La dissolution et l’économie française sont désormais au cœur de la campagne présidentielle.
Gabriel Attal a directement lié les deux sujets mercredi 16 septembre.
Lors du French Digital Day, le candidat de Renaissance a estimé que « tout est parti en live » après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée le 9 juin 2024.
Selon lui, cette décision a provoqué une forte instabilité politique puis économique.
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Boursorama revient sur les déclarations de Gabriel Attal et les chiffres qu’il met en avant.
La question mérite pourtant d’aller au-delà de la formule politique.
Que montrent réellement les chiffres ?
Gabriel Attal cite trois indicateurs
L’ancien Premier ministre s’appuie sur trois éléments.
Les taux auxquels la France emprunte.
La croissance économique.
Et le chômage.
Gabriel Attal affirme qu’à son arrivée à Matignon, la situation était bien meilleure. Il évoque un taux d’emprunt compris entre 1,2 % et 1,5 %, une croissance proche de 2 % et un chômage à 7,5 %. Aujourd’hui, il met en avant des taux proches de 4,5 %, une croissance presque nulle et un chômage qui se rapprocherait de 9 %.
Certaines tendances sont bien réelles.
Cependant, les comparaisons demandent quelques précisions.
Sur le chômage, la hausse est bien visible
Le chiffre de 7,5 % avancé par Gabriel Attal correspond bien à la situation du début de son passage à Matignon.
Au premier trimestre 2024, le taux de chômage atteignait 7,5 % de la population active en France hors Mayotte.
L’Insee publiait alors un taux de chômage stable à 7,5 %.
Depuis, la situation s’est dégradée.
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage atteint 8,3 %.
Cela représente 2,7 millions de personnes au chômage au sens du Bureau international du travail.
De plus, le niveau actuel est le plus élevé depuis 2020, année marquée par la crise sanitaire, et depuis 2019 avant celle-ci.
La Banque de France prévoit désormais une nouvelle hausse à court terme.
Selon ses projections de septembre, le chômage pourrait atteindre 8,4 % en fin d’année 2026.
Ainsi, Gabriel Attal décrit correctement une tendance à la hausse.
En revanche, le chômage ne se situe pas encore à 9 % dans les dernières données disponibles.
La croissance a fortement ralenti
Le ralentissement économique est lui aussi incontestable.
Au premier trimestre 2026, le PIB français a reculé de 0,2 %.
Puis il est resté stable au deuxième trimestre.
Pour le troisième trimestre, la Banque de France prévoit seulement 0,1 % de croissance.
Sur l’ensemble de 2026, elle table désormais sur une progression du PIB limitée à 0,4 %.
La situation est donc très différente de celle observée quelques années plus tôt.
Cependant, la comparaison avec une croissance « proche de 2 % » avant la dissolution mérite aussi d’être précisée.
Les comptes définitifs de l’Insee indiquent que la France a enregistré 1,2 % de croissance sur l’ensemble de l’année 2024.
En 2023, le PIB avait progressé de 1,4 %.
Autrement dit, les statistiques annuelles ne montrent pas une croissance de 2 % au moment de la dissolution.
Gabriel Attal peut faire référence à une autre mesure, à une prévision ou à un rythme ponctuel. Mais la comparaison n’est pas directement celle de la croissance annuelle publiée aujourd’hui par l’Insee.
Sur les taux, la hausse est réelle mais la comparaison pose question
Le coût d’emprunt de la France a fortement augmenté.
Le 15 septembre 2026, le taux français à dix ans, mesuré par le TEC 10, atteignait 4,52 %.
Les données de l’Agence France Trésor permettent de suivre quotidiennement ce taux.
Sur ce point, le chiffre de 4,5 % cité par Gabriel Attal correspond donc bien au niveau actuel.
En revanche, le chiffre de 1,2 % à 1,5 % avancé pour la période où il était Premier ministre ne correspond pas au taux de marché français à dix ans.
Juste avant la dissolution, le 7 juin 2024, le taux à dix ans atteignait environ 3,12 %.
Le 10 juin, au lendemain des élections européennes et de l’annonce de la dissolution, il s’établissait à 3,24 %.
Il est donc important de comparer les mêmes indicateurs.
Un coût moyen de la dette existante n’est pas la même chose que le taux auquel un État emprunte à dix ans sur le marché à un moment précis.
La dissolution a bien augmenté l’incertitude
Sur un point, les travaux de la Banque de France apportent néanmoins un élément clair.
L’incertitude politique a augmenté après la dissolution.
L’institution a étudié précisément ses conséquences sur l’investissement des entreprises.
Selon son analyse publiée fin 2025, l’incertitude fiscale et budgétaire a fortement progressé à partir de la mi-2024.
La Banque de France estime que cette incertitude aurait réduit l’investissement des entreprises d’environ 0,9 point en 2025.
Cela représenterait environ 0,1 point de PIB.
Le mécanisme est assez simple.
Lorsqu’un dirigeant ne connaît pas les futures règles fiscales ou budgétaires, il peut repousser un investissement.
Il peut aussi attendre avant de recruter.
Enfin, il peut conserver davantage de trésorerie.
Ainsi, une crise politique peut peser sur l’économie même sans provoquer directement une récession.
Les entreprises demandent surtout de la stabilité
Cette question apparaît régulièrement dans les enquêtes auprès des dirigeants.
Les chefs d’entreprise veulent connaître les règles avant d’investir.
Fiscalité.
Charges sociales.
Aides publiques.
Normes.
Coût du travail.
Un changement fréquent de gouvernement ou de budget peut donc entraîner un comportement d’attente.
Business Times l’avait déjà constaté lors du débat économique de la présidentielle 2027 organisé par le Medef.
Parmi les attentes exprimées par les dirigeants figurait notamment la stabilité des règles fiscales et sociales.
L’incertitude politique possède donc un coût économique réel.
Mais la dissolution n’explique pas tout
Cependant, attribuer toute la dégradation économique depuis 2024 à la dissolution serait trop simple.
Plusieurs autres chocs ont touché la France.
D’abord, les entreprises ont subi des taux de financement élevés.
Ensuite, la consommation des ménages a progressé lentement.
La construction a également connu une période difficile.
En 2026, les tensions au Moyen-Orient ont provoqué un nouveau choc sur l’énergie.
La canicule a aussi pesé sur la production agricole.
Enfin, le commerce mondial reste soumis à de fortes tensions.
Dans ses dernières projections, la Banque de France cite plusieurs de ces facteurs pour expliquer la croissance limitée de 2026.
La dissolution fait donc partie du problème.
Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’affirmer qu’elle explique à elle seule le passage d’une économie dynamique à la situation actuelle.
L’investissement des entreprises donne un indice important
C’est probablement sur l’investissement que l’effet politique apparaît le plus clairement.
En 2024, l’investissement des entreprises a reculé.
Puis il est resté hésitant en 2025.
La Banque de France explique qu’une entreprise peut préférer attendre lorsqu’un projet coûte cher et qu’elle manque de visibilité.
Cette prudence devient encore plus forte lorsque le financement coûte lui aussi davantage.
Pour une PME, reporter une machine ou un nouveau local de six mois peut sembler anodin.
Mais lorsque des milliers d’entreprises prennent la même décision, l’effet devient visible dans les statistiques nationales.
Les petites entreprises ressentent directement le ralentissement
Les TPE disposent de moins de marge pour absorber une période d’incertitude.
Business Times constatait récemment que la trésorerie des petites entreprises françaises continuait de se fragiliser en 2026.
En parallèle, les impayés restent élevés.
Pour ces entreprises, la stabilité politique ne constitue donc pas un débat abstrait.
Elle peut déterminer un investissement, un recrutement ou la décision de conserver davantage de liquidités.
Business Times avait aussi présenté en janvier les perspectives de l’économie française pour 2026 et les fragilités qui pesaient déjà sur la reprise.
Depuis, les prévisions de croissance ont encore été revues à la baisse.
La bataille des chiffres ne fait que commencer
Les déclarations de Gabriel Attal interviennent désormais dans un contexte électoral.
Le candidat cherche à distinguer son bilan à Matignon de la période politique qui a suivi la dissolution.
Ses chiffres mettent en avant une réalité : la France connaît aujourd’hui une croissance très faible, un chômage plus élevé et des taux d’emprunt nettement supérieurs à ceux de 2024.
Cependant, toutes les comparaisons utilisées ne reposent pas sur des indicateurs strictement identiques.
Surtout, l’économie française a subi plusieurs chocs depuis juin 2024.
La Banque de France apporte malgré tout un élément important au débat : l’incertitude politique née après la dissolution a bien pesé sur l’investissement des entreprises.
Elle estime même cet effet à environ 0,1 point de PIB en 2025.
La dissolution a donc eu un coût économique mesurable. En revanche, les données disponibles ne permettent pas d’en faire la seule cause du ralentissement français.
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