Le gouvernement prévoit de maintenir en 2027 le gel du point d’indice, qui sert de base au calcul du traitement de nombreux agents publics. Matignon chiffre à environ 2 milliards d’euros la « non-dépense » associée à cette décision. Mais le gel ne signifie pas que chaque salaire public restera strictement inchangé : promotions, avancements, primes et mesures ciblées peuvent encore faire évoluer les rémunérations. Avec une inflation prévue à 1,9 % en 2027 par la Banque de France, la question du pouvoir d’achat et de l’attractivité des métiers publics revient toutefois au premier plan.

Budget 2027 : le gel du point d’indice prolonge la tension salariale dans la fonction publique

Le point d’indice restera gelé en 2027

Le gouvernement a confirmé l’un des arbitrages les plus sensibles de son projet de budget 2027 : la valeur du point d’indice de la fonction publique ne sera pas revalorisée de manière générale l’an prochain.

Le point d’indice constitue la base de calcul du traitement indiciaire des fonctionnaires, magistrats, militaires et de certains contractuels. Sa valeur mensuelle est fixée à 4,92 euros depuis le 1er juillet 2023. Elle avait auparavant augmenté de 3,5 % en juillet 2022, puis de 1,5 % un an plus tard. Depuis, aucune hausse générale n’est intervenue.

Le portail officiel de la fonction publique détaille le fonctionnement et la valeur du point d’indice.

Selon les annonces gouvernementales, son maintien au niveau actuel permettrait de dégager environ 2 milliards d’euros en 2027. Il faut toutefois parler avec précision : il ne s’agit pas de 2 milliards d’euros retirés à une dépense déjà engagée, mais principalement d’une dépense supplémentaire évitée. Bercy a d’ailleurs parlé de « non-dépense ».

Un gel du point ne signifie pas un gel de tous les salaires

Le terme d’« année blanche » peut prêter à confusion. La valeur du point restera inchangée, mais la rémunération individuelle d’un agent public peut continuer à évoluer.

Un changement d’échelon, une promotion, certaines primes ou une mesure catégorielle peuvent augmenter le salaire. Les contractuels disposent également de règles de rémunération différentes selon leur contrat. Le gouvernement avait en outre annoncé en juillet plusieurs pistes ciblées : meilleure prise en compte de l’expérience professionnelle, hausse de certains taux d’avancement et travail sur les débuts de carrière.

Le compte rendu officiel du rendez-vous salarial de juillet précise ces mesures, dont plusieurs restent conditionnées à l’adoption du budget 2027.

Le gel a néanmoins une conséquence simple : il n’y aura pas de hausse générale uniforme du traitement indiciaire destinée à compenser l’évolution des prix.

Inflation : le pouvoir d’achat reste le point de friction

En août 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an selon l’Insee. Pour 2027, la Banque de France prévoit une inflation moyenne de 1,9 % dans son scénario central.

L’Insee a confirmé une inflation de 2,4 % sur un an en août 2026. Cette dynamique explique une partie de la colère syndicale.

Pour autant, mesurer le pouvoir d’achat des fonctionnaires uniquement en comparant le point d’indice et l’inflation serait trop simplificateur. Le salaire total dépend aussi des primes et de la progression de carrière.

Les dernières données complètes disponibles montrent d’ailleurs une situation contrastée. Dans la fonction publique de l’État, le salaire net moyen a progressé de 2,6 % en euros constants en 2024 selon l’Insee. Cette hausse faisait toutefois suite à deux années de recul en 2022 et 2023. Elle provenait surtout des primes et des mesures indiciaires déjà décidées.

Les syndicats parlent, eux, d’un décrochage beaucoup plus marqué sur longue période. La CGT avance notamment une perte de pouvoir d’achat supérieure à 16 % depuis 2017. Ce chiffre constitue une estimation syndicale et ne doit pas être confondu avec l’évolution officielle du salaire moyen de l’ensemble des agents.

Les bas salaires publics de plus en plus rattrapés par le Smic

Le débat ne concerne pas seulement la moyenne des rémunérations. Il porte aussi sur le tassement des grilles salariales.

Depuis le 1er juin 2026, la hausse du Smic a obligé l’État à augmenter l’indemnité différentielle versée aux agents dont le traitement indiciaire se retrouve inférieur au salaire minimum. Le montant maximal de cette indemnité atteint 65,28 euros bruts par mois.

La CFDT affirme que 862 000 agents se trouvent aujourd’hui dans cette situation. Ce nombre est cité par l’organisation syndicale et n’est pas présenté comme un décompte officiel consolidé. En revanche, la DGAFP confirme bien le recours à l’indemnité différentielle après la revalorisation du Smic.

Le phénomène illustre un problème structurel : lorsqu’un salaire minimum progresse plus vite que les grilles, plusieurs échelons se rapprochent progressivement les uns des autres. Le différentiel de rémunération entre un débutant et un agent plus expérimenté peut alors se réduire.

Un enjeu d’attractivité qui dépasse la fonction publique

La France comptait 5,9 millions d’agents publics fin 2024, selon l’Insee. Leur politique salariale représente donc aussi un sujet de marché du travail.

En 2025, 347 200 offres ont été publiées sur la plateforme Choisir le service public. Les employeurs recherchaient notamment des profils dans le numérique, les ressources humaines, la santé, l’enseignement, la recherche ou encore les fonctions de direction.

Ces compétences sont souvent recherchées aussi par les entreprises privées. Un gel prolongé des rémunérations générales peut donc modifier l’équilibre d’attractivité entre les deux secteurs, surtout pour les métiers en tension. À l’inverse, la stabilité de l’emploi public, les conditions de travail, le sens des missions ou les possibilités de carrière restent des critères importants dans le choix d’un employeur.

Business Times a déjà analysé cette question sous un autre angle avec la réforme de la transparence salariale, qui oblige également les employeurs privés à rendre leurs politiques de rémunération plus lisibles.

Le sujet rejoint aussi les nouveaux enjeux de fidélisation des talents : dans le public comme dans le privé, le salaire reste important, mais il n’est plus le seul déterminant de l’attractivité.

Pour les entreprises, des effets indirects à surveiller

À première vue, le gel du point d’indice concerne les administrations. Pourtant, ses effets peuvent aussi atteindre les entreprises.

D’abord, une politique salariale restrictive touchant plusieurs millions d’agents peut peser sur la consommation si les revenus progressent moins vite que les prix. Ensuite, les difficultés de recrutement ou de fidélisation dans certains services publics peuvent ralentir les démarches administratives, les procédures locales ou le fonctionnement d’organismes avec lesquels les entreprises travaillent.

Les sociétés dépendantes de la commande publique devront également surveiller le reste du budget. Le gouvernement prévoit de geler en valeur une grande partie des dépenses de l’État, avec plusieurs exceptions. Le sujet ne se limite donc pas aux salaires.

Business Times a récemment consacré un article à la mobilisation du 29 septembre dans la fonction publique. Les dernières annonces budgétaires pourraient renforcer la participation, même s’il est encore impossible d’en prévoir précisément l’ampleur.

Le 29 septembre puis le 1er octobre seront deux dates clés

Les organisations syndicales appellent à une journée de grève et de manifestations le 29 septembre. La rémunération, les conditions de travail et les moyens des services publics figurent au centre de leurs revendications.

Une nouvelle réunion entre le gouvernement et les syndicats doit ensuite avoir lieu le 1er octobre. L’exécutif affirme vouloir protéger les agents aux rémunérations les plus faibles, notamment par un travail sur les bas de grille.

À ce stade, les modalités restent à négocier. Le projet de loi de finances pourra également être modifié lors de son examen parlementaire.

Le gel règle une partie de l’équation budgétaire, pas la question RH

Pour l’État, maintenir le point d’indice au niveau actuel constitue un levier budgétaire immédiat. L’effet est d’autant plus important que la fonction publique compte près de 6 millions d’agents.

Mais cette stratégie déplace une partie du problème vers la gestion des ressources humaines. Si l’inflation se maintient autour des niveaux prévus, la pression sur les bas salaires, le tassement des grilles et la concurrence avec certains employeurs privés continueront d’alimenter le débat.

Pour les dirigeants, l’enjeu est donc double. Il faut suivre le budget pour ses effets sur la dépense publique et la demande. Mais il faut aussi regarder ce qui se joue sur le marché du travail : les arbitrages salariaux de l’État peuvent modifier la compétition pour certains profils et, à terme, la qualité ou la rapidité des services publics utilisés par les entreprises.