le prochain cycle en 2029.
L’objectif annoncé est une progression de 20 points, que le ministère présente comme l’équivalent d’environ une année d’apprentissage.
À plus long terme, la France veut revenir dans le premier tiers des pays de l’OCDE en 2033.
Pour y parvenir, plusieurs pistes sont annoncées.
Des objectifs d’apprentissage plus clairs seront communiqués aux familles.
La formation des enseignants doit évoluer.
Les équipes des collèges doivent obtenir davantage d’autonomie.
La pédagogie explicite doit prendre une place plus importante.
Le gouvernement veut également agir à la fois sur les élèves en difficulté et sur les élèves les plus performants.
C’est ce dernier élément qui marque une évolution intéressante.
Pendant longtemps, la politique éducative s’est principalement concentrée sur la réduction des difficultés.
PISA montre désormais que la France doit aussi reconstruire son vivier d’excellence.
Consulter le plan présenté par le ministère de l’Éducation nationale après PISA 2025
Les plus jeunes donnent pourtant quelques signes encourageants
Le tableau n’est pas totalement noir.
Les élèves ayant passé PISA en 2025 sont nés autour de 2010.
Ils n’ont donc pas bénéficié de toutes les politiques mises en place ces dernières années au primaire.
Les évaluations nationales de 2025 montrent justement certaines améliorations chez les plus jeunes.
En CP, les résultats progressent depuis 2019 dans plusieurs compétences de français et de mathématiques.
En résolution de problèmes, par exemple, la proportion d’élèves obtenant des résultats satisfaisants est passée de 66,1 % en 2019 à 69,3 % en 2025.
En sixième, les performances en français se sont également améliorées depuis 2017 et les résultats en mathématiques se sont consolidés.
Il faudra donc attendre les prochaines vagues PISA pour savoir si ces améliorations résistent jusqu’à 15 ans.
Pour les entreprises, la formation continue deviendra encore plus importante
Les entreprises n’ont évidemment pas la possibilité d’attendre dix ans une amélioration du système scolaire.
Elles vont devoir agir sur leurs propres compétences.
Formation interne.
Apprentissage.
Alternance.
Reconversions.
Partenariats avec des écoles.
Académies internes.
Toutes ces stratégies pourraient prendre davantage d’importance.
Business Times rappelait récemment que l’apprentissage répond déjà directement aux pénuries de compétences rencontrées par de nombreuses entreprises.
À lire sur Business Times : l’apprentissage se stabilise après cinq ans de forte croissance
Le résultat de PISA renforce cette logique.
La formation ne peut plus être considérée uniquement comme une responsabilité de l’école ou de l’université.
Dans une économie où les technologies évoluent rapidement, les entreprises devront elles aussi devenir des lieux permanents d’apprentissage.
Classement PISA 2026 : un problème d’école qui devient un enjeu économique
Les résultats publiés ce 8 septembre ne signifient pas que la France ne forme plus de bons ingénieurs ou scientifiques.
Ses grandes écoles, universités, laboratoires et entreprises technologiques restent reconnus.
Mais le vivier se rétrécit.
C’est là que se trouve le principal signal d’alerte.
5 % seulement des élèves français atteignent les niveaux les plus élevés en mathématiques.
Un tiers n’atteint pas le niveau de base.
Et les performances moyennes continuent de reculer.
Dans le même temps, l’économie réclame davantage de compétences en intelligence artificielle, cybersécurité, data, énergie, ingénierie et industrie.
La France veut développer Mistral AI.
Réindustrialiser.
Construire de nouveaux réacteurs nucléaires.
Développer la défense.
Produire davantage de semi-conducteurs.
Décarboner son économie.
Tous ces projets nécessitent des compétences scientifiques.
Le classement PISA 2026 ne constitue donc pas seulement un bulletin scolaire adressé à l’Éducation nationale.
Il donne aussi un aperçu du capital humain dont l’économie française disposera demain.
Et sur ce point, le message est difficile à ignorer : la France doit simultanément réduire le nombre d’élèves en difficulté et reconstruire une véritable culture de l’excellence.
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