Changer, oui. Tout recommencer, beaucoup moins. Selon le Baromètre 2026 de l’évolution professionnelle réalisé par l’Ifop pour Mon CEP par Avenir Actifs, 78 % des salariés envisagent une évolution dans les deux prochaines années. Mais la majorité préfère rester dans son secteur, voire dans son entreprise. Pour les employeurs, le message est clair : la mobilité interne devient un sujet de fidélisation autant qu’un sujet RH.

Évolution professionnelle : 78 % des salariés veulent bouger sans tout quitter

Le désir d’évolution reste très élevé. Le baromètre, mené auprès de 4 800 salariés, montre pourtant qu’il ne faut pas confondre envie de changement et envie de départ.

Parmi ceux qui veulent évoluer, 61 % souhaitent rester dans leur secteur d’activité. De même, 59 % privilégient une évolution au sein de leur organisation. Seuls 8 % préféreraient quitter le salariat.

Pour un dirigeant, la nuance est importante. Une partie des collaborateurs qui réfléchissent à leur avenir n’a pas nécessairement un pied dehors. Ils cherchent d’abord une perspective.

Évolution professionnelle : le salaire ne fait pas tout

La rémunération reste le premier symbole associé à l’évolution professionnelle. Elle est citée par 28 % des salariés, soit cinq points de plus qu’en 2025. En revanche, seulement 14 % associent d’abord l’évolution à de nouvelles responsabilités.

Les attentes diffèrent selon le scénario. Lorsqu’un salarié souhaite changer d’employeur, le meilleur salaire arrive en tête, à 26 %. Pour ceux qui veulent évoluer en interne, l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle passe devant, à 25 %.

Autrement dit, fidéliser ne passe plus seulement par une promotion verticale. Un nouveau périmètre, une mobilité fonctionnelle, davantage de compétences ou une meilleure organisation du travail peuvent compter tout autant.

Les moins de 30 ans veulent aller beaucoup plus vite

L’écart générationnel est net. Selon le baromètre, 88 % des moins de 30 ans envisagent une évolution dans les deux prochaines années. Chez les salariés de 50 ans et plus, ils ne sont plus que 52 %.

Les jeunes actifs associent davantage le changement à la prise de responsabilités et à l’acquisition d’une qualification. Les salariés plus expérimentés semblent, eux, privilégier davantage la sécurisation de leur trajectoire.

Pour les entreprises, cela oblige à sortir d’une politique RH uniforme. Les attentes d’un collaborateur de 27 ans et celles d’un salarié de 55 ans ne sont pas les mêmes.

Le sujet de la reconversion reste néanmoins réel. Business Times évoquait récemment plus de 3 900 projets financés en Nouvelle-Aquitaine en 2025. Mais le baromètre 2026 montre qu’avant la rupture complète, beaucoup cherchent encore une solution dans leur environnement actuel.

L’IA commence à modifier les projets de carrière

L’autre enseignement concerne l’intelligence artificielle. Elle ne transforme plus seulement les méthodes de travail. Elle pèse aussi sur la manière dont les salariés imaginent leur avenir.

Ainsi, 46 % déclarent que son développement les pousse à réfléchir davantage à leur parcours. Et 42 % disent avoir déjà demandé à une IA des conseils concernant leur évolution professionnelle.

Dans le même temps, 41 % des salariés affirment que leur organisation les encourage à utiliser l’IA au travail. Pourtant, seuls 36 % déclarent avoir bénéficié d’une formation. Par ailleurs, 38 % travaillent dans une organisation ayant formalisé une charte sur le sujet.

Le décalage mérite l’attention des dirigeants. Encourager l’usage de l’IA sans accompagner la montée en compétences peut nourrir les inquiétudes que l’entreprise devra ensuite gérer.

Business Times l’a déjà souligné dans « Compétences et IA : le pari d’Ynov Campus pour l’avenir » : l’IA modifie les compétences attendues et oblige entreprises comme salariés à investir davantage dans la formation et l’esprit critique.

Le conseil en évolution professionnelle reste trop peu relayé

Le baromètre met enfin en lumière un paradoxe. Une fois le dispositif présenté, 63 % des salariés déclarent qu’ils pourraient recourir à Mon CEP. Pourtant, 64 % disent n’avoir reçu aucune information sur ce service de la part de leur entreprise.

Mon CEP est un service public gratuit et personnalisé. Pour les salariés du privé et les travailleurs indépendants, il est délivré par le réseau Avenir Actifs, sous le pilotage de France compétences.

Il ne sert pas uniquement à préparer une reconversion. Il peut aussi accompagner une mobilité interne, un projet de formation ou une réflexion sur les compétences.

France compétences confirme d’ailleurs un niveau de satisfaction élevé : 94,9 % pour les bénéficiaires en 2025.

Pour les directions générales et les DRH, l’enjeu dépasse donc l’accompagnement individuel. Lorsqu’une majorité de salariés souhaite évoluer sans forcément quitter l’entreprise, ne pas ouvrir la discussion revient à prendre le risque que cette évolution se construise ailleurs.

La rentrée 2026 remet ainsi une vieille question au centre du jeu : faut-il attendre qu’un collaborateur annonce son départ pour parler de son avenir ? Les chiffres suggèrent plutôt l’inverse. L’évolution professionnelle peut devenir un outil de fidélisation, à condition d’en parler avant qu’elle ne se transforme en démission.