Le freelancing s’installe de plus en plus tôt dans les projets de carrière. Selon une enquête Selvitys réalisée pour Freelance.com, 37,1 % des 25-34 ans et 32,6 % des 18-24 ans jugent probable de devenir freelances d’ici 2030. Derrière l’attrait pour la liberté et de meilleurs revenus, les jeunes restent pourtant très conscients des risques : instabilité financière, difficulté à trouver des clients et isolement. Pour les entreprises, cette évolution pose une autre question : comment intégrer durablement des talents qui ne veulent plus forcément choisir entre salariat et indépendance ?

Devenir freelance : plus d’un jeune sur trois l’envisage d’ici 2030

L’envie d’indépendance gagne du terrain.

Dans l’étude menée par Selvitys pour Freelance.com auprès de 1 000 répondants, 21,9 % des actifs envisagent de devenir freelances d’ici 2030.

La proportion grimpe nettement chez les plus jeunes. Elle atteint 37,1 % chez les 25-34 ans et 32,6 % chez les 18-24 ans.

Ces résultats doivent toutefois être lus avec leur contexte.

L’enquête a été commandée par Freelance.com, un groupe qui commercialise justement des solutions d’intermédiation et de portage salarial. La synthèse indique un échantillon national représentatif de 1 000 personnes, redressé selon les critères sociodémographiques usuels. Elle ne précise pas la date exacte du terrain.

Devenir freelance : la liberté arrive avant la sécurité

Le premier moteur reste l’autonomie.

61 % des personnes interrogées associent le freelancing à la liberté et à l’indépendance. Seulement 4 % évoquent spontanément la précarité.

Chez les 18-24 ans, le besoin d’indépendance atteint 45 % dans la synthèse de l’étude, contre environ un tiers dans l’ensemble de l’échantillon.

La souplesse d’organisation est citée par 36 % des plus jeunes.

L’argent compte aussi. Les données communiquées autour de l’enquête indiquent que 41 % des 18-24 ans voient dans le freelancing une possibilité de mieux gagner leur vie.

Le phénomène rejoint une évolution déjà observée sur Business Times. Les jeunes diplômés ne rejettent pas nécessairement l’entreprise. En revanche, ils veulent davantage maîtriser leur rythme, leur lieu de travail et la trajectoire de leur carrière.

Business Times : Comment les jeunes veulent travailler en 2026. Lire l’article

Mais l’intention ne doit pas être confondue avec la réalité actuelle du marché du travail.

Selon l’Insee, 13,5 % des personnes en emploi exerçaient comme indépendants pour leur activité principale en 2025.

Chez les 15-24 ans, cette proportion n’était encore que de 3,7 %.

Autrement dit, l’aspiration des jeunes va aujourd’hui beaucoup plus vite que leur passage effectif à l’indépendance.

L’instabilité des revenus reste le principal frein

Les jeunes interrogés ne semblent pourtant pas idéaliser totalement le statut.

Dans l’ensemble de l’étude, 41 % citent l’instabilité des revenus parmi les principaux freins et 40 % évoquent plus largement l’instabilité financière.

La peur de ne pas trouver de clients arrive ensuite, à 29 %, puis la perte de certaines protections sociales, à 25 %.

L’isolement constitue aussi un sujet générationnel.

21 % des 18-24 ans redoutent la solitude professionnelle, contre 16,3 % en moyenne selon les données communiquées.

Les statistiques publiques permettent de comprendre pourquoi la question du revenu reste sensible.

L’Insee comptait 4,3 millions de personnes exerçant une activité non salariée fin 2024, à titre principal ou secondaire. Plus de 2 millions étaient micro-entrepreneurs.

Le revenu mensuel moyen des micro-entrepreneurs s’établissait à 680 euros en 2024. Un sur deux gagnait moins de 330 euros par mois.

Il faut là encore remettre ces chiffres en perspective.

Ils ne concernent pas spécifiquement les consultants freelances qualifiés. Ils couvrent toutes les activités de micro-entreprise, dont beaucoup constituent un complément de revenu.

Ils montrent néanmoins une chose : le mot « indépendant » recouvre des réalités économiques extrêmement différentes.

Business Times s’est déjà intéressé à cette fragilité, notamment sous l’angle de la protection sociale.

À lire sur Business Times : Protection sociale, les indépendants face à un risque croissant

Le portage salarial répond à une partie du problème, pas à tous

Freelance.com met logiquement en avant le portage salarial comme solution intermédiaire.

L’enquête affirme que 74 % des répondants connaissent mal ou pas ce dispositif. Seuls 10 % disent bien en maîtriser le fonctionnement.

Le principe est effectivement encadré par le Code du travail.

Le professionnel signe un contrat de travail avec une entreprise de portage salarial. Cette dernière conclut parallèlement un contrat commercial avec l’entreprise cliente et rémunère le salarié porté.

Le salarié bénéficie ainsi de la protection sociale attachée à son contrat de travail.

Il faut toutefois éviter de présenter le portage comme un CDI classique auquel on aurait simplement ajouté de la liberté.

Le Code du travail précise que l’entreprise de portage n’a pas l’obligation de fournir du travail au salarié porté. Le client ne peut, de son côté, recourir au portage que pour une tâche occasionnelle ou une expertise ponctuelle dont il ne dispose pas.

C’est une nuance importante par rapport au discours du communiqué.

Consulter le cadre légal du portage salarial sur Légifrance

Business Times avait déjà détaillé ce modèle et son positionnement entre salariat et indépendance.

À lire : Portage salarial, une nouvelle voie entre salariat et freelance

L’IA ajoute une nouvelle inconnue aux carrières indépendantes

L’étude apporte aussi un enseignement moins attendu sur l’intelligence artificielle.

36 % des répondants y voient un accélérateur d’opportunités. La proportion monte à 45 % chez les 25-34 ans.

Ils y voient notamment un moyen de travailler plus vite ou de réduire certaines tâches réalisées seul.

À l’inverse, 24 % redoutent une cannibalisation de certaines missions par l’IA.

Les deux scénarios peuvent parfaitement coexister.

L’intelligence artificielle peut augmenter la productivité d’un consultant tout en réduisant la valeur économique de certaines prestations standardisées.

Pour un jeune indépendant, la question n’est donc plus seulement de savoir trouver des clients.

Il faut aussi développer des compétences que les entreprises continueront à acheter lorsque l’automatisation progressera.

Pour les entreprises, les talents externes deviennent un sujet RH

Cette évolution intéresse directement les dirigeants.

Si une part croissante des jeunes envisage une carrière indépendante, les entreprises devront probablement apprendre à composer des équipes plus hybrides : salariés permanents, experts ponctuels, consultants et freelances.

Freelance.com illustre la taille désormais prise par cet écosystème.

Le groupe affiche 150 000 talents qualifiés, près de 19 000 missions réalisées en 2025 et un chiffre d’affaires 2025 de 1,0526 milliard d’euros. Ces données sont confirmées par son site et ses publications financières.

Les statistiques de l’Insee confirment, elles aussi, une évolution de fond : en 2025, la part des indépendants dans l’emploi a atteint son niveau le plus élevé depuis 1998.

Pour les DRH, la question devient donc moins « salariés ou freelances ? » que « quelles compétences devons-nous garder en interne, et lesquelles pouvons-nous mobiliser autrement ? »

Cette organisation impose aussi de nouvelles règles.

Accès aux données, confidentialité, intégration aux équipes, continuité des compétences ou risque de dépendance ne peuvent pas être traités comme de simples sujets administratifs.

Enfin, le freelancing ne remplace pas nécessairement le salariat.

Les parcours peuvent alterner les statuts, voire les combiner.

Le vrai changement tient peut-être là : une partie des jeunes actifs ne raisonne plus en statut pour toute une carrière, mais en modèle de travail adapté à chaque étape de sa vie.