Gabriel Attal veut hériter d’une partie du macronisme. Mais pas de tout.
À moins de huit mois de l’élection présidentielle, l’ancien Premier ministre cherche désormais à résoudre l’un des problèmes les plus délicats de sa candidature : convaincre qu’il peut incarner une nouvelle étape politique tout en ayant été l’un des principaux visages des années Macron.
Le 3 septembre, il a présenté son équipe de campagne au siège de Renaissance et promis qu’il ne ferait ni une « saison 3 du macronisme », ni un retour aux anciennes habitudes partisanes.
Cette prise de distance intervient au moment où son principal rival dans le bloc central, Édouard Philippe, tente lui aussi de s’imposer comme le candidat capable de succéder à Emmanuel Macron.
À lire aussi
Gabriel Attal ne veut pas « tuer le père »
Quelques heures avant la présentation de son équipe, Gabriel Attal s’est longuement expliqué sur sa relation avec Emmanuel Macron dans le podcast « Les Aspirants » de RTL.
Il refuse de prétendre qu’il n’a rien à voir avec le président sortant. Sa carrière nationale s’est largement construite dans les gouvernements d’Emmanuel Macron : secrétaire d’État, porte-parole du gouvernement, ministre des Comptes publics, ministre de l’Éducation nationale puis Premier ministre.
Pour autant, il ne souhaite pas faire campagne uniquement sur cet héritage.
« Mon enjeu, c’est de montrer pourquoi je suis différent du président de la République », explique-t-il sur RTL. Il refuse également l’idée de « tuer le père » politiquement, jugeant qu’une rupture artificielle serait opportuniste.
La ligne est donc étroite : assumer le bilan auquel il a participé tout en convainquant les électeurs que son projet ne constitue pas simplement une prolongation du quinquennat actuel.
Une « saison 3 du macronisme » qu’il dit ne pas vouloir
Lors de la présentation de son équipe, Gabriel Attal a encore accentué cette volonté de différenciation.
Selon LCP-Assemblée nationale, le candidat estime que le « en même temps » a constitué une erreur sur plusieurs sujets, car il aurait « brouillé les lignes ».
Il critique également la verticalité du pouvoir qui a continué de caractériser, selon lui, le fonctionnement politique après 2017.
Gabriel Attal conserve néanmoins certains marqueurs du macronisme initial : le dépassement des partis traditionnels, la volonté de renouveler les visages et une ligne favorable à l’entreprise, à l’innovation et à l’Europe.
La difficulté sera désormais de transformer ces nuances en différences suffisamment visibles pour les électeurs.
Céline Géraud prend la communication et le porte-parolat
La composition de l’équipe de campagne doit précisément illustrer cette volonté de renouvellement.
L’ancienne judokate de haut niveau et journaliste Céline Géraud, passée notamment par France Télévisions et Europe 1, devient responsable de la communication et du porte-parolat.
Elle sera entourée de cinq porte-parole : la députée Violette Spillebout, le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci, l’avocate Rachel-Flore Pardo, l’essayiste et responsable Renaissance Jad Zahab ainsi qu’Abdoulaye Kante, policier et conseiller de Paris. LCP détaille l’ensemble de cette organisation.
La direction opérationnelle sera confiée à un trio composé de Maxime Cordier, directeur général de Renaissance, de l’ancienne préfète Fanny Anor et de l’ancien ministre Franck Riester.
Thomas Cazenave, maire de Bordeaux, présidera le comité des maires tandis que Prisca Thévenot sera chargée de la mobilisation et des territoires.
Cette équipe mêle donc cadres du parti, élus locaux et profils issus de la société civile. C’est aussi une manière de répondre à Édouard Philippe, qui a multiplié ces dernières semaines les soutiens de responsables politiques expérimentés.
Pour les entreprises, la vraie différence se jouera sur le programme économique
Au-delà des questions de casting, les dirigeants regarderont surtout les propositions économiques.
Lors du premier grand débat présidentiel organisé devant le Medef le 27 août, Gabriel Attal avait insisté sur la compétitivité, le coût du travail, la simplification et la nécessité d’augmenter le taux d’emploi.
Business Times avait analysé les propositions économiques des sept principaux candidats présents au Medef. Gabriel Attal y défendait notamment un retour sur certaines hausses du coût du travail intervenues depuis 2024 et le maintien du pacte Dutreil pour les transmissions d’entreprises.
La question sera importante dans une campagne où les chefs d’entreprise placent la fiscalité, les charges, la réindustrialisation et la simplification parmi leurs principales préoccupations.
Non, Gabriel Attal ne propose pas trois jours d’indemnisation chômage
Une précision s’impose néanmoins.
Un article publié le 3 septembre affirme que Gabriel Attal souhaiterait réduire la durée d’indemnisation chômage à seulement 72 heures.
Cette information est fausse.
Elle provient du Gorafi, site français d’information satirique. Le texte pousse volontairement à l’absurde les positions du candidat sur l’assurance-chômage.
Le véritable projet de Gabriel Attal est beaucoup moins spectaculaire, même s’il prévoit bien un durcissement du système.
Il défend la réforme qu’il avait préparée lorsqu’il était Premier ministre en 2024 : une durée maximale d’indemnisation ramenée de 18 à 15 mois dans les conditions prévues à l’époque, et l’obligation d’avoir travaillé huit mois sur les vingt derniers mois pour ouvrir des droits, contre six mois sur vingt-quatre auparavant.
Gabriel Attal a encore rappelé ces paramètres à la fin du mois d’août. La mesure figurait déjà dans la réforme présentée en 2024 avant d’être interrompue par la dissolution de l’Assemblée nationale. TF1 avait alors détaillé le dispositif.
L’assurance-chômage reste bien au cœur de son projet
Le fait que l’article du Gorafi soit satirique ne signifie donc pas que le sujet du chômage soit secondaire dans le programme de Gabriel Attal.
Sur son site officiel de campagne, le candidat affirme vouloir mettre le travail au centre de son projet et défend une nouvelle réforme de l’assurance-chômage qu’il crédite de 100 000 emplois supplémentaires.
Ce chiffre est une estimation politique avancée par son camp et non un résultat acquis. Les effets réels d’un nouveau durcissement sur l’emploi restent débattus entre économistes.
Le sujet est également suivi de près par les petites entreprises. Business Times avait déjà détaillé les inquiétudes des TPE face aux nouvelles économies demandées à l’assurance-chômage, notamment lorsque celles-ci peuvent modifier les ruptures conventionnelles ou les conditions de recrutement.
Attal veut aussi réécrire le Code du travail
Le candidat va plus loin sur l’organisation du marché du travail.
Son programme prévoit de transformer le Code du travail en une sorte de « Constitution du travail » concentrée sur quelques grands principes, une part plus importante des règles étant ensuite renvoyée aux branches et aux entreprises.
Il souhaite également supprimer le plafond annuel de 220 heures supplémentaires lorsqu’aucun accord collectif ne prévoit d’autre règle et promouvoir la semaine de quatre jours lorsque l’organisation de l’entreprise le permet, sans réduire le volume mensuel de travail. Ces propositions figurent sur le programme officiel consacré au travail et aux salaires.
Pour les entreprises, ce choix pose une question très concrète : jusqu’où peut aller la simplification sans transférer davantage de complexité vers la négociation d’entreprise ?
Le coût du travail, enjeu majeur de la campagne
Gabriel Attal souhaite parallèlement réduire les charges pesant sur les salaires afin d’augmenter le revenu net.
Cette orientation intervient alors que les entreprises de services alertent déjà sur l’évolution récente du coût du travail. Business Times avait analysé les conséquences du gel des allègements de charges pour les entreprises de services, secteur particulièrement exposé aux variations du coût salarial.
Le sujet dépasse d’ailleurs la seule campagne présidentielle. Lors du budget 2026, l’exécutif avait finalement décidé de préserver une partie des allègements de cotisations afin de ne pas pénaliser l’emploi. Business Times avait détaillé ce choix et ses conséquences pour les employeurs.
Attal et Philippe, deux projets encore proches
La difficulté politique de Gabriel Attal ne se situe pas uniquement dans sa relation avec Emmanuel Macron.
Elle tient également à la proximité de nombreuses propositions avec celles d’Édouard Philippe.
Les deux anciens Premiers ministres défendent une réduction des dépenses publiques, une réforme de l’assurance-chômage, une baisse du coût du travail et davantage de simplification.
Ils divergent davantage sur la méthode et sur certains sujets, notamment les retraites. Gabriel Attal souhaite sortir progressivement de la logique d’un âge légal unique pour privilégier la durée de cotisation. Édouard Philippe reste plus favorable à un allongement de la durée du travail.
Pour les électeurs du centre et de la droite modérée, la question risque donc de devenir autant une affaire de personnalité et de capacité à créer une dynamique qu’une opposition idéologique frontale.
Une stratégie de renouvellement encore à transformer en dynamique électorale
Gabriel Attal tente désormais d’accélérer.
Son équipe de campagne doit donner une image plus ouverte et moins dépendante des figures historiques du macronisme. Son discours cherche à conserver certains acquis de 2017 tout en reconnaissant les limites de la méthode employée depuis dix ans.
Mais le renouvellement des visages ne suffira pas à lui seul.
Pour les entreprises, la campagne entrera véritablement dans une nouvelle phase lorsque les propositions économiques seront entièrement chiffrées : économies attendues de la réforme de l’assurance-chômage, financement des baisses de charges, conséquences de la refonte du Code du travail et trajectoire budgétaire.
C’est sur ces éléments que Gabriel Attal pourra réellement démontrer si sa candidature constitue la continuité du macronisme, sa correction ou une nouvelle offre politique.
Pour l’instant, il tente de tenir les trois à la fois : assumer son passé, prendre ses distances et préparer l’après.
À lire également sur Business Times
- ActualitésMort d’Édouard Balladur : ces réformes économiques qui ont durablement changé la France
- ActualitésBudget 2027 : la menace de censure peut-elle finir par coûter cher aux entreprises ?
- ActualitésBudget 2027 : ce que le projet « réversible » de Sébastien Lecornu peut changer pour les entreprises
- ActualitésTVA sociale : ce que son retour pourrait changer pour les entreprises, les salaires et les prix
