L’été 2026 a rendu le changement climatique beaucoup moins abstrait. Selon une enquête menée début septembre par teale auprès de 320 salariés utilisateurs de sa plateforme, 43 % déclarent des troubles du sommeil ou une fatigue morale qu’ils attribuent aux événements climatiques récents. Et 92 % attendent une forme d’action de leur employeur. Un signal à lire avec prudence, mais qui pose une question très concrète aux directions : jusqu’où le climat devient-il aussi un sujet de santé et de conditions de travail ?

Éco-anxiété au travail : après l’été 2026, les entreprises face à une nouvelle inquiétude

L’été qui vient de s’achever a battu plusieurs records. Météo-France le classe comme le plus chaud observé en France depuis 1900. Trois vagues de chaleur se sont succédé pendant 53 jours au total. En juin, la vigilance rouge canicule a concerné jusqu’à 72 départements. Un niveau inédit depuis la création du dispositif.

Météo-France : consulter le bilan climatique de l’été 2026

Juillet 2026 a également battu un record. Avec une température moyenne nationale de 24,9 °C, il devient le mois le plus chaud jamais mesuré en France, tous mois confondus.

Dans ce contexte, l’inquiétude climatique ne reste plus forcément à l’extérieur de l’entreprise.

Éco-anxiété au travail : des effets déclarés sur le quotidien

L’enquête de teale apporte un éclairage intéressant. Mais il faut la lire pour ce qu’elle est.

Teale a interrogé ses utilisateurs les 2 et 3 septembre. 320 salariés ont répondu à l’intégralité du questionnaire.

Tous utilisent déjà la plateforme de santé mentale de l’entreprise. L’échantillon ne représente donc pas l’ensemble des salariés français.

De plus, les répondants attribuent eux-mêmes les effets ressentis au changement climatique et aux événements récents. L’étude ne pose aucun diagnostic médical et ne permet pas d’établir un lien de causalité.

Cela posé, les réponses interpellent.

58 % évoquent un sentiment d’impuissance ou de colère. Surtout, 43 % déclarent des troubles du sommeil ou une fatigue morale qu’ils associent au dérèglement climatique.

Par ailleurs, 77 % estiment que leur inquiétude a augmenté par rapport à l’année précédente. Seuls 1 % constatent une baisse.

Le climat pèse aussi sur la sérénité professionnelle

Le résultat le plus directement intéressant pour les entreprises concerne le travail.

44 % des répondants considèrent que le changement climatique pèse « assez » ou « beaucoup » sur leur sérénité professionnelle.

Teale définit cette sérénité comme la capacité à se projeter dans son activité, à investir ses missions et à construire des projets professionnels.

Le sujet ne part d’ailleurs pas de zéro.

Business Times avait déjà consacré un article au changement climatique comme nouvel enjeu de santé au travail. Les fortes chaleurs peuvent augmenter la fatigue, réduire la concentration et compliquer les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur métier.

À lire sur Business Times : Le changement climatique, nouvel enjeu de santé au travail

La santé mentale représente aussi un sujet économique plus large. Business Times rappelait récemment qu’une étude Asterès estimait le coût annuel des troubles psychiques en France à 24,7 milliards d’euros.

À lire sur Business Times : Santé mentale au travail, un défi humain et économique majeur

Cela ne signifie évidemment pas que le climat explique ce coût.

Mais lorsqu’un phénomène perturbe durablement le sommeil, la concentration ou la capacité à se projeter, l’entreprise a intérêt à s’en préoccuper avant de voir apparaître du désengagement ou de l’absentéisme.

Ce que les salariés attendent réellement de leur employeur

L’enquête teale montre surtout que les répondants ne demandent pas uniquement un soutien psychologique.

Lorsqu’ils évoquent les solutions qui pourraient les aider, 78 % citent d’abord des actions plus fortes des pouvoirs publics.

Ensuite, 62 % souhaitent un engagement plus visible des entreprises. Leur propre action en matière de consommation et de mode de vie arrive plus loin, à 46 %.

Au total, 92 % des répondants attendent une action de leur employeur.

Ils citent notamment une meilleure protection des conditions de travail pendant les épisodes climatiques. Certains souhaitent aussi pouvoir parler plus facilement de leurs inquiétudes dans l’entreprise.

Pour une direction générale, cela change l’angle.

Répondre ne consiste pas simplement à organiser une conférence sur le climat puis à considérer le dossier comme réglé.

Les mesures peuvent être beaucoup plus concrètes : adapter les horaires, faciliter le télétravail lorsque le métier le permet, mieux protéger les locaux de la chaleur ou informer davantage les équipes.

L’entreprise peut également mieux former les managers et faciliter l’accès à des ressources de santé mentale.

La chaleur est déjà un risque professionnel encadré

Sur un point, les entreprises ne disposent d’ailleurs plus d’une totale liberté.

Depuis 2025, le Code du travail prévoit des mesures spécifiques lors des épisodes de chaleur intense.

L’employeur doit évaluer le risque et adapter sa prévention lorsque les températures augmentent.

Le texte prévoit notamment l’aménagement des postes, l’adaptation des horaires, des périodes de repos, l’accès à l’eau fraîche et l’information des salariés.

Consulter l’article R.4463-3 du Code du travail

Après l’été 2026, ces obligations prennent une dimension particulièrement concrète.

Le climat entre désormais dans l’entreprise par deux portes.

D’un côté, il affecte directement les conditions physiques de travail. De l’autre, il influence chez certains salariés leur manière de se projeter dans l’avenir.

La réponse ne peut donc plus relever uniquement des RH, de la RSE ou de l’immobilier. Ces fonctions doivent travailler ensemble.

Un sujet à prendre au sérieux sans le surdiagnostiquer

Il faut néanmoins éviter l’écueil inverse : transformer toute inquiétude climatique en pathologie.

Teale apporte elle-même une précision importante. Le questionnaire n’utilisait pas le terme « éco-anxiété » dans les cinq questions posées.

L’entreprise rappelle aussi que son enquête ne constitue pas un diagnostic clinique.

Cette nuance est essentielle.

Une inquiétude face à un été exceptionnel ou à des événements climatiques extrêmes peut être compréhensible sans relever d’un trouble anxieux.

Pour l’employeur, la bonne approche consiste donc moins à coller une étiquette qu’à observer ce qui change réellement dans le travail.

Fatigue, difficulté de concentration, sentiment d’impuissance, perte de sens ou inquiétude pour l’avenir peuvent fournir des signaux utiles.

Après un été record, la question n’est plus vraiment de savoir si le climat peut entrer dans l’entreprise.

Il est déjà présent dans les bâtiments, l’organisation du travail et les préoccupations d’une partie des salariés.

Reste maintenant à savoir si les entreprises traiteront ce sujet uniquement à la rentrée ou si elles l’intégreront durablement dans leur politique de prévention.