La fraude par manipulation a bondi de 34 % en France en 2025 pour atteindre 516 millions d’euros. Faux conseillers bancaires, appels usurpés et messages de phishing deviennent plus crédibles grâce aux nombreuses fuites de données. Résultat : les victimes valident parfois elles-mêmes les virements demandés par les escrocs. Pour les entreprises, où un seul paiement peut représenter plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros, la menace impose de revoir les procédures de validation.

Fraude par manipulation : 516 millions d’euros détournés en France, les entreprises en première ligne

Les banques protègent de mieux en mieux leurs systèmes.

Les cartes sont plus sûres.

L’authentification forte s’est généralisée.

Pourtant, les escrocs continuent de gagner du terrain.

Leur stratégie consiste désormais moins à pirater directement la banque qu’à convaincre son client de réaliser lui-même l’opération.

C’est ce que la Banque de France appelle la fraude par manipulation.

En 2025, les montants concernés ont atteint 516 millions d’euros, soit une hausse de 34 % en seulement un an.

Ils représentent désormais 41,6 % de toute la fraude aux moyens de paiement en France.

Le phénomène devient suffisamment important pour que l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement appelle les banques, opérateurs télécoms, réseaux sociaux et plateformes numériques à renforcer leurs dispositifs.

Pour les entreprises, le signal doit être pris au sérieux.

Une fraude efficace n’a désormais plus nécessairement besoin de contourner un système informatique.

Elle doit simplement convaincre la bonne personne.

Fraude par manipulation : 516 millions d’euros perdus en 2025

Les chiffres publiés ce 7 septembre par la Banque de France montrent un paradoxe.

Le montant total de la fraude aux moyens de paiement a progressé de 3,8 %, pour atteindre environ 1,24 milliard d’euros.

Pourtant, le nombre d’opérations frauduleuses recule de 7,6 %.

Il y a donc moins d’opérations frauduleuses, mais certaines coûtent davantage.

La fraude par manipulation explique une large partie de cette évolution.

Elle représentait 382 millions d’euros en 2024.

Un an plus tard, elle atteint 516 millions.

Consulter les chiffres officiels de la Banque de France

Le phénomène touche principalement les virements.

Sur les 516 millions d’euros de fraude par manipulation recensés en 2025, 376 millions concernent des virements.

C’est une information importante pour les entreprises.

Un paiement par carte est généralement plafonné.

Un virement professionnel peut porter sur des sommes beaucoup plus élevées.

Comment fonctionne une fraude par manipulation ?

Le principe repose avant tout sur l’ingénierie sociale.

Un escroc contacte sa victime.

Il se présente comme un conseiller bancaire, un service antifraude ou parfois comme un autre interlocuteur de confiance.

Son discours contient souvent suffisamment d’informations exactes pour paraître crédible.

Nom.

Banque utilisée.

Téléphone.

Adresse.

Parfois même certaines données bancaires ou administratives.

Le fraudeur annonce ensuite une urgence.

Une opération suspecte aurait été détectée.

Un compte serait compromis.

Un paiement devrait être annulé.

Un nouveau compte sécurisé aurait été créé.

La victime est alors invitée à valider une opération dans son application bancaire.

En réalité, elle autorise elle-même le paiement au profit de l’escroc.

C’est précisément ce qui rend la fraude particulièrement difficile à bloquer.

Les systèmes sont plus sûrs, alors les escrocs attaquent l’humain

L’évolution est presque mécanique.

L’authentification forte a fortement réduit plusieurs types de fraudes techniques.

Les banques demandent aujourd’hui une validation supplémentaire pour de nombreuses opérations.

Mais les criminels se sont adaptés.

Plutôt que d’essayer de contourner cette authentification, ils persuadent la victime de l’effectuer elle-même.

La Banque de France souligne d’ailleurs que l’authentification forte reste efficace contre les fraudes pour lesquelles elle a été conçue.

Le problème vient désormais davantage de la manipulation du payeur.

La technologie n’est donc pas devenue inutile.

Elle a simplement déplacé la cible.

Le maillon faible se trouve de plus en plus souvent devant l’écran.

Fraude par manipulation : les fuites de données changent la donne

C’est probablement l’évolution la plus inquiétante.

Les nombreuses fuites de données enregistrées ces dernières années donnent aux fraudeurs une matière première extrêmement précieuse.

Un phishing approximatif est facile à détecter.

Un message qui connaît votre nom, votre banque et certaines informations personnelles devient beaucoup plus crédible.

Denis Beau, président de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, souligne que les données volées permettent précisément aux escrocs d’améliorer leurs scénarios.

La Banque de France avait déjà alerté cet été sur la multiplication des vols de données.

Elle estime que ces informations peuvent servir au phishing, à l’exploitation frauduleuse d’un IBAN ou à l’usurpation d’identité.

Cette tendance est particulièrement préoccupante après plusieurs incidents majeurs en France.

Business Times : 1,2 million de comptes bancaires exposés après des accès frauduleux à FICOBA

Lorsqu’un fraudeur peut croiser plusieurs bases de données, son scénario gagne encore en efficacité.

Un faux conseiller peut aujourd’hui connaître de vraies informations

Prenons un exemple.

Un directeur administratif et financier reçoit un appel.

Son interlocuteur connaît le nom de la banque de l’entreprise.

Il possède son numéro de téléphone professionnel.

Il connaît le nom du dirigeant.

Il évoque même le nom d’un fournisseur réel.

Puis il explique qu’un virement suspect vient d’être détecté.

Dans cette situation, le réflexe naturel consiste à considérer que l’appel provient réellement de la banque.

C’est précisément sur cette confiance que repose la fraude.

Une fuite de données ne permet pas toujours directement de voler de l’argent.

Mais elle transforme radicalement la qualité d’une future tentative d’escroquerie.

Business Times avait déjà analysé les conséquences du vol massif de données chez Free, qui avait touché plus de 24 millions de contrats.

Business Times : le vol de données chez Free et les nouvelles exigences de cybersécurité

Plus les informations personnelles circulent, plus les escroqueries peuvent devenir personnalisées.

L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle couche

La fraude par manipulation risque encore de progresser avec l’IA générative.

Un escroc n’a plus besoin d’écrire un message approximatif.

Il peut générer un e-mail parfaitement rédigé.

Il peut reproduire le ton d’une entreprise.

Il peut créer une fausse facture.

Il peut même fabriquer une voix ou une vidéo.

Business Times avait récemment consacré un article aux faux e-mails devenus presque impossibles à distinguer d’un message authentique grâce à l’intelligence artificielle.

Business Times : les faux e-mails générés par IA rendent le phishing quasi indétectable

Les directions financières sont particulièrement inquiètes.

Dans une autre étude récemment analysée par Business Times, 93 % des professionnels interrogés se déclaraient préoccupés par les fraudes utilisant l’intelligence artificielle.

Business Times : 93 % des directions financières s’inquiètent de la fraude par IA

La convergence entre IA, données volées et ingénierie sociale crée donc un environnement particulièrement favorable aux escrocs.

Les entreprises peuvent perdre beaucoup plus sur un seul virement

Pour une entreprise, le risque est différent de celui d’un particulier.

Une opération bancaire professionnelle peut représenter 10 000, 50 000 ou plusieurs centaines de milliers d’euros.

Les escroqueries peuvent aussi cibler des opérations parfaitement habituelles.

Paiement d’un fournisseur.

Acquisition d’un matériel.

Acompte.

Facture d’un prestataire.

Remboursement.

Le fraudeur n’a alors pas besoin d’inventer une dépense.

Il peut simplement modifier son destinataire.

C’est la logique de la fraude au changement d’IBAN.

Un pirate se fait passer pour un fournisseur et annonce un changement de coordonnées bancaires.

La prochaine facture est réelle.

Le montant est correct.

Seul l’IBAN est faux.

Le paiement part donc vers le compte du fraudeur.

La fraude au président reste également redoutable

Une autre technique vise directement les organisations.

Le fraudeur contacte un collaborateur du service financier en se faisant passer pour un dirigeant.

L’opération doit être urgente.

Confidentielle.

Parfois liée à une acquisition ou à une négociation sensible.

Le collaborateur est prié de ne parler à personne.

Cette combinaison entre urgence, autorité hiérarchique et confidentialité réduit les contrôles naturels.

L’IA rend désormais ce scénario encore plus crédible.

Une voix peut être imitée.

Un e-mail peut reproduire le style d’écriture du dirigeant.

Une photographie ou une vidéo peut être créée.

Le principal outil de défense ne sera donc pas forcément un logiciel.

Ce sera souvent une procédure interne suffisamment solide pour être respectée même lorsque le faux dirigeant demande de l’ignorer.

Fraude par manipulation : les virements sont devenus le principal point sensible

Les chiffres de la Banque de France confirment cette évolution.

Le virement représente désormais une part importante des montants fraudés.

Pourtant, son taux global de fraude reste très faible par rapport au nombre et au montant total des virements effectués.

Le problème se concentre donc sur quelques opérations particulièrement coûteuses.

La France a déjà renforcé les contrôles.

Depuis octobre 2025, le service de vérification du bénéficiaire permet aux banques de vérifier la cohérence entre le nom renseigné et l’IBAN destinataire.

Ce dispositif est utile contre certains changements frauduleux de coordonnées bancaires.

Depuis mai 2026, un fichier national des comptes signalés pour risque de fraude permet également aux établissements financiers de partager les IBAN suspects.

Ces outils compliquent la tâche des fraudeurs.

Ils ne suppriment toutefois pas la manipulation.

Pourquoi un contrôle téléphonique reste indispensable

Pour une entreprise, une règle simple peut éviter de lourdes pertes.

Tout changement d’IBAN doit être vérifié par un canal différent de celui utilisé pour recevoir la demande.

Un fournisseur envoie un e-mail indiquant ses nouvelles coordonnées bancaires ?

Il faut appeler un interlocuteur déjà connu.

Pas le numéro inscrit dans l’e-mail reçu.

Le numéro utilisé doit provenir du fichier fournisseur ou d’un précédent échange vérifié.

La même règle peut s’appliquer aux demandes inhabituelles de paiement.

Ce double canal réduit fortement le risque.

Il ralentit légèrement le processus.

Mais quelques minutes de vérification sont peu de chose face à un virement de plusieurs dizaines de milliers d’euros envoyé sur un compte frauduleux.

Les entreprises doivent aussi séparer demande et validation

Deuxième principe : éviter qu’une seule personne puisse déclencher et valider une opération importante.

Une organisation peut mettre en place plusieurs niveaux.

Le collaborateur prépare le paiement.

Un responsable le contrôle.

Au-delà d’un certain montant, une seconde personne valide.

Pour les opérations exceptionnelles, une confirmation directe du dirigeant peut être exigée.

Le montant déclenchant ces contrôles dépend évidemment de la taille de l’entreprise.

Une PME ne possède pas les mêmes ressources qu’un groupe du CAC 40.

Mais le principe reste le même.

Une procédure doit être suffisamment claire pour qu’un collaborateur puisse dire non à une demande urgente sans craindre de désobéir.

La Banque de France veut mobiliser les télécoms et les plateformes

Les banques ne peuvent pas résoudre seules le problème.

La fraude par manipulation commence souvent bien avant l’application bancaire.

Elle peut naître d’une publicité sur un réseau social.

D’un SMS.

D’un e-mail.

D’un appel.

D’un message WhatsApp.

La Banque de France demande donc davantage de coopération avec les opérateurs télécoms et les entreprises numériques.

L’objectif consiste notamment à mieux sécuriser les numéros d’appel.

Les fraudeurs utilisent désormais davantage de numéros mobiles ordinaires en 06 ou 07, car les mécanismes d’authentification ont compliqué l’usurpation directe des numéros officiels.

L’Observatoire souhaite également étudier la création d’un numéro unique antifraude permettant de contacter rapidement sa banque.

Les plateformes numériques sont elles aussi appelées à agir.

Publicités frauduleuses, faux comptes et messages trompeurs constituent souvent la première étape du parcours.

Les banques demandent davantage aux géants du numérique

La Fédération bancaire française adopte une position similaire.

Elle demande un retrait plus rapide des contenus frauduleux.

Elle souhaite aussi un meilleur contrôle des annonceurs et un filtrage plus efficace des appels et messages usurpés.

Lire l’analyse de Boursorama sur l’explosion des fraudes par manipulation

Les trois articles à l’origine de ce sujet convergent d’ailleurs sur ce constat.

Les Échos : les arnaques bancaires par manipulation explosent

20 Minutes : forte hausse des escroqueries par manipulation en 2025

La bataille contre la fraude devient donc collective.

Banques, télécoms, plateformes et entreprises doivent intervenir à différents moments.

La carte bancaire devient pourtant plus sûre

Tout n’est pas négatif.

Les chiffres montrent même des progrès importants.

Le taux de fraude sur la carte bancaire tombe à 47 euros pour 100 000 euros de paiements, son plus bas niveau historique.

Le paiement mobile affiche seulement 9 euros de fraude pour 100 000 euros de transactions au point de vente.

La fraude au chèque diminue également de 16 %.

Les banques savent donc mieux bloquer certaines attaques techniques.

C’est précisément pour cette raison que les fraudeurs changent de méthode.

Attaquer directement les infrastructures devient plus difficile.

Attaquer la confiance reste souvent plus simple.

Fraude par manipulation : les cinq réflexes à imposer dans l’entreprise

Pour une direction financière, quelques règles peuvent fortement réduire l’exposition.

Un changement d’IBAN ne doit jamais être accepté sans contre-appel sur un numéro déjà connu.

Les virements importants doivent disposer d’une double validation.

Une demande présentée comme urgente et confidentielle doit au contraire déclencher davantage de contrôles.

Aucun salarié ne doit communiquer un code d’authentification à une personne l’appelant par téléphone.

Enfin, les équipes doivent être régulièrement sensibilisées aux nouveaux scénarios.

Cette formation ne doit pas concerner uniquement le service informatique.

Comptabilité, finance, direction générale, RH et assistanat de direction figurent parmi les premières cibles.

Le facteur humain devient une composante de la cybersécurité

Pendant longtemps, une entreprise pouvait considérer que la fraude bancaire relevait de sa banque et que la cybersécurité relevait de sa DSI.

Cette frontière disparaît.

Une fuite de données peut conduire à un phishing.

Le phishing peut déclencher un appel.

L’appel peut entraîner une validation bancaire.

Le problème technique devient alors financier.

Business Times expliquait déjà pourquoi les entreprises doivent désormais renforcer leurs compétences cyber au-delà du seul service informatique.

Business Times : les profils cyber deviennent un enjeu majeur pour les entreprises

La sécurité repose donc de plus en plus sur les processus et la formation.

Un collaborateur qui ose interrompre un paiement douteux peut parfois protéger davantage l’entreprise qu’un logiciel coûteux.

Les fraudeurs ont compris que la confiance vaut de l’argent

Les chiffres 2025 montrent finalement une transformation profonde.

La sécurité technique progresse.

Le nombre d’opérations frauduleuses recule.

Pourtant, les pertes continuent d’augmenter.

La fraude par manipulation atteint désormais 516 millions d’euros et représente plus de quatre euros sur dix perdus dans les fraudes aux moyens de paiement.

Les fuites de données rendent les scénarios plus crédibles.

L’intelligence artificielle peut encore améliorer leur qualité.

Et les virements permettent de détourner des montants importants en une seule opération.

Pour les dirigeants, le message est donc assez simple.

Une procédure de paiement ne doit jamais reposer uniquement sur la confiance accordée à un e-mail, un SMS ou un appel téléphonique.

Même lorsque l’interlocuteur connaît votre nom.

Même lorsqu’il connaît votre banque.

Même lorsqu’il possède de vraies informations sur votre entreprise.

C’est précisément parce que ces informations sont vraies que la fraude devient efficace.