L’investissement responsable séduit davantage les moins de 35 ans
Les jeunes épargnants veulent davantage savoir ce que finance leur argent. Selon la neuvième vague du baromètre Ifop réalisé pour le Forum pour l’investissement responsable (FIR), 68 % des épargnants âgés de 18 à 24 ans accordent une place importante aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement. Cette proportion atteint 65 % chez les 25-34 ans, contre 52 % pour l’ensemble des épargnants.
La conviction d’agir avec son épargne suit la même courbe. Ainsi, 65 % des épargnants de 18 à 24 ans pensent pouvoir produire un impact positif sur l’environnement et la société en choisissant certains produits financiers. La moyenne tombe à 47 % pour l’ensemble des épargnants et à 35 % après 65 ans.
Ces résultats proviennent d’une enquête conduite en ligne du 26 au 31 août 2026 auprès de 1 002 adultes. L’échantillon national est représentatif selon la méthode des quotas. Toutefois, l’essentiel des résultats porte sur les personnes détenant au moins un produit d’épargne, soit 87 % de l’échantillon. Les sous-échantillons par âge sont nécessairement plus réduits. Les écarts doivent donc être lus comme des tendances, pas comme une photographie exacte de toute une génération.
Un intérêt marqué, mais seulement 14 % d’investisseurs
L’adhésion de principe ne se transforme pas encore en pratique massive. Seuls 14 % des épargnants déclarent avoir déjà investi dans un fonds d’investissement responsable. Ce niveau reste stable par rapport à 2025. Il atteint 21 % parmi les épargnants qui possèdent autre chose qu’un livret, contre 18 % un an auparavant.
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L’étude ne montre donc pas que les jeunes investissent déjà davantage que leurs aînés. Elle révèle surtout une plus forte disposition à le faire. Parmi les épargnants jamais sollicités par leur conseiller, 44 % des 18-24 ans et 39 % des 25-34 ans se disent prêts à placer une partie de leur argent de manière responsable. La moyenne s’établit à 24 %.
Ce décalage entre intention et action rappelle que l’épargne des jeunes répond d’abord à des contraintes de sécurité et de disponibilité. Business Times observait déjà qu’un jeune sur trois se disait inquiet pour son avenir financier. Dans ce contexte, le livret liquide et garanti conserve un avantage évident face à un fonds exposé au risque de perte en capital.
Le conseiller bancaire reste le principal point de passage
Le potentiel commercial apparaît pourtant réel. Seulement 16 % des épargnants disent s’être déjà vu proposer un investissement responsable par leur banque ou leur conseiller. Parmi eux, 62 % déclarent avoir ensuite réalisé un placement responsable.
Ce taux ne prouve pas que la proposition provoque, à elle seule, la souscription. Les personnes sollicitées peuvent déjà présenter un patrimoine, un profil de risque ou un intérêt plus favorable. Il révèle néanmoins un puissant effet de sélection et d’accompagnement.
D’ailleurs, 66 % des épargnants jugent que leur conseiller bancaire ou financier est le mieux placé pour les informer. Les proches n’obtiennent que 10 %, les ONG et associations 7 %, les pouvoirs publics 6 % et les médias 5 %.
Depuis août 2022, les conseillers doivent recueillir les préférences de durabilité de leurs clients avant de recommander certains placements. L’Autorité des marchés financiers explique cette obligation. Cependant, les contrôles publiés en 2026 montrent que la qualité du recueil et son intégration dans le conseil restent des sujets de vigilance.
Le label ISR reste presque invisible du grand public
La faiblesse de la notoriété complique encore la distribution. Seulement 22 % des épargnants ont déjà entendu parler de labels garantissant certaines caractéristiques environnementales ou sociales. Parmi eux, 14 % citent spontanément le label ISR. Rapporté à l’ensemble des épargnants, cela représente à peine 3 %.
La stabilité par rapport à 2025 montre que le problème ne vient pas seulement de l’existence des labels, mais de leur compréhension. Le label ISR a pourtant été renforcé. Depuis janvier 2025, les fonds labellisés doivent notamment appliquer des exigences climatiques plus strictes. Les entreprises développant de nouveaux projets fossiles sont exclues, tandis que la sélectivité ESG a été relevée. Le site officiel du label ISR présente ces nouvelles règles.
Pour les gestionnaires d’actifs, afficher un sigle ne suffit donc plus. Ils doivent expliquer la stratégie, les exclusions, les indicateurs suivis et les limites du produit. La réglementation européenne SFDR améliore la transparence, mais sa complexité a aussi nourri la confusion. La Commission européenne a proposé de simplifier ce cadre afin de le rendre plus lisible pour les particuliers.
La confiance reste fragile malgré l’intérêt déclaré
Le principal obstacle tient peut-être à la crédibilité. Le baromètre indique que 72 % des épargnants voient encore dans les produits responsables un argument marketing des banques. Une proportion identique pense qu’ils conduisent l’épargnant à accorder moins d’importance à la rentabilité financière.
Par ailleurs, seulement 35 % jugent positif l’impact actuel de ces produits. Pour 57 %, cet impact reste neutre. Même chez les 18-24 ans, pourtant plus convaincus, le soupçon n’a pas disparu.
La finance responsable doit donc sortir d’une communication fondée sur les seules intentions. Les clients attendent des preuves comparables : émissions évitées, évolution des pratiques sociales, dialogue actionnarial, exclusions effectives et résultats financiers. Business Times avait déjà présenté les leviers concrets d’un acteur de l’investissement responsable, de l’analyse ESG à la biodiversité.
Ce que cette évolution change pour les entreprises
Le sondage ne concerne pas seulement les banques. Les choix des épargnants influencent progressivement l’allocation du capital et les exigences imposées aux entreprises financées. D’ailleurs, 60 % des répondants considèrent que les établissements financiers doivent dialoguer avec les sociétés et faire pression pour améliorer leurs pratiques sociales et environnementales.
Les priorités citées sont très concrètes : les pollutions arrivent en tête à 77 %, devant les droits humains à 75 % et le changement climatique à 73 %. En revanche, les épargnants placent les sujets de gouvernance, de rémunération des dirigeants ou d’évitement fiscal plus bas dans leur hiérarchie.
Cette demande peut orienter les stratégies de financement. Une PME ou une ETI capable de documenter sa trajectoire climatique, ses politiques sociales et sa chaîne d’approvisionnement améliore son dialogue avec les investisseurs. Business Times soulignait déjà que le capital devient plus sélectif et intègre davantage de critères extra-financiers.
La souveraineté énergétique rejoint la finance durable
Pour la première fois, l’enquête interroge aussi les priorités de souveraineté. L’énergie arrive nettement en tête : 44 % des épargnants la citent en premier, devant l’alimentation à 31 %, la santé à 18 % et le numérique à 7 %. Avec deux réponses possibles, l’énergie atteint 73 % des citations.
Ce classement aide à comprendre pourquoi le photovoltaïque, l’éolien et l’hydrogène sont les secteurs les plus spontanément associés à l’investissement responsable. Cependant, une préférence sectorielle ne suffit pas à garantir la qualité d’un placement. Le risque financier, les frais, la diversification, l’horizon d’investissement et la réalité de l’impact restent déterminants.
Le signal envoyé aux acteurs financiers est donc clair. La jeune génération ne réclame pas seulement des produits « verts ». Elle demande des offres compréhensibles, accessibles et capables de démontrer où va l’argent. Le marché progressera si les banques transforment leur obligation de conseil en pédagogie et si les gestionnaires remplacent les promesses générales par des résultats mesurables.
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