L’entrepreneuriat féminin continue de gagner du terrain en France.
Selon le baromètre OpinionWay publié en mars par France Active et la Fédération bancaire française, 24 % des femmes envisagent aujourd’hui de créer leur entreprise. La proportion atteint 32 % chez les moins de 60 ans.
Dans le même temps, 84 % anticipent au moins un obstacle avant de se lancer. Les freins touchent autant au financement qu’aux démarches administratives, à la peur de l’échec ou à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Consulter le Baromètre 2026 « Les femmes et la création d’entreprise »
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Entrepreneuriat féminin : l’envie progresse plus vite que le passage à l’acte
Une autre étude de Bpifrance confirme la tendance.
L’Indice Entrepreneurial Français 2025 estime que près de 8 millions de Françaises ont aujourd’hui un lien avec l’entrepreneuriat. Trois femmes sur dix sont engagées dans une dynamique entrepreneuriale, contre deux sur dix en 2018.
Il ne s’agit pas uniquement de cheffes d’entreprise. Cet indicateur englobe aussi celles qui envisagent d’entreprendre, portent déjà un projet ou ont dirigé une entreprise.
Les créations effectives racontent donc une histoire un peu différente.
En 2025, l’Insee a recensé un record de 1,166 million de créations d’entreprises. Parmi les entreprises individuelles, 44 % ont été créées par des femmes.
La proportion varie fortement selon les métiers.
Les femmes sont très majoritaires dans la santé, l’action sociale ou certains services aux ménages. À l’inverse, la construction et les transports restent très masculins.
Business Times avait déjà observé cette progression dans son article consacré aux nouvelles générations de dirigeantes.
101 Femmes : des projets ancrés dans les besoins des territoires
C’est dans ce contexte que s’inscrit la troisième édition du concours « 101 Femmes Entrepreneures ».
Porté par l’État et Bpifrance, le programme distingue 101 entrepreneures issues de 101 départements. L’édition 2026 a réuni les lauréates à Paris début septembre.
L’intérêt du dispositif ne tient pas seulement aux parcours individuels.
Il montre aussi que l’entrepreneuriat féminin ne se concentre ni dans les grandes métropoles ni dans les startups technologiques.
France Active indique avoir financé ou accompagné 25 des 101 lauréates de cette édition.
Les exemples présentés dans le communiqué sont très concrets.
Dans l’Indre, Marion Cabot développe à Déols une micro-crèche écoresponsable pour répondre au manque de places.
Dans le Nord, Violette Vercamer et Marianne Vouters transforment avec BLOEM des friches, des toits, des parkings et des façades en espaces végétalisés. Leur projet associe transition écologique et insertion professionnelle.
En Seine-Saint-Denis, Edwina Caffa a créé La VEB Métallerie afin de faire découvrir les métiers industriels aux jeunes.
En Lozère, Audrey Batigne, 24 ans, développe un food-truck reposant sur des produits locaux afin de répondre au manque d’offre de restauration en Margeride.
Ces projets ont peu de choses en commun en apparence.
Ils partagent pourtant une logique : partir d’un besoin local et construire une activité économique autour de lui.
Business Times suit déjà cette dynamique à travers d’autres concours destinés aux créatrices.
À lire sur Business Times : Ouverture des candidatures pour Créatrices d’Avenir 2026
Le financement reste l’un des points de bascule
La visibilité offerte par un concours peut aider. Mais elle ne remplace pas le financement.
Dans le baromètre OpinionWay, 27 % des femmes citent l’accès au financement parmi les obstacles à la création. Les démarches administratives préoccupent 29 % des répondantes.
La peur de l’échec et la difficulté à concilier le projet avec la vie familiale apparaissent également parmi les principaux freins.
France Active intervient précisément sur cette phase.
Sa Garantie Égalité Femmes peut sécuriser jusqu’à 80 % d’un prêt bancaire, dans la limite de 50 000 euros garantis.
Le communiqué apporte un exemple particulièrement parlant.
En Ille-et-Vilaine, Paula Martinet et ses associés reprennent le restaurant L’Amidon à Liffré. France Active Bretagne accompagne l’opération avec 49 489 euros de garantie sur un prêt bancaire de 130 235 euros.
Pour un porteur de projet, c’est là que l’accompagnement change réellement de nature.
Conseiller permet d’éviter certaines erreurs. Mais garantir une partie du crédit peut tout simplement permettre à la banque de financer l’opération.
93 % de pérennité : attention à la comparaison
France Active avance un autre chiffre fort : 93 % des femmes entrepreneures qu’il accompagne seraient toujours en activité trois ans après leur création.
Le résultat mérite d’être regardé.
En revanche, la comparaison faite dans le communiqué avec « 75 % en moyenne – Insee 2023 » nécessite une précision.
L’Insee a étudié les entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs.
Trois ans plus tard, 82 % de l’ensemble de ces entreprises étaient toujours actives.
Le taux atteignait 84 % pour les sociétés et 75 % uniquement pour les entreprises individuelles classiques.
Autrement dit, le chiffre de 75 % n’est pas la moyenne nationale de toutes les entreprises.
Il n’est donc pas possible de confronter directement les 93 % de France Active aux 75 % de l’Insee comme s’il s’agissait exactement des mêmes populations.
Cela ne retire pas l’intérêt du résultat de France Active.
Il suggère qu’un projet financé et accompagné dans la durée peut disposer de meilleures conditions pour franchir les premières années, souvent les plus délicates.
L’accompagnement devient lui aussi un enjeu économique
France Active a désormais changé d’échelle.
En 2025, le réseau indique avoir accompagné 40 500 entrepreneurs et mobilisé 465 millions d’euros de financements.
Ces interventions ont contribué, selon l’organisation, à créer ou consolider 72 200 emplois.
En phase de création, près d’un entrepreneur sur deux financé par France Active est une femme.
Ces chiffres rappellent que le sujet dépasse largement les concours et les opérations de communication.
Le véritable enjeu consiste à réduire l’écart entre les femmes qui souhaitent entreprendre et celles qui arrivent effectivement au financement puis à la création.
Bpifrance identifie d’ailleurs un point de rupture assez net autour de la trentaine. Jusqu’à cet âge, l’envie d’entreprendre des femmes est proche, voire parfois supérieure, à celle des hommes. Ensuite, leur présence dans la chaîne entrepreneuriale décroche davantage.
La visibilité des rôles modèles compte.
Mais l’accès au crédit, au conseil, aux réseaux et au temps nécessaire pour construire un projet compte probablement encore davantage.
Business Times avait déjà abordé cette question plus largement : même lorsque l’envie d’entreprendre existe, le financement et la peur de l’échec continuent de retarder le passage à l’acte.
À lire sur Business Times : Devenir entrepreneur, un choix plutôt qu’une évidence
Des entrepreneures qui répondent aussi aux besoins des territoires
Le concours 101 Femmes donne finalement des visages à une évolution économique plus large.
Une micro-crèche peut répondre à une pénurie de places.
Une entreprise de métallerie peut recréer un lien entre les jeunes et des métiers industriels qui recrutent.
Une société spécialisée dans la végétalisation peut transformer des espaces urbains tout en développant de l’emploi d’insertion.
Un food-truck peut maintenir une offre de restauration dans un territoire où elle disparaît.
Le projet entrepreneurial ne naît donc pas toujours d’une innovation de rupture ou d’une ambition de croissance internationale.
Parfois, il commence simplement par une question : qu’est-ce qui manque ici ?
C’est aussi ce qui rend l’entrepreneuriat féminin intéressant pour les territoires. Au-delà du sujet d’égalité, ces projets peuvent apporter des réponses très concrètes à des besoins économiques, sociaux ou environnementaux que le marché couvre encore mal.
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