Revolut vient d’obtenir sa licence bancaire complète en France et affiche clairement son ambition : devenir une banque principale pour ses clients français. Pourtant, le crédit immobilier ne sera pas lancé immédiatement. Selon Les Echos, le régulateur pose encore plusieurs conditions avant d’autoriser ce produit. Dans le même temps, Revolut accélère sur d’autres fronts : prêts personnels, assurance avec MetLife et paiement initié par intelligence artificielle avec Visa. Une stratégie qui montre que la fintech veut désormais concurrencer les banques traditionnelles sur l’ensemble de la relation client.

Revolut France : le crédit immobilier devra encore attendre, mais la banque accélère ailleurs

Revolut change de dimension en France.

Le 10 août 2026, la fintech a obtenu une licence bancaire complète pour Revolut Bank S.A., après une évaluation menée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et la Banque centrale européenne.

Le groupe revendique désormais environ 8 millions de clients particuliers en France et plus de 55 000 entreprises clientes. À l’échelle mondiale, Revolut dépasse désormais les 80 millions de clients.

Cette licence doit permettre à Revolut d’élargir nettement son offre française. Mais tous les produits n’arriveront pas en même temps.

Revolut France : le crédit immobilier reste sous surveillance

Le produit le plus attendu reste probablement le crédit immobilier.

Selon Les Echos, le superviseur impose encore plusieurs conditions à Revolut avant d’autoriser son lancement en France.

L’information est importante. En revanche, le détail de ces conditions n’a pas été rendu public. Il serait donc imprudent d’affirmer aujourd’hui une date précise de commercialisation ou de détailler des exigences qui n’ont pas été officiellement publiées.

Le sujet n’est pas entièrement nouveau.

Revolut annonçait déjà en 2024 son intention de développer un crédit immobilier entièrement numérique, avec l’ambition d’accélérer fortement le parcours de souscription. La France figurait alors parmi les marchés envisagés après la Lituanie et l’Irlande.

Depuis, le calendrier a clairement ralenti.

Lors de la publication des résultats 2025, le directeur financier Victor Stinga expliquait que le déploiement du crédit immobilier dans de nouveaux pays ne relevait probablement pas « des prochains mois », mais plutôt des prochaines années.

La prudence du superviseur n’a rien d’étonnant.

Un prêt immobilier engage la banque pendant vingt ans, parfois davantage. Il oblige à maîtriser le risque de crédit, le risque de taux, la liquidité, les garanties et la protection de l’emprunteur.

Un marché français de 171 milliards d’euros

Pour Revolut, le jeu en vaut toutefois la chandelle.

L’ACPR estime que la production de crédits à l’habitat a atteint 171,3 milliards d’euros en France en 2025, en hausse de 29,3 % sur un an.

La reprise s’est accompagnée d’un retour des primo-accédants. Ils ont représenté 43,7 % de la production l’année dernière.

Le montant moyen d’un nouveau crédit atteint près de 194 000 euros, pour une durée moyenne de 22,4 ans. Le taux d’effort moyen reste contenu à 30,4 %.

Et surtout, le modèle français reste très particulier : 99,6 % des nouveaux crédits sont accordés à taux fixe, tandis que plus de 80 % des encours sont détenus par les grands réseaux mutualistes.

Autrement dit, Revolut ne s’attaquerait pas simplement à un nouveau produit.

Elle entrerait au cœur de la relation bancaire des ménages français.

Business Times s’est déjà intéressé aux difficultés d’accès au financement immobilier pour certains profils, notamment les dirigeants et indépendants.

À lire sur Business Times : Financement des entreprises, quand les dirigeants se tournent vers leur patrimoine immobilier

En attendant, Revolut développe fortement le prêt personnel

Le crédit n’est pourtant plus un terrain nouveau pour Revolut.

En France, la banque propose déjà des prêts personnels allant de 1 000 à 50 000 euros, avec des durées pouvant atteindre sept ans. Le parcours se réalise directement dans l’application.

À l’échelle du groupe, cette activité progresse rapidement.

Le portefeuille de crédits aux clients a augmenté de 120 % en 2025, pour atteindre environ 2,2 milliards de livres. Revolut reste encore loin des grandes banques traditionnelles, mais la trajectoire est nette.

Le crédit change surtout la nature de sa relation avec le client.

Pendant longtemps, Revolut était fréquemment utilisée comme deuxième compte. Pour voyager, changer des devises ou payer à l’étranger.

Un crédit de plusieurs années rapproche beaucoup plus la banque du statut de compte principal.

MetLife ajoute une assurance aux crédits Revolut

Cette montée en puissance s’accompagne désormais d’un nouveau service.

Revolut vient de conclure un partenariat avec MetLife afin de proposer une assurance de protection de crédit en France et sur plusieurs autres marchés européens.

L’assurance reste facultative.

Selon la formule retenue, elle peut intervenir en cas de décès, d’invalidité, d’hospitalisation ou de perte involontaire d’emploi. Revolut précise notamment que certaines garanties peuvent couvrir jusqu’à douze mensualités, sous réserve des plafonds et conditions contractuelles.

L’offre pourra être souscrite avec un nouveau prêt personnel. Elle sera également accessible à certains clients disposant déjà d’un crédit Revolut.

Une précision est néanmoins essentielle : il ne s’agit pas aujourd’hui d’une assurance de prêt immobilier.

Le partenariat MetLife concerne les prêts personnels déjà distribués par Revolut.

C’est malgré tout une brique supplémentaire dans la construction d’une offre bancaire beaucoup plus complète.

Business Times suit régulièrement cette transformation du secteur assurantiel, où souscription numérique et distribution intégrée prennent de plus en plus de place.

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Revolut et Visa testent maintenant un paiement réalisé par une IA

Le troisième chantier est beaucoup plus prospectif.

Revolut et Visa viennent de réaliser en France ce qu’ils présentent comme le premier paiement sécurisé initié par une intelligence artificielle dans le pays.

Le test a eu lieu dans des conditions réelles.

L’agent expérimental de Visa pouvait rechercher et sélectionner un produit, puis initier le paiement auprès du commerçant Cleverbridge.

La transaction reposait sur une véritable carte Revolut et sur Visa Payment Passkey pour l’authentification.

Le principe est simple.

Un utilisateur pourrait demain demander à un assistant : « Trouve-moi tel produit pour moins de 100 euros et achète-le. »

L’agent pourrait effectuer une partie du parcours à sa place.

Mais il faut là encore éviter d’aller trop vite.

Cette fonctionnalité n’est pas proposée aujourd’hui aux clients de Revolut. Il s’agit uniquement d’un test. Les sociétés insistent également sur le maintien du consentement du client, des contrôles d’identité et des mécanismes de lutte contre la fraude.

L’expérience montre néanmoins où se dirige une partie du commerce en ligne.

Après l’IA qui recherche et compare, arrive l’IA qui agit.

Revolut prépare également sa propre technologie d’IA

Le test avec Visa ne constitue d’ailleurs qu’une partie de la stratégie.

Fin août, Revolut a créé Revolut Research, une division dédiée à la recherche en intelligence artificielle.

Elle travaille notamment autour de PRAGMA, le modèle propriétaire utilisé par le groupe pour l’évaluation du risque en temps réel, les opérations de la plateforme et certaines recommandations personnalisées.

Cela devient intéressant pour la banque.

Plus elle développe le crédit, plus elle doit évaluer précisément le risque de chaque client.

L’IA peut accélérer cette analyse. Mais elle augmente aussi l’exigence de transparence, de contrôle et de gouvernance.

C’est précisément là que la technologie rejoint la réglementation.

Une licence française pour devenir une véritable banque principale

Tous ces mouvements suivent finalement la même logique.

Revolut veut sortir du rôle de simple application financière.

Le groupe a prévu plus d’un milliard d’euros d’investissements en Europe occidentale et installera son siège régional à Paris. Ses nouveaux locaux doivent ouvrir en 2027.

La licence obtenue cet été constitue une étape essentielle.

La nouvelle entité française sera supervisée par l’ACPR et la BCE. Les clients français doivent progressivement être transférés depuis l’entité bancaire lituanienne vers Revolut Bank S.A.

Cette évolution rapproche Revolut du modèle des banques installées.

Business Times avait observé un changement comparable, à une autre échelle, lorsque Green-Got a obtenu son propre agrément d’établissement de paiement.

À lire sur Business Times : Green-Got obtient son agrément définitif d’Établissement de Paiement

Le crédit immobilier sera probablement le vrai test

Pour Revolut, le prêt immobilier représente une frontière particulière.

Une carte bancaire se change facilement.

Un crédit immobilier engage le client pendant vingt ou vingt-cinq ans.

Il oblige également la banque à traiter des situations beaucoup plus complexes : revenus, apport, endettement, garanties, valeur du bien, situation professionnelle ou assurance.

La rapidité de l’application ne suffira donc pas.

Revolut devra démontrer qu’elle peut conserver l’expérience numérique qui a fait son succès tout en répondant aux exigences d’une banque qui prête des centaines de milliers d’euros sur plusieurs décennies.

C’est peut-être là que se situe le véritable changement de statut. Plus Revolut veut ressembler aux banques traditionnelles par les produits qu’elle propose, plus elle doit accepter les mêmes contraintes de capital, de contrôle et de gestion des risques. Le crédit immobilier sera probablement le meilleur test de cette transformation.