Le sujet dépasse largement le simple « blues de rentrée ».
Zoom vient de publier son Out of Office Index 2026, réalisé par Morning Consult auprès de 1 000 travailleurs du savoir et 500 décideurs informatiques aux États-Unis. La marge d’erreur annoncée atteint ±3 points pour les salariés et ±4 points pour les décideurs IT.
Premier enseignement : la coupure reste très relative.
48 % des personnes interrogées se disent anxieuses avant même le début de leurs congés. Et 65 % travaillent davantage avant de partir afin de prendre de l’avance.
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Consulter l’étude Out of Office Index 2026 de Zoom
Retour de congés : 61 % redoutent la charge de travail qui les attend
Le vrai problème apparaît au moment de revenir.
Selon l’étude, 61 % redoutent la quantité de travail accumulée pendant leur absence. Et 77 % considèrent les e-mails ou messages non lus comme une source de stress.
Le rattrapage ne dure pas seulement quelques heures.
88 % déclarent avoir besoin d’au moins une journée complète pour retrouver leur rythme. Surtout, 53 % disent nécessiter trois jours ou davantage pour se sentir réellement à jour.
Le premier jour ressemble donc rarement à un redémarrage normal.
L’infographie transmise par Zoom montre que 51 % des répondants passent plus d’une heure à lire leurs e-mails et discussions le jour de leur retour. 43 % consacrent au moins une heure à réorganiser leurs priorités. Les réunions de rattrapage occupent aussi une place importante.
Ce résultat dit quelque chose de l’organisation du travail.
Lorsque plusieurs jours sont nécessaires pour comprendre ce qui s’est passé pendant une absence, le problème ne tient pas seulement au volume des messages.
Il tient aussi à la manière dont l’entreprise conserve et partage l’information.
Quand les congés deviennent une source de travail supplémentaire
La pression modifie même la façon dont les salariés utilisent leurs jours de repos.
Dans l’échantillon américain, 42 % ont déjà envisagé de renoncer à leurs congés en raison du stress professionnel. Et 57 % ont laissé au moins une partie de leurs congés disponibles inutilisée au cours de l’année précédente.
Plus révélateur encore, 68 % préfèrent surveiller leur boîte de réception pendant leurs congés plutôt que de découvrir plusieurs centaines de messages à leur retour.
Cette difficulté à couper concerne particulièrement les managers.
53 % d’entre eux se disent anxieux avant leur départ, contre 36 % des salariés sans responsabilité managériale. Ils sont également 70 % à travailler davantage avant leurs congés.
L’étude reste américaine. Il serait donc abusif d’affirmer que les salariés français se comportent de la même manière dans les mêmes proportions.
Le cadre juridique français est également différent.
Le Code du travail prévoit, dans le cadre de la négociation sur la qualité de vie et les conditions de travail, les modalités du droit à la déconnexion. Le texte vise explicitement à assurer le respect des temps de repos, des congés et de la vie personnelle et familiale.
Consulter l’article L2242-17 du Code du travail
Business Times avait déjà abordé cette frontière devenue parfois floue entre communication professionnelle et temps personnel.
À lire sur Business Times : messages professionnels et droit à la déconnexion
L’absence d’un salarié révèle aussi les fragilités de l’équipe
Les congés ne pèsent pas seulement sur celui qui part.
Dans l’étude Zoom, 71 % des salariés constatent au moins occasionnellement des retards lorsqu’un collègue est absent. Pour 75 %, le départ d’une personne clé bloque pendant au moins une journée certaines tâches qui dépendent d’elle.
Par ailleurs, 65 % rencontrent des difficultés de collaboration et 60 % évoquent des inefficacités opérationnelles.
Ces chiffres sont probablement les plus intéressants pour une direction générale.
Si une équipe ralentit dès qu’une personne prend quelques jours de congé, la question dépasse largement le bien-être individuel.
Elle touche à la continuité d’activité.
Les décisions sont-elles documentées ? Les dossiers sont-ils accessibles ? Plusieurs personnes connaissent-elles les sujets critiques ? Les échanges importants restent-ils enfermés dans une boîte mail ou quelques conversations privées ?
Un bon système de remplacement ne consiste donc pas seulement à désigner quelqu’un « en cas d’urgence ».
Il faut permettre à l’équipe de retrouver le contexte sans dépendre en permanence de la personne absente.
L’IA pourrait-elle enfin rendre le retour moins pénible ?
C’est naturellement sur ce terrain que Zoom positionne l’intelligence artificielle.
L’étude montre une forte attente : 82 % souhaitent qu’une IA résume ce qu’ils ont manqué pendant leur absence. 80 % aimeraient recevoir une synthèse automatique des décisions importantes et 79 % une liste des actions prioritaires à leur retour.
Plus intéressant encore, 78 % disent qu’ils seraient davantage prêts à déconnecter complètement si l’IA pouvait les remettre à niveau de manière fiable.
Et 76 % utiliseraient davantage leurs jours de congés disponibles.
Le raisonnement est séduisant.
Mais il ne faut pas inverser le problème.
Une IA capable de résumer 500 messages ne résout pas forcément une organisation qui produit 500 messages inutiles.
Elle peut réduire le coût du rattrapage. Elle ne remplace ni une bonne documentation ni des responsabilités clairement réparties.
Business Times relevait justement cette semaine que 76 % des cadres européens utilisant l’IA déclarent gagner en productivité, tandis que 45 % reconnaissent encore certains usages cachés. Le sujet de la gouvernance reste donc entier.
À lire sur Business Times : IA en entreprise, 76 % des cadres gagnent en productivité
Le vrai enjeu : organiser l’absence avant d’automatiser le retour
Pour les dirigeants et managers, l’étude fournit finalement un test assez simple.
Que se passe-t-il lorsqu’un collaborateur s’absente une semaine ?
Si les décisions s’arrêtent, si les clients ne savent plus qui contacter ou si la personne doit continuer à suivre ses e-mails depuis son lieu de vacances, l’entreprise a probablement un problème de continuité.
Le travail hybride rend d’ailleurs cette frontière encore plus poreuse.
Business Times l’a récemment montré dans son enquête sur le Work from Anywhere. La flexibilité peut améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, mais elle fonctionne mieux lorsque l’entreprise pose des règles claires.
À lire sur Business Times : Work from Anywhere, ce que révèle le classement mondial d’IWG
Quelques principes restent simples : préparer les délégations avant le départ, centraliser les décisions importantes, éviter les réunions de rattrapage inutiles et protéger réellement la période de congé.
L’IA pourra ensuite synthétiser les informations et reconstruire le contexte.
Mais elle ne devrait pas servir à rendre supportable une mauvaise organisation.
Le meilleur indicateur d’une entreprise bien organisée n’est peut-être pas sa capacité à travailler vite lorsque tout le monde est présent. C’est sa capacité à continuer à fonctionner lorsqu’un salarié peut réellement partir en vacances.
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