Ils ne fusionneront pas. Mais sous la carrosserie de leurs futures voitures, Honda et Nissan partageront bientôt une partie de leurs technologies les plus stratégiques.
Les deux constructeurs japonais ont signé le 31 août 2026 un accord de développement commun concernant leurs prochaines générations de véhicules définis par logiciel, les fameux « Software Defined Vehicles » ou SDV. Le projet doit aboutir à une architecture commune utilisable à partir de l’exercice fiscal 2029.
Un rapprochement moins spectaculaire qu’une fusion. Mais peut-être beaucoup plus concret industriellement.
Ce que Honda et Nissan vont réellement partager
Parler d’un « cerveau commun » permet de résumer l’accord. La réalité technique est un peu plus précise.
À lire aussi
- ActualitésVolkswagen prévoit jusqu’à 100 000 suppressions de postes : pourquoi le géant allemand change de modèle
- ActualitésAllemagne : les 34 réformes de Friedrich Merz pour relancer une économie sous pression
- ActualitésAutomobile européenne : face à la Chine, Bruxelles joue désormais sa compétitivité sur deux fronts
Honda et Nissan indiquent officiellement qu’ils vont travailler ensemble sur plusieurs calculateurs électroniques centraux, appelés ECU. Les deux groupes vont également établir des spécifications communes pour le système d’exploitation embarqué, certaines couches logicielles intermédiaires et une partie des logiciels chargés de contrôler le véhicule.
Les deux constructeurs veulent donc mutualiser les fondations numériques de leurs futures automobiles. Cela ne signifie pas pour autant que les prochaines Honda et Nissan deviendront identiques.
Chaque groupe pourra conserver son design, ses motorisations, ses réglages ou encore ses interfaces propres. En revanche, une partie de l’infrastructure technologique située derrière ces fonctions pourra être commune.
Cette standardisation doit permettre aux deux entreprises de réduire leurs coûts de développement, d’accélérer leurs projets et de profiter de volumes plus importants.
La voiture devient progressivement un produit logiciel
Le sujet peut sembler très technique. Il transforme pourtant profondément l’économie automobile.
Pendant des décennies, la valeur d’une voiture reposait principalement sur son moteur, son châssis ou sa qualité de fabrication. Le logiciel prend désormais une place croissante.
Les systèmes d’aide à la conduite, la navigation, la gestion de l’énergie, les fonctions de sécurité, l’infodivertissement ou encore les mises à jour à distance dépendent de plus en plus de l’architecture informatique du véhicule.
Une voiture moderne doit donc être pensée comme une plateforme électronique autant que comme un produit mécanique. Cette évolution accompagne une transformation plus large du marché. Business Times analysait déjà l’accélération mondiale des ventes de voitures électriques en 2025, une dynamique qui pousse les constructeurs à revoir leurs investissements technologiques.
Honda prévoit 1 000 milliards de yens dans le logiciel
Les montants donnent une idée de l’enjeu.
Dans son Business Briefing publié en mai 2026, Honda annonce vouloir investir 1 000 milliards de yens dans les technologies logicielles au cours des trois exercices allant jusqu’à mars 2029.
Sur la même période, le constructeur prévoit environ 800 milliards de yens d’investissements liés aux véhicules électriques et 4 400 milliards pour les véhicules thermiques et hybrides. Le logiciel représente donc désormais un poste d’investissement industriel à part entière.
Honda cherche également à réduire de moitié le coût, le temps et la charge de travail nécessaires au développement de ses véhicules par rapport à 2025. Le constructeur appelle cette stratégie « Triple Half ».
Pour y parvenir, Honda compte davantage utiliser les environnements numériques, l’intelligence artificielle, les composants standardisés et les ressources technologiques externes. Le rapprochement avec Nissan s’inscrit directement dans cette logique.
Nissan cherche lui aussi à accélérer tout en réduisant ses coûts
Pour Nissan, l’équation est encore plus urgente.
Le constructeur mène actuellement son plan de redressement Re:Nissan, qui doit réduire ses coûts et simplifier son organisation.
Dans son rapport financier annuel, Nissan indique avoir réduit de 18 % le coût horaire de son ingénierie à la fin de son exercice 2025.
Le groupe cherche également à simplifier ses plateformes et ses composants tout en raccourcissant les délais de conception de ses nouveaux véhicules.
Mutualiser certains investissements logiciels avec Honda lui permet donc d’avancer sur deux objectifs à la fois : développer les technologies nécessaires aux voitures de demain sans devoir financer seul l’ensemble de leur infrastructure.
L’échec de la fusion n’a pas mis fin au rapprochement
L’accord est d’autant plus intéressant qu’il intervient après l’échec d’un rapprochement beaucoup plus ambitieux.
Honda et Nissan avaient annoncé en décembre 2024 étudier une intégration de leurs activités. Les discussions ont finalement été abandonnées en février 2025.
Honda et Nissan ont alors expliqué qu’ils souhaitaient privilégier la rapidité de décision dans un marché automobile en pleine mutation. Parmi les solutions étudiées, Honda avait notamment proposé une structure dans laquelle il serait devenu la maison mère et Nissan une filiale.
Mais l’arrêt des discussions sur une fusion n’a pas mis fin à leur partenariat. Les deux entreprises avaient au contraire annoncé vouloir poursuivre leur coopération dans l’intelligence automobile et l’électrification.
L’accord logiciel de 2026 en est aujourd’hui l’une des manifestations les plus concrètes.
La pression chinoise accélère les alliances
Derrière cette coopération se trouve également un adversaire commun : la montée en puissance des constructeurs chinois.
BYD et plusieurs nouveaux acteurs technologiques ont imposé des cycles de développement particulièrement rapides, notamment sur les véhicules électriques, hybrides et connectés.
Reuters souligne que cette concurrence fait partie du contexte qui pousse Honda et Nissan à renforcer leur coopération dans le logiciel.
Les marques chinoises ne se contentent plus de jouer sur les prix. Elles proposent aussi des véhicules intégrant de nombreuses fonctions numériques et des architectures électroniques modernes.
Pour les constructeurs japonais, européens ou américains, développer chacun de leur côté l’ensemble des technologies nécessaires devient donc de plus en plus difficile à justifier économiquement.
La pression est d’ailleurs visible ailleurs dans le secteur. Business Times revenait récemment sur les 8 000 suppressions de postes annoncées par BMW, sur fond de ralentissement du marché et de concurrence accrue.
Mitsubishi pourrait rejoindre le projet
L’alliance pourrait d’ailleurs ne pas se limiter à Honda et Nissan.
Selon Reuters, Mitsubishi Motors, partenaire historique de Nissan, discute d’une éventuelle participation à cette coopération. Son arrivée renforcerait encore les volumes sur lesquels les futurs composants et logiciels communs pourraient être amortis.
Le principe est déjà bien connu dans l’industrie automobile pour les plateformes, les moteurs ou certains composants. Il s’étend désormais au logiciel.
Plus le nombre de véhicules utilisant une même architecture est important, plus les dépenses de développement peuvent être réparties sur des volumes élevés.
Des conséquences pour les équipementiers et les entreprises technologiques
Cette évolution ne concerne pas uniquement les constructeurs automobiles.
Autour des Software Defined Vehicles se développe tout un écosystème mêlant équipementiers, fabricants de semi-conducteurs, sociétés de logiciels, spécialistes de la cybersécurité, cloud et intelligence artificielle.
La standardisation des architectures pourrait modifier la façon dont ces fournisseurs travaillent avec les constructeurs. Des plateformes communes peuvent déboucher sur des contrats couvrant davantage de véhicules et plusieurs marques.
Mais elles peuvent également réduire le nombre de solutions différentes utilisées et renforcer la concurrence entre fournisseurs.
Pour les équipementiers automobiles traditionnels, l’enjeu sera donc de conserver leur place à mesure que la valeur se déplace progressivement du composant mécanique vers l’électronique et le logiciel.
Une industrie sous pression sur plusieurs fronts
Le rapprochement entre Nissan et Honda intervient dans une industrie où les contraintes financières augmentent.
Les investissements dans l’électrification et le logiciel restent élevés tandis que les constructeurs doivent continuer à financer les modèles hybrides ou thermiques demandés sur certains marchés.
En parallèle, les entreprises clientes doivent elles aussi revoir leurs arbitrages automobiles. En France, la loi de finances 2026 a renforcé la pression fiscale sur les flottes automobiles d’entreprise.
Les évolutions technologiques se combinent donc à des contraintes réglementaires et financières qui accélèrent la transformation des véhicules professionnels.
Plus récemment, Business Times a également détaillé les changements concernant le permis de conduire et leurs conséquences pour les entreprises, notamment celles disposant de salariés sur la route.
Après les plateformes mécaniques, place aux plateformes numériques
Cette stratégie pourrait préfigurer une évolution plus générale du secteur automobile.
Les constructeurs partagent depuis longtemps certaines usines, moteurs ou plateformes. Demain, ils pourraient mutualiser beaucoup plus régulièrement leurs systèmes d’exploitation, architectures électroniques ou infrastructures de développement.
Le rapprochement Honda-Nissan montre ainsi que l’avenir de l’automobile ne se jouera pas uniquement dans les usines. Il se jouera également dans les lignes de code.
Et dans cette nouvelle bataille industrielle, la taille compte. Pas nécessairement celle obtenue par une fusion entre deux entreprises, mais celle créée en partageant les investissements les plus coûteux sans renoncer à l’indépendance de chaque marque.
À lire également sur Business Times
- ActualitésPASQAL entre au Nasdaq : la pépite française du quantique change de dimension à Wall Street
- ActualitésVoitures électriques : près d’une voiture neuve sur trois vendue dans le monde sera électrique en 2026
- ActualitésBMW annonce 8 000 suppressions de postes et rejoint la crise de l’automobile allemande
- ActualitésDieselgate : Renault renvoyé devant le tribunal correctionnel
