« Remettre l’Allemagne à flot. »
Friedrich Merz n’a pas cherché une formule particulièrement subtile.
Le 2 juillet, la coalition allemande a annoncé un ensemble de 34 mesures touchant à la fiscalité, aux retraites, au marché du travail, à la protection sociale et à la bureaucratie.
L’objectif affiché par le gouvernement est tout aussi clair : relancer la croissance et rendre le Standort Deutschland, le site Allemagne, à nouveau compétitif.
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Consulter le programme officiel de réformes du gouvernement allemand
Cette offensive intervient après une longue période de faiblesse.
Après deux années de récession, l’économie allemande n’a progressé que de 0,2 % en 2025. Les investissements sont restés faibles et les exportations ont encore reculé sous l’effet de la concurrence chinoise, des droits de douane américains et d’un environnement international plus difficile.
Pour le gouvernement Merz, le problème n’est donc plus seulement conjoncturel.
Il est devenu structurel.
L’économie allemande commence pourtant à donner quelques signes de reprise
Depuis l’annonce du plan, les données se sont légèrement améliorées.
Au deuxième trimestre 2026, le PIB allemand a finalement progressé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent. Sur un an, la hausse atteint 1 %. Les exportations de marchandises ont notamment augmenté de 5 % par rapport au deuxième trimestre 2025.
L’industrie montre elle aussi quelques signes de stabilisation.
En juin, la production industrielle a progressé de 0,2 % sur un mois. L’automobile a gagné 3,6 %, tandis que les autres matériels de transport — avions, trains, navires ou véhicules militaires — ont avancé de 8,4 %. La construction de machines a en revanche reculé de 3,9 %.
Le DIW Berlin vient surtout de revoir nettement ses prévisions.
Le 2 septembre, l’institut a annoncé anticiper désormais 1,2 % de croissance pour l’Allemagne en 2026, contre 0,5 % dans sa prévision estivale. Il explique cette révision principalement par des exportations meilleures que prévu.
Consulter la nouvelle prévision économique du DIW Berlin
La reprise existe donc.
Mais le DIW lui-même la qualifie encore de fragile.
34 mesures pour accélérer la transformation
Le paquet annoncé en juillet ne repose pas sur un unique grand changement fiscal.
Berlin veut agir simultanément sur plusieurs freins.
Fiscalité.
Travail.
Retraites.
Normes.
Logement.
Protection sociale.
La réforme de l’impôt sur le revenu doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027.
Le gouvernement prévoit environ 10 milliards d’euros d’allègements fiscaux par an, principalement pour les ménages aux revenus faibles et moyens et les familles.
Selon les estimations du gouvernement, un ménage moyen pourrait économiser jusqu’à 600 euros par an. En revanche, les revenus les plus élevés devraient contribuer davantage.
La fiscalité des entreprises suit parallèlement une autre trajectoire déjà engagée par Berlin.
L’impôt sur les sociétés doit passer de 15 % à 10 %
Le gouvernement avait déjà adopté son « booster d’investissement ».
Les entreprises peuvent bénéficier d’amortissements dégressifs pouvant atteindre 30 % pour certains investissements réalisés entre juillet 2025 et la fin de 2027.
Puis viendra une baisse progressive de l’impôt sur les sociétés.
À partir de 2028, son taux doit diminuer d’un point par an pour passer de 15 % actuellement à 10 % en 2032.
Selon le ministère allemand des Finances, la charge fiscale globale pesant sur les sociétés passerait alors de près de 30 % aujourd’hui à moins de 25 %.
Voir le dispositif fiscal destiné aux entreprises allemandes
Ces mesures ne font pas toutes partie des 34 décisions annoncées le 2 juillet. Elles s’inscrivent néanmoins dans la même stratégie économique du gouvernement Merz.
Le message adressé aux industriels est simple : investir en Allemagne doit redevenir financièrement plus attractif.
La bureaucratie devient une cible économique
Le deuxième chantier pourrait intéresser particulièrement les dirigeants français.
Friedrich Merz veut supprimer par principe les obligations de déclaration et de reporting imposées par l’administration.
À l’avenir, un ministère qui souhaite conserver une obligation devra en justifier à nouveau l’utilité.
Autre changement important : pour de nombreuses demandes administratives, l’absence de réponse de l’administration dans un délai de quatre mois devra valoir acceptation.
Cela inverse en partie la logique.
L’entreprise n’a plus à démontrer constamment pourquoi elle doit obtenir une autorisation.
Dans certains cas, l’administration devra agir dans un délai déterminé si elle souhaite s’y opposer.
Pour Berlin, la simplification n’est donc plus seulement un sujet administratif.
Elle devient un outil de compétitivité.
Les dirigeants français demandent presque exactement la même chose
Le parallèle avec la France est frappant.
Lors du récent débat économique organisé par le Medef en vue de la présidentielle de 2027, Business Times avait analysé les réponses de 65 872 dirigeants interrogés sur leurs priorités.
83 % demandaient une baisse de la fiscalité et des charges.
81 % citaient la réindustrialisation.
75 % réclamaient une simplification des normes et procédures administratives.
Autrement dit, les problèmes que Friedrich Merz cherche aujourd’hui à traiter en Allemagne ressemblent fortement à ceux que les chefs d’entreprise français placent en tête de leurs préoccupations.
La différence tient désormais à l’exécution.
Berlin a commencé à fixer un calendrier.
Le marché du travail doit devenir plus flexible
Le gouvernement allemand veut également faciliter les recrutements.
Les contrats à durée déterminée conclus sans justification particulière pourront à l’avenir atteindre 48 mois.
Friedrich Merz présente notamment cette mesure comme une manière de réduire le risque pris par les entreprises lorsqu’elles recrutent, particulièrement les start-up ou les sociétés en phase de croissance.
Berlin veut aussi revenir sur certaines pratiques concernant les arrêts maladie.
Le gouvernement prévoit de supprimer la possibilité d’obtenir un arrêt par téléphone et souhaite qu’un justificatif puisse être exigé dès le premier jour.
Merz présente l’absentéisme comme un problème de compétitivité.
Ces décisions devraient évidemment susciter des discussions avec les partenaires sociaux.
Elles montrent néanmoins le changement de ton.
Le gouvernement ne cherche plus seulement à soutenir la demande.
Il veut modifier le fonctionnement même du marché du travail.
La retraite devient également une question de compétitivité
Le chantier le plus sensible concerne probablement les retraites.
Une commission mise en place par le gouvernement a remis 33 recommandations.
La coalition a annoncé vouloir les transformer rapidement en textes législatifs, avec l’objectif d’achever le processus parlementaire avant la fin de 2026.
Parmi les pistes figure une évolution très importante du modèle allemand.
La commission propose de compléter la retraite par répartition par une composante obligatoire investie sur les marchés financiers.
Le projet prévoit un prélèvement supplémentaire équivalent à 2 % du salaire, partagé à parts égales entre l’employeur et le salarié. Les sommes seraient placées sur des comptes individuels gérés collectivement, en s’inspirant notamment du modèle suédois.
Consulter les 33 recommandations de la commission allemande sur les retraites
Le gouvernement cherche ainsi à réduire à terme la pression exercée par le vieillissement démographique sur le système par répartition.
L’âge de la retraite pourrait encore augmenter après 2031
La commission propose également de lier progressivement l’âge légal à l’espérance de vie.
À partir de 2031, deux tiers de l’augmentation de l’espérance de vie seraient consacrés à une durée de travail supplémentaire et un tiers à la retraite.
Selon les calculs actuels présentés par le gouvernement, l’âge légal pourrait ainsi passer progressivement de 67 ans à environ 67 ans et demi entre 2031 et 2041.
La commission recommande également de supprimer progressivement le dispositif permettant à certaines personnes ayant cotisé pendant 45 ans de partir sans décote avant l’âge légal.
Ces recommandations ne constituent pas encore toutes des règles applicables.
Le Parlement allemand doit encore adopter la réforme.
Berlin encourage déjà les seniors à rester en activité
Une autre mesure fonctionne déjà depuis janvier.
Grâce à l’Aktivrente, un salarié qui atteint l’âge légal de la retraite mais choisit de continuer à travailler peut percevoir jusqu’à 2 000 euros par mois de revenus professionnels exonérés d’impôt.
Le dispositif concerne les salariés soumis aux cotisations sociales, pas les indépendants ni les fonctionnaires.
Comprendre le dispositif allemand de retraite active
Plus de 10 000 salariés auraient déjà utilisé cette possibilité au premier semestre 2026.
L’objectif économique est évident.
L’Allemagne vieillit et manque de travailleurs qualifiés.
Conserver davantage de seniors dans l’emploi permet de limiter une partie de la pénurie de main-d’œuvre.
Mais le problème industriel allemand reste profond
Les premiers signes de reprise ne doivent pas masquer l’état de plusieurs secteurs clés.
Automobile.
Chimie.
Machines-outils.
Métallurgie.
Ces industries doivent simultanément affronter des coûts énergétiques plus élevés, la transition technologique, le ralentissement de certains débouchés et une concurrence chinoise beaucoup plus agressive.
Business Times l’a récemment montré avec BMW.
Le constructeur prévoit environ 8 000 suppressions de postes d’ici fin 2027, rejoignant les restructurations déjà engagées chez Volkswagen et Mercedes-Benz.
L’automobile allemande reste l’un des meilleurs symboles du problème auquel Merz doit répondre.
Réduire les impôts aide.
Supprimer certaines démarches également.
Mais aucune réforme administrative ne peut, à elle seule, résoudre la concurrence des constructeurs électriques chinois ou transformer le modèle industriel de Volkswagen.
La bataille allemande devient une bataille européenne
Le sujet dépasse d’ailleurs largement Berlin.
L’industrie française rencontre elle aussi une concurrence accrue de la Chine et des États-Unis.
Le Conseil national de l’industrie a demandé cette année que la préférence européenne devienne l’un des piliers de la politique industrielle de l’Union. Organisations patronales et plusieurs syndicats soutiennent notamment l’idée de réserver davantage les achats publics aux productions européennes dans les secteurs stratégiques.
L’Allemagne ne pourra donc probablement pas résoudre seule toutes ses difficultés.
Automobile, énergie, commerce extérieur ou politique industrielle dépendent largement de décisions européennes.
Les 34 réformes vont-elles suffire ?
Deux mois après leur annonce, il serait beaucoup trop tôt pour répondre.
Le PIB allemand a progressé au premier et au deuxième trimestre.
Les exportations se sont améliorées.
Le DIW anticipe désormais 1,2 % de croissance en 2026.
Ce sont de meilleurs signaux qu’au début de l’année.
Mais une grande partie de la reprise provient encore des exportations et du soutien public.
Le DIW souligne lui-même que les prix élevés du gaz et les faiblesses structurelles continueront de freiner l’économie durant le second semestre.
Friedrich Merz joue donc une partie plus longue.
Son pari consiste à faire simultanément trois choses :
réduire le coût et les contraintes pesant sur l’entreprise,
adapter l’État social au vieillissement de la population,
et recréer suffisamment d’investissement pour moderniser l’industrie.
L’Allemagne a longtemps servi de référence européenne pour son industrie et ses exportations.
Depuis plusieurs années, ce modèle s’est grippé.
Les 34 réformes annoncées cet été montrent que Berlin a désormais admis l’ampleur du problème.
Reste la question essentielle pour les entreprises européennes :
l’Allemagne vient-elle seulement de lancer un plan de relance, ou le début d’une véritable transformation de son modèle économique ?
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