Acheter un produit à quelques euros sur Temu, Shein ou AliExpress pourrait bientôt coûter davantage. Le Parlement européen vient de valider une vaste réforme des douanes. Elle prévoit de nouveaux frais de traitement sur les petits colis importés dans l’Union européenne. Ces frais viendront s’ajouter au droit de douane de 3 euros déjà appliqué depuis juillet. Mais Bruxelles veut surtout obliger les plateformes à prendre davantage de responsabilités sur les produits qu’elles vendent aux consommateurs européens.

Petits colis : l’Europe change les règles pour Temu, Shein et AliExpress

Les petits colis importés en Europe vont entrer dans une nouvelle ère.

Le Parlement européen a donné son feu vert final à la réforme du système douanier européen ce mercredi 16 septembre.

Cette réforme était en préparation depuis 2023.

Elle vise notamment les milliards de colis commandés chaque année sur des plateformes situées hors de l’Union européenne.

Shein.

Temu.

AliExpress.

Et, plus largement, tous les sites qui expédient directement des produits depuis des pays tiers vers des consommateurs européens.

Boursorama revient sur l’adoption définitive de la réforme douanière européenne.

La mesure la plus visible concerne de nouveaux frais de traitement.

Ils doivent entrer en vigueur au plus tard le 1er novembre 2026.

Une nouvelle taxe en plus des 3 euros déjà appliqués

Il faut bien distinguer deux mesures.

Depuis le 1er juillet 2026, les petits colis d’une valeur inférieure à 150 euros ne bénéficient plus de l’ancienne exonération douanière.

L’Union européenne applique désormais un droit forfaitaire de 3 euros par catégorie de produits contenue dans l’envoi.

Ainsi, un colis qui contient uniquement plusieurs articles de la même catégorie peut supporter 3 euros de droits.

En revanche, si plusieurs catégories douanières différentes se trouvent dans le même colis, la somme peut augmenter.

Le Conseil de l’Union européenne explique le fonctionnement de ce droit de douane de 3 euros.

Cette mesure est déjà en vigueur.

Cependant, la nouvelle réforme ajoute désormais des frais de traitement douanier.

Les deux dispositifs sont donc différents.

Le montant des nouveaux frais n’est pas encore fixé

Contrairement au droit de douane de 3 euros, le montant des futurs frais de traitement n’est pas encore définitif.

La Commission européenne devra le fixer.

Elle devra ensuite réexaminer son niveau tous les deux ans.

Jusqu’à présent, un montant de 2 euros a souvent été évoqué pour un colis envoyé directement au consommateur.

Un tarif plus faible avait aussi été étudié pour les marchandises importées en grandes quantités puis stockées dans l’Union européenne.

Mais ces montants restent à confirmer.

Certaines fédérations européennes du textile réclament même une somme beaucoup plus élevée, pouvant atteindre 10 euros.

Pour l’instant, il ne faut donc pas présenter les 2 euros comme un tarif définitif.

Le Parlement européen détaille le principe de ces nouveaux frais de traitement douanier.

La Commission doit fixer le montant final.

Pourquoi l’Europe veut-elle taxer davantage les petits colis ?

Le premier problème tient au volume.

En 2025, près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés sur le marché européen.

Cela représente plus de 180 colis chaque seconde.

Surtout, environ 93 % provenaient de Chine, selon les chiffres cités lors de l’adoption de la réforme.

Les services douaniers ne peuvent pas vérifier chaque paquet.

Ainsi, la hausse rapide du commerce en ligne a créé une situation difficile à gérer.

Le Parlement européen indiquait déjà en 2025 que près de 12 millions de petits colis arrivaient chaque jour dans l’Union.

Les autorités doivent pourtant contrôler la sécurité des produits.

Elles doivent aussi vérifier les déclarations de valeur.

Enfin, elles doivent lutter contre les contrefaçons et les marchandises qui ne respectent pas les normes européennes.

Le Parlement européen explique pourquoi l’explosion des petits colis met les douanes sous pression.

Le sujet ne porte donc pas uniquement sur la fiscalité.

Il concerne aussi le coût des contrôles.

Temu, Shein et AliExpress sont directement visés

Les institutions européennes ne cachent plus leur volonté de revoir les règles du jeu.

Pendant plusieurs années, le modèle des grandes plateformes asiatiques a reposé en partie sur l’envoi direct de millions de petits paquets vers les consommateurs.

Cette organisation possède un avantage.

Elle évite de constituer de gros stocks en Europe.

Elle permet aussi de proposer un catalogue immense.

Enfin, elle réduit certains coûts liés à la distribution classique.

Mais l’Union européenne estime désormais que ce système fait peser une partie du coût des contrôles sur les autorités publiques.

La réforme veut donc modifier cet équilibre.

Business Times avait déjà observé les tensions autour de ce modèle lors de l’arrivée de Shein au BHV et du très fort rejet provoqué sur les réseaux sociaux.

Le débat dépasse aujourd’hui l’image de marque.

Il touche directement au modèle économique.

Les plateformes vont devenir responsables comme des importateurs

C’est probablement le changement le plus important de la réforme.

Jusqu’à présent, la responsabilité douanière pouvait se retrouver répartie entre le vendeur, le transporteur, l’intermédiaire et le consommateur.

Désormais, l’Europe veut simplifier la situation.

Les plateformes et vendeurs qui expédient directement des produits depuis un pays extérieur à l’Union seront considérés comme importateurs.

Ils devront donc fournir les données demandées par les douanes.

Ils devront aussi payer ou garantir les droits et les frais.

De plus, ils devront veiller au respect des règles européennes.

La Commission européenne présente ce changement comme une manière de mettre fin aux mauvaises surprises pour le consommateur.

En principe, les frais devront être pris en compte en amont plutôt que réclamés à la livraison.

La Commission européenne présente les grandes lignes de la réforme douanière.

Ainsi, la responsabilité se déplace davantage vers la plateforme.

Les consommateurs paieront-ils réellement plus cher ?

C’est la grande question.

Officiellement, l’Union européenne souhaite éviter que les nouveaux frais de traitement soient directement facturés aux consommateurs.

Les textes prévoient que l’entité chargée des autres frais douaniers supporte aussi cette nouvelle redevance.

Cependant, cela ne signifie pas que les prix resteront forcément identiques.

Une plateforme peut absorber le surcoût.

Elle peut également réduire ses marges.

Mais elle peut aussi augmenter certains prix ou modifier ses frais de livraison.

Enfin, elle peut changer son organisation logistique.

Les consommateurs pourraient donc ressentir indirectement une partie de la hausse.

TF1 avait déjà constaté cet été que la taxe sur les petits colis modifiait les habitudes d’achat de certains consommateurs.

La hausse du prix final reste toutefois une décision commerciale des plateformes et non une obligation prévue par le texte européen.

Les entrepôts européens pourraient devenir beaucoup plus intéressants

La réforme crée aussi une forte incitation à changer de modèle logistique.

L’Europe préfère que les entreprises importent les marchandises en grandes quantités.

Pourquoi ?

Parce qu’il est beaucoup plus simple pour les douaniers de contrôler une grosse cargaison que des milliers de petits paquets individuels.

Ensuite, les produits peuvent rejoindre un entrepôt européen.

Le vendeur effectue alors la livraison finale depuis cet entrepôt.

Cette organisation pourrait bénéficier de frais de traitement plus faibles.

Par conséquent, Temu, Shein, AliExpress ou leurs vendeurs partenaires pourraient accélérer l’ouverture de stocks et de centres logistiques dans l’Union.

Ce changement aurait des conséquences pour le secteur de la logistique.

Entrepôts.

Transport.

Préparation de commandes.

Livraison du dernier kilomètre.

L’Europe cherche donc aussi à ramener une partie de cette chaîne de valeur sur son territoire.

Une nouvelle Autorité douanière européenne s’installera à Lille

La réforme ne se limite pas aux colis.

L’Union européenne veut aussi revoir toute son organisation douanière.

Elle va créer une Autorité douanière européenne.

Son siège sera installé à Lille.

En parallèle, l’Europe développera une base de données douanières commune.

Aujourd’hui, les administrations nationales utilisent encore plusieurs systèmes.

Demain, la plateforme européenne doit permettre de mieux partager les informations.

Les douaniers pourront ainsi mieux identifier les entreprises ou les produits à risque.

L’objectif est simple : contrôler davantage les opérations suspectes sans devoir ouvrir chaque colis.

La réforme prévoit également des sanctions plus importantes en cas de manquements répétés.

Elles pourront atteindre jusqu’à 6 % de la valeur annuelle des marchandises importées dans l’Union dans les cas prévus par le nouveau cadre.

Les commerçants européens espèrent une concurrence plus équilibrée

Pour les distributeurs européens, le sujet est majeur.

Une boutique française doit respecter les normes sur les produits.

Elle doit gérer la TVA.

Elle doit payer ses locaux.

Elle supporte aussi des frais de stockage et de logistique.

En parallèle, certaines plateformes peuvent expédier directement un article à quelques euros depuis l’Asie.

L’Union européenne estime que cette différence crée une concurrence déséquilibrée.

La suppression du seuil de 150 euros et les nouveaux frais de traitement cherchent donc à réduire cet avantage.

Pour les commerçants en ligne européens, la bataille reste néanmoins difficile.

Business Times rappelait récemment que le marché français du e-commerce reste très concentré autour de quelques grandes plateformes et technologies.

De son côté, Shopify expliquait à Business Times les défis économiques et logistiques auxquels les retailers doivent désormais faire face.

Les règles douanières deviennent ainsi un nouvel élément de cette compétition.

Les petits prix ne vont pas disparaître du jour au lendemain

Il serait toutefois excessif d’annoncer la fin de Temu, Shein ou AliExpress en Europe.

Ces groupes disposent de moyens importants.

Ils peuvent adapter leurs prix.

Ils peuvent aussi négocier leurs coûts de transport.

De plus, ils peuvent développer leurs entrepôts européens.

Enfin, leur volume leur donne une forte capacité d’adaptation.

La réforme change néanmoins progressivement l’équation.

Depuis juillet, le seuil douanier de 150 euros ne protège plus les petits envois.

À partir de novembre, de nouveaux frais de traitement doivent s’ajouter.

Ensuite, les plateformes devront assumer davantage de responsabilités sur les produits importés.

L’Europe ne ferme donc pas la porte aux petits colis chinois. Elle veut surtout faire en sorte qu’un produit vendu quelques euros sur Internet supporte davantage le coût réel de son entrée et de son contrôle sur le marché européen.