Après quinze années à la tête d’Apple, Tim Cook cède ce 1er septembre la direction opérationnelle du groupe à John Ternus. Ingénieur maison, entré chez Apple en 2001, le nouveau CEO hérite d’une entreprise qui n’a jamais généré autant de revenus mais qui doit désormais convaincre sur l’intelligence artificielle, renouveler ses produits et préparer la prochaine génération de dirigeants. Une succession très préparée qui offre aussi une leçon de gouvernance aux entreprises bien au-delà de la Silicon Valley.

Apple : John Ternus succède à Tim Cook, avec l’IA comme premier test

Il fallait forcément que ce jour arrive.

Quinze ans après avoir succédé à Steve Jobs, Tim Cook quitte ce 1er septembre le poste de CEO d’Apple.

Mais il ne quitte pas vraiment la maison.

L’ancien patron devient Executive Chairman du conseil d’administration. Apple a même précisé qu’il continuerait à intervenir sur certains dossiers, notamment dans les relations du groupe avec les responsables politiques à travers le monde.

Le passage de témoin sera donc beaucoup moins brutal que celui de 2011.

Cette fois, Apple avait le temps de préparer sa succession.

Et elle l’a fait avec un homme qui connaît pratiquement chaque recoin de l’entreprise.

Lire l’annonce officielle d’Apple sur la succession de Tim Cook

John Ternus prend les commandes.

À 51 ans, cet ingénieur mécanique se retrouve désormais à la tête de l’une des entreprises les plus puissantes de la planète.

John Ternus travaille chez Apple depuis 25 ans

Ce n’est pas vraiment une révolution de palais.

John Ternus est entré dans l’équipe Product Design d’Apple en 2001.

Il est devenu vice-président de l’ingénierie matérielle en 2013, avant de rejoindre l’équipe de direction comme Senior Vice President of Hardware Engineering en 2021.

Depuis, il a supervisé des développements sur pratiquement toutes les grandes familles de produits du groupe : iPhone, iPad, Mac, Apple Watch, AirPods…

Apple souligne également son rôle dans la transition du Mac vers les puces Apple Silicon, l’un des changements industriels les plus structurants opérés par l’entreprise ces dernières années.

Avant Apple, Ternus travaillait comme ingénieur mécanique chez Virtual Research Systems. Il est diplômé en génie mécanique de l’Université de Pennsylvanie.

Son profil tranche en partie avec celui de Tim Cook.

Cook était avant tout un homme des opérations, de la supply chain et de l’exécution.

Ternus est beaucoup plus directement issu du produit.

Ce choix en dit probablement quelque chose de la priorité d’Apple pour les prochaines années.

Tim Cook laisse derrière lui une machine économique impressionnante

Il est difficile de mesurer le défi de John Ternus sans revenir quelques instants sur les chiffres laissés par son prédécesseur.

Lorsqu’il prend la succession de Steve Jobs en 2011, Apple réalise environ 108 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Pour son exercice fiscal 2025, le groupe dépassait 416 milliards de dollars.

Selon les chiffres communiqués par Apple lors de l’annonce de la succession, la capitalisation boursière de l’entreprise est passée d’environ 350 milliards de dollars à 4 000 milliards sous la direction de Tim Cook.

Apple affirme également avoir porté sa base installée à plus de 2,5 milliards d’appareils actifs dans le monde. Son activité Services représente désormais plus de 100 milliards de dollars de revenus annuels.

Autrement dit, Tim Cook n’a pas seulement conservé Apple en état après Steve Jobs.

Il en a considérablement augmenté l’échelle.

Et Ternus hérite d’une entreprise qui continue de battre des records

La transition intervient en plus à un moment où les comptes ne donnent pas vraiment de signe d’essoufflement.

Pour son troisième trimestre fiscal 2026, clos fin juin, Apple a enregistré 109,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 16 % sur un an.

Le bénéfice par action a progressé de 29 %.

Apple parle de son meilleur trimestre de juin historique. Les revenus de l’iPhone, du Mac et des Services ont tous établi de nouveaux records pour cette période de l’année.

Consulter les résultats financiers officiels d’Apple du troisième trimestre 2026

John Ternus n’arrive donc pas pour sauver une entreprise en difficulté.

C’est presque l’inverse.

Il doit trouver de nouveaux relais de croissance alors que le modèle actuel fonctionne encore extrêmement bien.

Et ce n’est pas forcément plus simple.

Son premier grand examen arrivera dans huit jours

John Ternus n’aura pas vraiment le temps de profiter de son nouveau bureau.

Apple a programmé son prochain grand événement produit au 9 septembre.

Il s’agira de la première keynote majeure de l’ère Ternus.

La nouvelle génération d’iPhone doit naturellement y occuper une place centrale. Reuters rapporte également qu’un premier iPhone pliable est attendu par les analystes et le marché.

À ce stade, cette dernière nouveauté n’a pas été officiellement confirmée par Apple et doit donc rester présentée comme une attente, pas comme un produit déjà annoncé.

Le symbole reste intéressant.

Huit jours après son arrivée, le nouveau CEO sera déjà jugé sur ce qui constitue historiquement le cœur de la réputation d’Apple : sa capacité à créer des produits que les consommateurs ont envie d’acheter avant même d’en avoir réellement besoin.

Mais le vrai test s’appelle intelligence artificielle

L’iPhone reste essentiel.

Pourtant, le dossier le plus stratégique de John Ternus est probablement ailleurs.

Il tient en deux lettres : IA.

Apple a beaucoup accéléré ces derniers mois. En juin, le groupe a dévoilé une nouvelle génération d’Apple Intelligence ainsi qu’un Siri AI profondément remanié, capable selon Apple d’utiliser le contexte personnel, de travailler davantage entre les applications et de répondre à des questions plus complexes.

Voir les annonces officielles d’Apple concernant Siri AI et Apple Intelligence

Le groupe a également présenté fin août les nouvelles puces M6 et M5 Ultra, avec une forte insistance sur leurs capacités de calcul dédiées à l’intelligence artificielle.

Le signal est assez clair.

Apple veut intégrer l’IA au cœur de son matériel plutôt que la traiter comme un simple service supplémentaire.

Cette approche correspond plutôt bien au parcours de John Ternus.

Reuters relevait d’ailleurs dès l’annonce de sa nomination que le choix d’un ancien responsable du hardware pouvait annoncer une stratégie où l’intelligence artificielle serait davantage imbriquée dans les appareils et l’écosystème existant plutôt que portée uniquement par un produit d’IA autonome.

Apple ne peut plus se permettre de regarder l’IA passer

Le problème est que le calendrier n’est plus celui d’Apple.

OpenAI, Google, Microsoft, Meta, Anthropic ou Nvidia avancent extrêmement vite.

Les usages évoluent en quelques mois.

Et contrairement à l’arrivée du smartphone moderne, Apple n’a pas créé le marché de l’IA générative.

Il lui faut donc rattraper une partie du terrain tout en restant fidèle à son modèle : maîtrise de l’expérience utilisateur, intégration entre logiciel et matériel, protection des données et contrôle de l’écosystème.

C’est un équilibre compliqué.

Business Times avait récemment relevé que [de nombreux dirigeants considèrent désormais une mauvaise stratégie IA comme un risque personnel pour leur propre poste]. Une enquête auprès de 900 CEO montrait même l’ampleur de cette pression.

Lire sur Business Times : « L’hégémonie de l’IA, une crainte partagée par les CEO »

John Ternus va vivre cette pression à une tout autre échelle.

Chaque retard d’Apple sera comparé aux avancées de ses concurrents.

Chaque nouveauté sera examinée pour savoir si elle constitue réellement une innovation ou simplement un rattrapage.

Apple avait d’ailleurs déjà changé de pilote sur l’IA

Le nouveau CEO n’arrive pas seul face à ce défi.

Apple a restructuré son organisation dédiée à l’intelligence artificielle avant même le départ de Tim Cook.

John Giannandrea, qui dirigeait la stratégie Machine Learning et IA du groupe, a quitté ses fonctions fin 2025 avant sa retraite au printemps suivant.

Apple a recruté Amar Subramanya, ancien responsable chez Microsoft et surtout ancien dirigeant de l’ingénierie de Gemini chez Google.

Il pilote désormais notamment les Foundation Models, la recherche en machine learning et la sécurité de l’IA, sous la responsabilité de Craig Federighi.

Cette réorganisation est importante.

Elle montre que l’arrivée de Ternus ne marque pas le début de la transformation.

Elle intervient au milieu d’une transformation déjà engagée.

Le hardware, lui aussi, a déjà son nouveau patron

Autre signe d’une succession particulièrement préparée : Apple n’a pas attendu le 1er septembre pour régler la question de l’ancien poste de John Ternus.

Dès le 20 avril, le groupe a nommé Johny Srouji Chief Hardware Officer.

Srouji pilotait jusqu’ici les technologies matérielles et notamment la stratégie des puces Apple.

Il prend désormais également sous sa responsabilité l’ingénierie matérielle précédemment dirigée par Ternus.

Voir l’annonce officielle de la nomination de Johny Srouji

L’organisation est assez révélatrice.

Le nouveau CEO peut prendre de la hauteur sans devoir conserver directement la supervision de son ancien périmètre.

Pour les entreprises qui préparent une succession interne, c’est un détail intéressant.

Promouvoir un dirigeant ne suffit pas. Encore faut-il savoir qui reprendra son ancien travail.

Pas de « grand ménage » confirmé dans la direction

Plusieurs articles ont évoqué ces dernières semaines la possibilité de nouveaux départs parmi les dirigeants historiques d’Apple.

Il faut être prudent.

Certains cadres ont effectivement quitté ou changé de fonction ces derniers mois. Apple traverse un renouvellement générationnel assez logique après une très longue période de stabilité.

Mais aucun départ massif provoqué par l’arrivée de John Ternus n’est aujourd’hui établi.

Les spéculations concernent notamment certains dirigeants historiques, mais plusieurs autres piliers de l’équipe restent en fonction et Apple n’a annoncé aucun bouleversement général de son comité exécutif.

C’est même probablement l’une des caractéristiques de cette succession.

Elle ressemble davantage à une transmission qu’à une rupture.

Tim Cook restera suffisamment proche pour rassurer… et peut-être gêner

C’est là qu’apparaît une question classique dans les successions d’entreprise.

Jusqu’où l’ancien patron doit-il rester ?

Tim Cook devient Executive Chairman.

Apple précise qu’il continuera notamment à travailler sur les relations avec les responsables politiques dans le monde.

Il restera donc extrêmement présent.

Pour John Ternus, c’est évidemment une sécurité.

Il pourra s’appuyer sur un dirigeant qui connaît mieux que personne les relations avec Washington, Pékin, Bruxelles, les investisseurs et les fournisseurs.

Mais cette présence crée aussi une difficulté.

Pour devenir réellement patron, John Ternus devra finir par installer sa propre manière de diriger.

C’est un problème que connaissent beaucoup d’entreprises familiales ou de sociétés dirigées pendant très longtemps par leur fondateur ou un CEO emblématique.

Le prédécesseur constitue une formidable ressource.

À condition de laisser suffisamment d’espace au successeur.

Apple donne une vraie leçon de préparation de la succession

C’est probablement l’aspect le plus intéressant pour un dirigeant qui ne travaille pas dans la technologie.

Apple n’a pas annoncé un nouveau patron vendredi soir pour une prise de fonction le lundi suivant.

La nomination a été rendue publique le 20 avril, plus de quatre mois avant le changement effectif.

Tim Cook et John Ternus ont travaillé ensemble pendant tout l’été.

Le remplaçant de Ternus au hardware a été nommé immédiatement.

Le conseil d’administration a validé la transition à l’unanimité.

Et l’ancien CEO reste disponible dans une fonction différente.

C’est une succession organisée comme un projet stratégique.

Un modèle qui peut paraître évident lorsqu’on parle d’Apple, mais qui l’est beaucoup moins dans les entreprises de taille intermédiaire.

Business Times avait récemment abordé une logique comparable avec [la succession préparée chez TomTom], où le fondateur Harold Goddijn a lui aussi transmis la direction opérationnelle tout en restant impliqué dans la gouvernance.

Lire sur Business Times : TomTom passe le flambeau à Mike Schoofs

Dans les deux cas, la question est la même.

Comment changer de patron sans donner l’impression que toute l’entreprise repart de zéro ?

Le plus difficile sera de retrouver une capacité de surprise

Sous Tim Cook, Apple a énormément grandi.

Apple Watch, AirPods, services, puces maison, Apple Pay et Vision Pro ont enrichi l’écosystème.

Mais l’entreprise reste régulièrement comparée à l’époque Steve Jobs, avec une question qui revient presque mécaniquement : où est le prochain produit capable de bouleverser un marché entier ?

Ce procès est parfois injuste.

Une société réalisant plus de 400 milliards de dollars de chiffre d’affaires n’innove forcément plus comme une start-up.

Mais John Ternus arrive justement avec une réputation d’ingénieur produit.

Le marché lui demandera donc assez rapidement de démontrer ce que cela signifie.

Un iPhone pliable ?

De nouveaux objets intégrant l’intelligence artificielle ?

Des lunettes plus légères après Vision Pro ?

Une nouvelle génération de Mac transformée par l’IA locale ?

Personne ne peut sérieusement affirmer aujourd’hui lequel de ces produits deviendra le prochain relais de croissance d’Apple.

C’est justement le travail du nouveau CEO.

L’écosystème reste pourtant une arme considérable

John Ternus ne repart évidemment pas d’une feuille blanche.

Apple dispose de plusieurs milliards d’appareils actifs, d’une clientèle extrêmement fidèle et d’un écosystème dans lequel le matériel, les logiciels et les services renforcent mutuellement leur valeur.

Même sur le marché du reconditionné, cette puissance reste visible.

Business Times relevait récemment que malgré une décote importante de certains modèles, les dix smartphones reconditionnés les plus vendus dans le baromètre Easy Cash 2025 étaient tous des iPhone.

Lire sur Business Times : smartphones reconditionnés, Apple reste dominant en volume

C’est une donnée essentielle.

Lorsque John Ternus lance une nouvelle fonction, Apple peut potentiellement la pousser dans un écosystème immense.

Peu d’entreprises technologiques possèdent un tel avantage.

La Chine restera également un dossier majeur

Le nouveau CEO devra néanmoins gérer bien plus que les produits.

Apple reste une entreprise profondément dépendante d’une chaîne d’approvisionnement internationale complexe.

La relation entre les États-Unis et la Chine, les restrictions commerciales, les semi-conducteurs et la réindustrialisation américaine pèsent directement sur son modèle.

Tim Cook maîtrisait particulièrement bien cette dimension diplomatique et industrielle.

Le fait qu’il reste Executive Chairman et qu’Apple mentionne explicitement son rôle auprès des responsables politiques n’est probablement pas un hasard.

John Ternus pourra ainsi se concentrer davantage sur la technologie et les produits, au moins pendant la transition.

À terme, cependant, un CEO d’Apple doit forcément devenir aussi un acteur géopolitique.

Pour les dirigeants, la succession Apple mérite d’être observée de près

On peut évidemment regarder cette actualité comme une histoire de Silicon Valley.

Un ingénieur remplace un gestionnaire.

Un nouveau CEO arrive.

Un nouveau cycle produit commence.

Mais il y a derrière quelque chose de beaucoup plus universel.

Tim Cook part au moment où Apple est extrêmement solide financièrement.

Il ne s’accroche pas jusqu’à ce qu’une crise rende son remplacement indispensable.

Son successeur vient de l’intérieur.

Il connaît l’entreprise depuis 25 ans.

La transition est préparée plusieurs mois à l’avance.

Les responsabilités sont redistribuées avant la prise de fonction.

Et l’ancien dirigeant conserve un rôle capable d’assurer la continuité sans rester officiellement aux commandes.

Pour beaucoup de PME et d’ETI où la succession du fondateur ou d’un dirigeant historique devient un sujet sensible, ce modèle mérite d’être regardé.

Parce qu’une bonne succession ne commence pas le jour où le dirigeant annonce son départ.

Elle commence plusieurs années avant.

John Ternus ne sera vraiment jugé qu’après Tim Cook

Ce 1er septembre marque officiellement le début d’une nouvelle période pour Apple.

Mais les premiers mois seront encore largement ceux de la transition.

Tim Cook restera présent.

La stratégie produit était déjà en préparation.

L’événement du 9 septembre a évidemment été conçu bien avant l’arrivée officielle du nouveau CEO.

Même les grandes décisions concernant Apple Intelligence sont engagées depuis plusieurs mois.

Il faudra donc probablement attendre avant de savoir ce que sera réellement l’Apple de John Ternus.

Son premier défi ne sera peut-être pas de tout changer.

Il sera de savoir ce qui ne doit surtout pas changer.

Puis de choisir, au bon moment, l’endroit où il faudra prendre un risque.

Tim Cook laisse une entreprise extrêmement rentable.

À John Ternus maintenant de démontrer qu’elle peut rester aussi désirable.